Événements et rencontres

Découvrez ici les événements auxquels je participe ou que j'organise ! Qu'il s'agisse des thés découverte, des réunions des Détectives aux Arcanes ou d'événements extérieurs tels que conférences, salons et autres rencontres, tout est là !

Bonne lecture,
Morrigann Moonshadow

 

 

 

Avril. Dans le Cercle des Fées

Escale chez les Fées pour accueillir le printemps

À l'approche de Beltane, le thé découverte d'avril nous a entraînés sur la trace des fées. Au cours de nos explorations, nous nous sommes demandé qui elles sont, quelles sont leurs origines et leurs fonctions, d'où elles viennent et comment elles ont évolué à travers le temps, pour ensuite voir de quelle manière elles apparaissent et quels sont leurs rôles dans les jeux divinatoires.

Dans un premier temps, nous sommes remontés à l'ère préchrétienne et avons observé de quelle façon s'est faite la transition des cultures païennes vers la culture chrétienne. Ainsi, nous avons constaté que dans les sociétés préchrétiennes et en particulier celtiques, la Nature occupait une place centrale, que ce soit au niveau de la vie quotidienne ou du rapport au sacré qu'avaient ces populations. La connaissance de la Nature, de ses cycles, des animaux et des plantes était partie intégrante du mode de vie. L'existence était rythmée par les saisons et les multiples visages de la Nature, qui offrait toutes les richesses dont on avait alors besoin pour se nourrir et se soigner. Dans les multiples facettes qu'ils revêtaient, les dieux incarnaient souvent des aspects de la Nature et en étaient toujours des protecteurs.

En s'imposant, la christianisation établit un nouvel ordre dans la société et dans la manière de concevoir le Monde, et ce qui était jusque-là divinisé s'est vu diabolisé. Dès lors, l'ordre représenté par les villes et leurs institutions vint à s'opposer au chaos incarné par la Nature, la forêt et tout ce qui provenait de la sphère dite sauvage. Hiérarchie, justice et religion régnaient en ville tandis que chaos, désordre, anarchie et croyances diaboliques dominaient les espaces naturels et en particulier la forêt. Les bois devinrent alors le refuge traditionnel des brigands, des hors-la-loi et autres bandits de grand chemin, mais aussi le sanctuaire des anciennes croyances et le lieu d'aventures merveilleuses. Ainsi, les anciens dieux, toujours intrinsèquement liés à la Nature dont ils incarnaient les multiples aspects, s'y réfugièrent eux aussi et le Christianisme les ayant supplantés bien que les croyances païennes subsistaient, ils perdirent en envergure et devinrent peu à peu de ce l'on appelle des dieux diminués. Ils continuèrent à protéger la forêt et la Nature et à en faire un sanctuaire de l'Autre Monde, c'est-à-dire du plan sacré pour les Païens. Avec le temps, la culture chrétienne finit de s'imposer et ces Êtres Surnaturels ne furent plus que des réminiscences d'un monde lointain et merveilleux, tout en étant néanmoins considérés comme terribles et dangereux car païens (et donc diaboliques).

C'est ainsi qu'apparurent peu à peu les Fées telles qu'on les connaît depuis la christianisation et surtout au Moyen Âge. Ces créatures, à la fois belles et terribles, envoûtantes et craintes, n'avaient alors rien à voir avec les petits êtres pas plus hauts que le pouce que l'on connaît à l'Ère Victorienne. Les Fées médiévales sont grandes (souvent plus que les hommes) et belles, et si certains souhaitent à tout prix les rencontrer pour prouver leur valeur et leur courage, elles en sont d'autant plus craintes. En effet, elles mettent celui qui croise leur chemin face à son destin, sur lequel elles ont une influence considérable indépendamment de toute notion de bienveillance ou de malveillance au sens où l'entendent les humains. Elles incarnent les lois de la Nature et non celle des hommes, ce qui explique que le Bien et le Mal tels que les conçoivent les humains sont pour elles un non-sens : ce qui leur importe, c'est l'ordre naturel des choses, celui qui est en harmonie avec le plan sacré et, par conséquent, avec les lois du Monde et de la Nature.

Les intérêts personnels des humains les laissent indifférentes, comme en témoignent par exemple les lais bretons, qui sont des récits poétiques médiévaux dans lesquels des chevaliers partent à l'aventure et rencontrent des Fées. En pénétrant dans la forêt (souvent en traversant un cours d'eau), tous ces chevaliers passent la frontière qui les séparait jusqu'alors de l'Autre Monde, celui des Êtres Surnaturels et donc des Fées. Tous rencontrent une femme belle et envoûtante qui leur confie une quête dont ils vont chercher à s'acquitter. Lorsqu'ils reviennent dans le monde profane, ils sont irrémédiablement changés d'une manière ou d'une autre car on ne revient jamais indemne de l'Autre Monde. Les récits arthuriens – en vers ou en prose – sont eux aussi riches en rencontres féeriques, de même que les récits mythologiques qui circulaient par voie orale jusque-là et qui ont été couchés par écrit au Moyen Âge.

Ce n'est qu'à l'Ère Victorienne que les Fées prirent une autre forme... et surtout une autre stature ! Avec la popularisation des contes et des histoires pour les enfants des familles riches, ces êtres ne furent désormais pas plus hauts que le pouce, à l'image de la Fée Clochette de J.M. Barrie. Les Fées devinrent alors espiègles et facétieuses, farceuses et capricieuses, mais restèrent toujours proches de la Nature et continuèrent de véhiculer une magie d'antan.

 

Une fois ces quelques repères posés, nous avons pu avancer dans nos explorations en examinant de quelle manière ces créatures, qu'elles soient les héritières du temps mythique ou de petits êtres de contes, apparaissent dans les jeux divinatoires et comment elles y sont représentées. La variété de styles et d'univers dépeints par les supports mis en avant a permis de balayer un large panorama tout en continuant d'échanger sur les traditions et le folklore féeriques.

Avril. Dans le Cercle des Fées

 

Parmi les principaux aspects qu'ils déploient, les jeux examinés associent indiscutablement les Fées à la Nature. Ainsi, leur habitat est la forêt ou un espace gouverné par la végétation, et certaines d'entre elles apparaissent même comme des esprits protecteurs de tel ou tel arbre ou plante. Dans tous les cas, les Fées règnent sur le Destin et sont garantes de l'ordre naturel des choses, tantôt en mettant le consultant face à ce vers quoi il se dirige, tantôt en accompagnant le rythme des saisons et la répétition des cycles naturels. Bien sûr, ces éléments sont traités différemment dans les tarots et oracles présentés, mais chaque angle d'approche est intéressant, qu'il soit néo-païen (Wild Wisdom of the Faery Oracle), mythologique (Madame Endora's Fortune Cards), littéraire (The Stolen Child Tarot), folklorique (The Faeries' Oracle), ou qu'il mêle mythe, folklore, et imaginaire collectif (Twilight Realm, The Faerie Guidance Oracle, The Victorian Fairy Tarot, Tarot des Fées, Woodland Wisdom Oracle Cards).

 

Je remercie bien chaleureusement les participantes non seulement pour leur présence, mais aussi – et surtout ! – pour l'enthousiasme et la bonne humeur dont elles ont fait preuve tout au long de cette séance. Leurs contributions ont rendu ce thé découverte particulièrement vivant et agréable, et la curiosité qu'elles ont témoignée face aux traditions féeriques a largement aidé à faire connaissance avec les coutumes, les traditions et le folklore qui subsistent encore aujourd'hui dans certaines régions, le tout avec beaucoup d'humour ! Je suis enchantée d'avoir partagé ce moment avec vous ! J'espère que ce thé découverte vous a plu et qu'il vous a donné envie d'approfondir vos connaissances sur ce sujet !

Au plaisir de vous retrouver très bientôt autour d'un thé,
Morrigann

 

 

SUR LA PHOTO :
Wild Wisdom of the Faery Oracle (Lucy Cavendish, Selina Fenech). Victoria, AUS: Blue Angel Publishing, 2009.

Twillight Realm: A Tarot of Faery (Beth Wilder). Atglen, PA: Schiffer Publishing, LTD, 2010.

The Faerie Guidance Oracle (Paulina Cassidy). Woodbury, MN: Llewellyn Worldwide, 2012.

The Smith-Waite Centennial Tarot Deck (Arthur Edward Waite, Pamela Colman Smith). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2009.

Madame Endora's Fortune Cards (Chrstine Filipak, Joseph Vargo). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2003.

Woodland Wisdom Oracle Cards (Frances Munro, Peter Pracownik). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2011.

The Victorian Fairy Tarot (Lunaea Weatherstone, Gary A. Lippincott). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2013.

Tarot des Fées (Riccardo Minetti, Pietro Alligo, Mara Aghem). Torino : Lo Scarabeo, 2002.

The Stolen Child Tarot (Monica L. Knighton). Self-published, 2013.

The Faeries' Oracle: Working with the Faeries to Find Insight, Wisdom and Joy (Jessica Macbeth, Brian Froud). New Yok, NY: Simon & Schuster, 2000.

Réunion de février, La Comtesse Sanglante

Les Détectives aux Arcanes sur les traces de la Comtesse Sanglante

Le samedi 10 février s'est tenue la première réunion des Détectives aux Arcanes de 2018. Bravant le froid parisien du cœur de l'hiver, deux détectives étaient présentes pour mener l'enquête à l'aide de tarots de type Rider-Waite Smith. Lors de cette séance de travail, nous avons aidé le Comte Ferenc Nádasdy de Nádasd et Fogarasföld à faire tant bien que mal la lumière sur le mystère qui entoure sa tristement célèbre ancêtre. Cette affaire n'a pas manqué de susciter les interrogations... et d'éveiller les passions !

 

Au cœur de l'un des épisodes les plus sombres de l'Histoire
La lettre envoyée à travers le temps et l'espace par le Comte Ferenc Nádasdy de Nádasd et Fogarasföld nous plongea dès les premiers paragraphes au cœur de l'un des épisodes les plus mystérieux et les plus sombres que l'Europe ait connus jusqu'à présent. Si le Comte se montra d'abord hésitant quant à nous révéler l'identité de sa grand-mère, il lui fallut bien en passer par-là, ce qu'il se résolut à faire tant il avait besoin de notre aide. Sa demande était claire : il sollicitait les compétences des Détectives aux Arcanes afin que nous l'éclairions sur les zones d'ombre qui demeurent en ce qui concerne les agissements prétendument meurtriers et sanglants de sa grand-mère, la Comtesse Erzsébet Báthory. En effet, celle-ci fut accusée d'avoir tué, battu, torturé et mutilé un nombre impressionnant de jeunes filles, ce pour quoi elle fut arrêtée et condamnée à être enfermée dans son château jusqu'à ce que mort s'en suive.

Toutefois, d'après son descendant, la culpabilité d'Erzsébet Báthory ne serait pas aussi évidente qu'il y paraît, car les preuves en seraient bien minces. Comme il nous l'expliquait dans sa lettre, les témoignages qui accablaient la Comtesse étaient soit issus de rumeurs qui se répandaient comme des traînées de poudre, soit obtenus sous la torture, ce qui remet en question leur fiabilité et leur objectivité.

Par ailleurs, Erzsébet était issue d'une très riche famille et avait épousé un homme qui ne l'était pas moins d'une part, et possédait un fort tempérament qui en faisait une femme de caractère et respectée à la Cour comme sur ses terres d'autre part. Cette force de caractère lui avait été nécessaire au quotidien pour diriger son château, en gérer les comptes et défendre ses terres des tentatives d'invasions et des révoltes paysannes lorsque son époux partait à la guerre.

Au décès de celui-ci en 1604, elle se retrouva seule à la tête de ses domaines et dut en assumer l'entière responsabilité. Ne bénéficiant plus de la solde de son héros militaire de mari, elle voyait sa fortune s'amenuiser progressivement et craignait à terme de ne plus pouvoir s'acquitter des tâches qui lui incombaient. Elle entreprit donc de réclamer au roi Mátyás qu'il lui remboursât la dette colossale qu'il avait contractée auprès du couple. En effet, Ferenc Nádasdy (l'époux de la Comtesse) avait en grande partie financé les coûteuses guerres que le royaume de Hongrie avait menées dernièrement car les caisses du roi n'étaient pas suffisamment pourvues. Mátyás n'avait jamais remboursé car sa situation financière ne s'était pas améliorée. Lorsqu'Erzsébet se mit à se rendre régulièrement à la Cour pour réclamer son dû, sa démarche agaça le roi et son premier ministre György Thurzó, et le roi n'était pas plus disposé qu'avant à lui restituer ce qu'il devait.

Dans sa lettre, le petit-fils remarquait que Mátyás et Thurzó avaient tout intérêt à écarter la Comtesse et à la museler, car celle-ci était de toute façon plus riche et plus puissante que le roi, même amputée d'une partie de sa fortune. Aux yeux du roi et de son premier ministre, elle constituait donc une véritable menace pour le pouvoir en place, et il fallait trouver une solution à cette gêne. D'après son petit-fils, il est donc possible qu'ils aient appuyé les rumeurs qui avaient commencé à se répandre pour justifier une arrestation qui mènerait à la confiscation des possessions de la Comtesse. Celles-ci pourraient alors être récupérées par le roi et la dette serait effacée !

En parallèle, des rumeurs se répandaient au sujet de la Comtesse, que l'on associait aux nombreuses disparitions de jeunes filles qui avaient lieu sur ses terres d'après ce qui se disait. On racontait qu'elle frappait, torturait, mutilait et tuait des jeunes filles âgées de 10 à 14 ans dans son château avec l'aide de quelques complices parmi lesquels la mystérieuse Anna Darvolya, une sorcière croate qui se serait arrivée en 1601. Selon les rumeurs, cette dernière pratiquait la magie noire et la sorcellerie et avait initié la Comtesse et ses complices à la torture, qu'elle leur avait enseignée avec le plus grand soin. Des rumeurs affirmant qu'elle torturait et tuait au vu et au su de la Comtesse et de son époux avaient émergé dès 1601, mais l'époux d'Erzsébet était parvenu à les contenir et à les faire taire. À sa mort, la Comtesse se retrouva seule face à cela et ne put rien faire pour empêcher les bruits de se répandre ou les rumeurs d'enfler. Par ailleurs, il était coutume dans la culture populaire de l'époque de faire des veuves des boucs-émissaires en les associant au Diable et en les accusant de pratiquer la sorcellerie et la magie noire. Erzsébet n'échappa donc pas à la tradition et il ne fallut pas longtemps avant que les pires horreurs circulent à son sujet.

En 1610, le roi envoya Thurzó arrêter la Comtesse, qui venait d'afficher son soutien officiel à son cousin qui comptait mener une guerre contre lui. Le motif officiel de l'arrestation fut le massacre particulièrement sanglant des jeunes filles, et l'on sait même d'après une lettre qu'il écrivit à son épouse que Thurzó la prit « en flagrant délit ». On sait aussi qu'avant de partir, il avait l'intention de l'arrêter en flagrant délit, ce qui rend bien sûr la chose curieuse. Enfin, une fois l'arrestation terminée, le premier ministre s'est précipité à la recherche des bijoux de la Comtesse, qu'il trouva et offrit à son épouse !

Tous ces éléments, d'après notre correspondant, rendaient plus que douteuses les accusations qui pèsent encore sur sa grand-mère. Il insista également sur le fait que les témoignages des complices d'Erzsébet ont été recueillis sous la torture, ce qui les rend par définition irrecevables. Il remarqua également des similitudes étonnantes dans le vocabulaire et les structures de phrases employés par l'ensemble des témoins, ce qui est impossible compte tenu de l'éloignement géographique de leur lieu de résidence.

Après avoir pris connaissance des faits et des doutes du petit-fils d'Erzsébet Báthory, nous avons décidé de l'aider en essayant de mettre en évidence des éléments qui pourraient mener à l'innocenter ou au contraire à confirmer sa culpabilité. Nos cartes en main, nous nous sommes donc immergées dans la Hongrie du début du XVIIème siècle et avons examiné plusieurs aspects de cette affaire.

 

Une femme qui dérange ?
Erzsébet Báthory (1560-1614)Bien qu'au centre de l'affaire puisque celle-ci la concernait directement, Erzsébet Báthory en restait toutefois la grande muette puisqu'à aucun moment sa voix n'avait été entendue. Jamais elle n'avait confessé les crimes qui lui étaient reprochés, pas plus qu'elle n'avait été jugée. Aussi, elle fut la première piste explorée par les Détectives aux Arcanes. Il est d'ailleurs très intéressant de noter que lorsque nous avons travaillé à l'établissement de nos démarches d'investigations respectives chacune de notre côté, nous avons toutes eu la même idée : celle de nous interroger sur les faits et gestes et sur l'environnement direct de la Comtesse.

Dans les tirages que nous avons effectués, il est ressorti qu'Erzsébet évoluait dans un contexte qui lui était plutôt hostile et qui ne lui permettait pas d'avoir l'esprit tranquille. Nos cartes l'ont présentée comme une personne tourmentée par ce qui se passait autour d'elle, obligée de rester vigilante en toute circonstance afin de résister aux multiples attaques qui pouvaient surgir à tout moment. En effet, la région dans laquelle se trouvait le château de Csejthe où elle résidait alors était régulièrement troublée par des révoltes paysannes, mais aussi par les tentatives d'invasions quasi-constantes de la part des Turcs, qui étaient pour ainsi dire aux portes de la Hongrie.

À ces inquiétudes se joignaient celles concernant ses relations avec la Cour, qui n'étaient pas au beau-fixe. Nos tirages ont en effet mis en avant le fait que malgré les soucis quotidiens qui étaient les siens, Erzsébet n'avait rien perdu de sa puissance ou de son pouvoir, et ce en grande partie grâce à sa force de caractère hors du commun. Ce fort tempérament a été son principal appui, en particulier après le décès de son époux lorsqu'elle n'a plus bénéficié de son appui et de sa protection. Cet aspect est lui aussi ressorti dans nos tirages, et il a même été associé aux réclamations régulières qu'elle faisait au roi quant à la dette dont il lui était redevable. Les cartes ont en effet montré le manque de volonté du roi quant à un remboursement. D'après ce que nous avons pu constater, il était parfaitement conscient que cette situation lui serait préjudiciable tôt ou tard : non seulement avoir affaire à quelqu'un de plus riche que lui le plaçait dans une position très inconfortable et fragilisait son autorité politique (il craignait de voir son pouvoir renversé à tout moment), mais son incapacité à rembourser sa dette (à une femme !) était tout de même quelque peu humiliante et pouvait remettre en question sa crédibilité.

Si nos tirages ont insisté sur la position peu confortable d'Erzsébet et sur les oppositions qu'elle rencontrait, l'état des lieux qu'ils ont dressé de son environnement n'a fait en revanche aucune allusion à quelque accès de violence remarquable que ce soit de la part de la Comtesse. Voilà un élément qui aurait pu être présent, mais si maltraitance particulière sur le personnel il y avait, les lames tirées n'y ont pas fait allusion. Elles se sont davantage concentrées sur le fort caractère d'Erzsébet qui l'a certes rendue gênante aux yeux du roi et de son premier ministre, mais qui lui a aussi permis d'affronter un contexte politique propice aux trahisons et aux complots.

 

La possibilité d'un complot
C'est donc tout naturellement que certaines détectives décidèrent de creuser la piste du complot politique afin de tenter de déterminer si les accusations qui avaient été portées à l'encontre de la Comtesse étaient fondées ou s'inscrivaient dans le cadre d'une machination visant à la mettre hors d'état de nuire. Qu'elles aient été obtenues lors de notre premier tour de tirages ou lors de tirages effectués spécifiquement pour explorer cette piste, les lames tirées ont été très cohérentes : nombreuses étaient celles qui évoquaient les complots, les trahisons et les attaques !

Il a été très intéressant de constater que certaines lames étaient présentes dans des tirages effectués par différentes détectives, ce qui a renforcé non seulement l'idée que la cartomancie ne tient pas du hasard, mais également celle selon laquelle la probabilité d'un complot politique ourdi par des personnes de pouvoir avait bien réussi à nuire à Erzsébet. Nos cartes la montraient en proie aux attaques non armées qui la privaient d'une partie de ses moyens (on pensera notamment à la dette non remboursée mais aussi à la rumeur qui peut faire office d'attaque verbale), mais aussi comme quelqu'un d'isolé sur le plan géographique. Or, la Comtesse résidait dans une région plutôt hostile, tant par le climat que par l'environnement naturel (forêt et montagne) et politique (révoltes paysannes régulières, tentatives constantes d'invasions de la part des Turcs). Naturellement isolée, il lui était peu aisé de communiquer avec la Cour en dehors de ses visites régulières. Voilà qui a, d'après nos cartes, joué en sa défaveur et qui a donné du grain à moudre à ceux qui souhaitaient sa chute, car cela leur a permis de confirmer et de véhiculer une image d'Erzsébet peu flatteuse qui a pu les aider à justifier son arrestation par la suite.

Par ailleurs, l'opposition entre l'immense fortune de la Comtesse et caisses (presque) vides du royaume est ressortie dans nos tirages. Nous avons ainsi constaté la convoitise que suscitaient les possessions d'Erzsébet Báthory qui, est-il nécessaire de le rappeler, faisait partie de la haute noblesse et comptait parmi les personnes les plus riches de Hongrie. Il est apparu clairement que l'on cherchait à confisquer les biens de la Comtesse.

Cette dernière est-elle restée inactive et indifférente à cette situation ? Compte tenu de son fort caractère, la réponse est sans surprise. Non seulement Erzsébet a tenté de récupérer son dû en se rendant régulièrement à la Cour pour réclamer le remboursement de la dette que le roi avait envers elle, mais elle a également fait son possible pour se défendre des accusations qui pesaient sur elle après son arrestation. En effet, elle avait entrepris d'écrire des lettres aux (nombreux) nobles avec lesquels elle entretenait de bonnes relations afin de leur demander leur aide et de clamer son innocence, mais Thurzó lui refusa la réception de tout soutien. Bien sûr, la Comtesse s'insurgea en informant de l'attitude injuste de ce dernier, l'accusant de chercher à nuire volontairement à sa réputation !

 

Le poids de la rumeur
La possibilité d'un complot se dégageait donc assez nettement de nos tirages, conjuguée à la présence de rumeurs qui auraient elles aussi pu nuire à Erzsébet Báthory. C'est donc tout naturellement que nous avons également décidé d'examiner cette piste afin de tenter de déterminer quel rôle ces rumeurs ont pu avoir dans cette affaire et dans quelle mesure elles ont pesé sur l'arrestation et la condamnation de la Comtesse.

C'est sans grande surprise que nos tirages ont confirmé ce qui planait déjà dans l'atmosphère des précédents : les histoires qui s'étaient répandues progressivement sur Erzsébet ont tenu un rôle central dans cette affaire. Il est clairement apparu que la solitude et l'isolement géographique de la Comtesse après le décès de son époux a pesé sur la manière dont elle était perçue, que ce soit par les habitants des environs, la petite noblesse ou, plus tard, par la Cour. Moins on avait de certitudes sur ce qui se passait au château, et plus on cherchait des explications, n'hésitant pas à trouver des corrélations avec d'hypothétiques disparitions qui auraient pu avoir lieu aux alentours du domaine de la Comtesse. Cette possibilité n'a pas été écartée par nos cartes qui ont laissé entendre qu'elle pourrait être l'une des explications aux horreurs qui ont été reprochées à Erzsébet.

Par ailleurs, ces rumeurs auraient été alimentées par ceux qui la considéraient comme un danger à cause de son fort caractère. On sait que certains puissants avaient tout intérêt à la voir tomber afin qu'elle cesse notamment de réclamer son dû, mais aussi afin de lui confisquer ses terres et toutes ses possessions, ce qui permettrait de renflouer les caisses du royaume. En effet, pour le roi, avoir une personne plus puissante que lui dans les parages – et, qui plus est, une femme ! – n'était pas sécurisant car il sentait son pouvoir menacé, d'autant que suite aux oppositions politiques qui émergèrent, la Comtesse révéla qu'elle avait le potentiel d'un redoutable adversaire. À travers nos tirages, il est apparu que Mátyás et Thurzó ont très certainement trouvé les rumeurs qui circulaient au sujet d'Erzsébet fort opportunes et qu'ils auraient saisi l'occasion de les utiliser afin de servir leurs desseins. Les histoires qui sont arrivées à leurs oreilles tombaient donc à point nommé et leur auraient fourni le prétexte qu'ils cherchaient.

Il est très intéressant de noter qu'à aucun moment nos tirages n'ont confirmé les rumeurs d'enlèvement, de torture et de meurtre qui enveloppaient Erzsébet. Bien sûr, il est évident compte tenu de l'époque et des coutumes d'alors que la Comtesse pouvait malmener son personnel, mais à aucun moment il n'est ressorti qu'elle était pire que les autres nobles. Si sadisme, torture et meurtres en série il y a eu, nous n'en avons trouvé aucune trace dans nos tirages. Certes, des jeunes filles disparaissaient, mais rien n'a permis de déterminer que cela était imputable à la Comtesse. Voilà qui relativise largement les faits qui lui étaient reprochés !

 

De l'usage de la sorcellerie et de la magie noire
Compte tenu de ces éléments, l'une de nos Détectives a souhaité pousser plus loin les explorations liées aux rumeurs, et notamment à celles qui concernaient la relation d'Erzsébet à la sorcellerie et à la magie noire. En effet, il était coutume à l'époque d'attribuer aux veuves des accointances avec le Diable et de dire qu'elles pratiquaient la sorcellerie et la magie noire. La Comtesse n'a bien sûr pas échappé à cette tradition, et il ne fallut pas longtemps pour qu'elle la subisse. La relation mystérieuse qu'elle entretenait avec Anna Darvolya s'est révélée au cœur de ces interrogations, qui ont trouvé des débuts de réponses dans le tirage de notre Détective.

Tout d'abord, il a révélé que la Comtesse s'adonnait très certainement à des pratiques occultes. Étaient-elles pour autant maléfiques et empreintes d'une indéniable intention de nuire ? Rien n'est moins sûr ! En effet, il est apparu que le recours à de tels usages ait été davantage motivé par le désir de se protéger d'éventuelles attaques que par celui de nuire à autrui. Les cartes tirées par notre Détective à ce propos ont été très claires et n'ont mis en lumière aucune mauvaise intention. En revanche, la notion de protection était quant à elle très présente.

Il est également très intéressant de remarquer que ces pratiques occultes étaient indéniablement marquées par la féminité. Non seulement il s'agissait de manières de femmes – en particulier d'une veuve –, mais la Comtesse n'était apparemment pas seule. En effet, le tirage faisait émerger la présence d'une autre femme à ses côtés et donnait quelques précisions sur la relation qui les liait. Il est certain qu'elles étaient très proches et qu'elles tenaient beaucoup l'une à l'autre. La lame évoquant cette relation laissait même entendre que cette affection mutuelle aurait pu être plus que de l'amitié. On reconnaît ici la mystérieuse Anna Darvolya, qui s'était installée au château du vivant de l'époux d'Erzsébet. Les rumeurs à son sujet étaient légion et certaines lui prêtaient en effet une relation lesbienne avec la Comtesse. Celle-ci a été montrée comme tout à fait possible par les cartes, et l'on peut même dire que les sentiments entre les deux femmes étaient sincères et profonds.

Les pratiques magiques auxquelles toutes deux se seraient adonnées auraient non seulement été employées à protéger le domaine et la Comtesse, mais elles auraient également bénéficié du lien qui les rapprochait. Celui-ci aurait en effet renforcé la portée des rituels, ce qui aurait manifestement aidé Erzsébet à conserver ses terres et ses possessions aussi longtemps après le décès de son époux. En revanche, nulle trace là encore de violences infligées par la torture, pas plus que de meurtres.

Dans l'ensemble, ce tirage a révélé que la Comtesse vivait avec son temps et en appliquait les coutumes, car il n'était pas rare de chercher une protection magique dans ces contrées isolées et hostiles. Par ailleurs, il a permis d'en apprendre davantage au sujet de la forte relation qui rapprochait Erzsébet et Anna Darvolya. Comme on l'imagine sans mal, cette relation a très certainement joué un rôle dans les accusations qui ont été formulées à l'encontre de la Comtesse !

 

Réunion de février, La Comtesse Sanglante

 

Retour en 2018
Après plus de deux heures d'enquête, le temps vint de dresser le bilan de nos explorations afin de voir où nos découvertes nous conduisaient. En rassemblant les différents éléments mis au jour, nous avons dû nous rendre à l'évidence : si Erzsébet était coupable des atrocités qu'on lui reprochait, rien ne permettait d'après nos tirages de confirmer ses funestes agissements. Au contraire, tout menait au renforcement des doutes qui subsistent encore aujourd'hui au sujet de la Comtesse, et les pistes pointant vers les complots et l'utilisation des rumeurs à son encontre n'ont cessé d'émerger à mesure que nous progressions dans nos tirages.

Voilà qui semblait confirmer la fragilité des « preuves » qui ont été retenues contre elle à l'époque et qui sont encore avancées aujourd'hui. En effet, qu'il s'agisse des témoignages recueillis lors des auditions des complices d'Erzsébet et des témoins ou du flagrant délit présumé rapporté par Thurzó lors de son arrestation, aucun élément matériel ne permet d'attester la fiabilité de ces déclarations et des faits auxquels elles font allusion. Or, en l'absence de confirmations provenant de sources autres que celles-ci, impossible de déterminer avec certitude de quoi il en retourne.

Par ailleurs, la plupart des schémas qui ont émergé de nos tirages tendaient à innocenter Erzsébet, ou du moins à limiter grandement sa responsabilité dans les faits qui lui étaient reprochés. Tout d'abord, l'exploration de la piste du complot a confirmé la vraisemblance de celui-ci, ce qui n'est pas insensé si l'on en juge par la position dominante d'Erzsébet dans la société hongroise et par son fort caractère qui en faisaient une personne gênante pour le pouvoir en place. Pour le roi et son premier ministre, elle constituait une réelle menace et il n'est pas impossible qu'en ces temps tourmentés ils aient souhaité l'éliminer dans le but d'asseoir davantage leur position et ainsi la sécuriser. Ensuite, les rumeurs qui se répandaient depuis le décès de Ferenc Nádasdy ne sont rien d'autre que des suppositions, car aucune preuve matérielle n'est venue les corroborer, que ce soit au niveau de la recherche scientifique ou de nos tirages. Il en va de même pour les dépositions des complices, qui ont été obtenues sous la torture, ce qui les fragilise énormément. Quant à la déclaration de Thurzó selon laquelle il aurait surpris la Comtesse en flagrant délit, là encore, rien ne vient la confirmer.

 

Quand la vérité devient une valeur relative
À l'issue de notre enquête, tout portait donc à croire qu'Erzsébet Báthory était innocente des horreurs dont on l'avait accusée. Pour autant, l'absence de preuves tangibles de sa culpabilité suffit-elle à la dédouaner de tout ? Rien n'est moins sûr !

Il faut en effet garder à l'esprit que l'absence de preuves accusatrices ne permet pas d'établir une certitude : rien ne dit que l'on ne retrouvera pas un jour, dans un vieux coffre ou dans une bibliothèque par exemple, un document, un objet ou tout autre élément qui prouverait la culpabilité de la Comtesse, ne serait-ce que pour une partie de ses crimes supposés. Lorsqu'on cherche à se forger une opinion sur cette affaire, il est indispensable de garder à l'esprit que nos réflexions ne peuvent s'appuyer que sur l'état actuel des connaissances et que celui-ci est sujet à évolution en fonction des éventuelles découvertes que feront les historiens.

Pour l'instant, il est donc impossible d'établir la vérité. Erzsébet n'a jamais avoué les crimes qui lui sont attribués, que ce soit par écrit ou par voie orale, et elle n'a jamais été jugée. À ce propos, l'intention du roi était d'ailleurs de recueillir son témoignage en employant la torture, ce qui aurait mené les chercheurs à le traiter avec la plus grande prudence.

La seule personne qui aurait été capable de faire la lumière sur cette affaire est Erzsébet elle-même, car elle seule savait si les accusations qui pesaient contre elle étaient justifiées ou non et si oui, dans quelle mesure elles l'étaient. Or à ce jour, on ne dispose d'aucun élément tangible et seuls l'examen minutieux des événements et une intime conviction permettent de se faire une idée de ce qui s'est passé. Cette intime conviction varie selon les chercheurs et les passionnés, et il est à ce jour impossible de dire avec certitude si la Comtesse était coupable de tout ce qu'on lui reprochait, si elle était coupable d'une partie des faits, ou si elle en était totalement innocente. Cela relève de chacun et à moins de nouvelles découvertes, il paraît bien difficile d'avoir une idée précise de ce qui s'est réellement passé.

 

Les leçons à retenir
Considérer la vérité comme une valeur relative peut être frustrant – et ça le fut pour les Détectives aux Arcanes ! –, mais ce point a fait partie des leçons apprises lors de cette réunion. Si les cartes permettent bien de mettre au jour des événements, des dynamiques, des sentiments et des émotions, il reste indispensable – même au meilleur des interprètes – de les considérer avec prudence. En effet, faire preuve d'une certitude hâtive mène souvent à l'erreur, et c'est précisément ce que l'on souhaite éviter en cartomancie. Qu'il s'agisse d'explorer un événement historique ou la situation d'un consultant qui vient nous voir, le but est de se rapprocher le plus possible de la vérité. Bien qu'elle soit souvent insaisissable dans sa totalité, les cartes aident à mettre en exergue des points qui aideront le consultant à décider des stratégies à adopter pour avancer. Dans le cadre d'une affaire historique comme ici, il s'agit d'envisager les différents scénarios possibles et de voir lesquels sont les plus plausibles. Dans les deux cas, il est important de ne fermer aucune porte et de ne pas se focaliser sur une seule possibilité d'interprétation, car cela reviendrait à voir la situation avec des œillères. Il faut au contraire rester ouvert, non seulement à la logique, mais aussi à d'autres possibilités. C'est ainsi que l'on peut, de tirage en tirage, recouper les informations et parvenir à un panorama cohérent.

L'autre grande leçon à laquelle les Détectives aux Arcanes ont été confrontés concerne la nécessité d'interpréter les lames selon le contexte dans lequel les événements examinés de sont déroulés. Pour se faire, ils ont dû s'imprégner des mentalités et des coutumes de l'époque et comprendre les grands fonctionnements de la société hongroise, de même que les enjeux politiques. C'est ainsi que les tirages ont pu prendre une dimension tout autre que celle qui aurait été la leur si l'on avait exploré des événements plus récents. Il a été parfois difficile de comprendre le message de certaines lames et de le rattacher à l'affaire qui nous intéressait mais en gardant un esprit ouvert et en remettant tout en perspective, nous avons réussi à faire sens et à leur découvrir d'autres applications que celles que nous leur connaissions habituellement. Cet exercice fut passionnant et le défi qu'il présentait fut relevé avec brio !

 

 

Grâce aux tirages que nous avons effectués, nous avons pu nous forger une intime conviction quant aux événements abordés dans cette affaire. Si la vérité stricte n'a pu être établie, une trame s'est dégagée, permettant de renforcer certaines des théories émises par les chercheurs. L'enthousiasme des Détectives présentes fut un formidable moteur pour cette enquête, ce qui a mené à un bel investissement de la part des participantes qui ont eu à cœur de faire la lumière sur les funestes événements dont il était question. L'entraide fut le maître-mot de cette réunion, et je suis ravie de la belle alchimie qui a opéré entre les Détectives.

Pour ma part, j'ai enquêté avec le Happy Tarot (voir photo) car ce jeu étant en décalage avec la situation explorée, il a permis de mettre de côté l'horreur des crimes dont était accusée la Comtesse pour faire ressortir les événements, sentiments et dynamiques propres à cet épisode. Le résultat a même dépassé mes espérances car mes interprétations en ont été grandement facilitées !

 

Je remercie vivement les Détectives présentes à cette fascinante réunion. Leur bonne humeur, leur curiosité et leur participation active ont largement contribué à en faire un moment riche en partage et en échanges, dans le plaisir de pratiquer une passion commune. Je suis heureuse d'avoir passé ce bel après-midi avec elles et n'ai qu'une hâte : les retrouver pour une prochaine réunion !

Certes, nous n'avons pas pu répondre à toutes les questions que posait notre affaire et le manque de preuves historiques fut quelque peu frustrant. Toutefois, la trame commune qui a émergé de nos différents tirages a montré une certaine cohérence qui n'est pas passée inaperçue et qui a beaucoup intrigué. Cela m'a même donné envie d'aller plus loin dans mes investigations sur cette affaire !

En attendant d'en apprendre davantage sur la Comtesse, j'ai déjà hâte d'être à la prochaine réunion des Détectives aux Arcanes. J'ai déjà quelques idées d'affaires sur lesquelles nous pourrions nous pencher !

À bientôt,
Morrigann Moonshadow

 

 

SUR LA PHOTO :
Les livres :

Infamous Lady: The True Story of Countess Erzsébet Báthory (Kimberly L. Craft). CreateSpace, 2014 [2nd ed., 2009].

The Private Letters of Countess Erzsébet Báthory (intr., ed., comm. Kimberly L. Craft). CreateSpace, 2011.

Elizabeth Báthory: A Memoire (Kimberly L. Craft). CreateSpace, 2011. (novel/roman)

 

Les jeux :
Happy Tarot (Serena Ficca). Torino : Lo Scarabeo, 2015.

The Smith-Waite Centennial Tarot Deck (Arthur Edward Waite, Pamela Colman Smith). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2013 [2009].

 

Le CD :
1614 (Opera Diabolicus). Cologne : Metalville, 2011.

Janvier 2018. Jeux présentés

Un thé découverte autour de la construction du tarot de Marseille

Le samedi 27 janvier s'est tenu le tout premier thé découverte de 2018 et le moins que l'on puisse dire, c'est que nous avons commencé l'année en beauté ! En effet, nous nous sommes attaqués à la délicate problématique de la construction du tarot de Marseille, ce qui nous a menés à nous poser des questions très intéressantes et à nous rendre compte que l'histoire du tarot est loin d'être aussi linéaire qu'on pourrait le penser.

Afin que nous puissions y voir plus clair et démêler le vrai du faux dans les affirmations qui ont fait ou qui font toujours autorité dans le domaine qui nous intéressait, j'ai commencé à titre d'introduction par revenir sur les grandes idées issues des travaux plus ou moins pertinents des occultistes français des XVIIIème et XIXème siècles. Voilà qui a permis de confronter leurs dires à la réalité historique que l'on connaît aujourd'hui et de déboulonner certaines idées reçues qui sont encore malheureusement trop répandues de nos jours.

Ces quelques mises au point préliminaires ont eu l'avantage de replacer le débat dans le contexte historique établi par les recherches académiques des historiens et des spécialistes du sujet, affranchies des fantasmes qui ont pris racine dans les élucubrations de certains occultistes farfelus. Cela en tête, nous avons donc pu remonter le temps jusqu'à la Renaissance et commencer notre exploration à partir du premier tarot connu.

Par « le premier tarot connu », j'entends bien « le plus ancien tarot dont nous avons connaissance », ce qui est très différent du premier tarot apparu dans l'histoire. En effet, si le plus ancien tarot dont on dispose aujourd'hui est le Visconti-Sforza, cela ne signifie en rien dans l'absolu que celui-ci est le plus ancien tarot qui ait existé. Dans le cas présent, plusieurs indices montrent que le tarot existait avant celui-ci puisqu'on a retrouvé des notes allant en ce sens dans des manuscrits antérieurs au Visconti-Sforza. Par ailleurs, la réalité historique d'aujourd'hui est étroitement liée à l'état actuel des connaissances et des découvertes, et rien ne dit que l'on ne trouvera pas un jeu plus ancien encore dans les années à venir, ce qui viendrait remettre en question certaines des affirmations que l'on tient pour vraies actuellement. Ainsi, l'histoire en général et celle du tarot en particulier reste une discipline vivante, et ce quelles que soient les problématiques ou les époques que l'on étudie.

Ces notions bien présentes à l'esprit, nous avons pu remonter le temps pour faire escale dans l'Italie du XVème siècle et nous pencher sur le très beau tarot Visconti-Sforza. On sait que celui-ci fut commandé en 1451 à l'artiste Bonifacio Bembo par Francesco Sforza dans le but de célébrer à la fois son accession au pouvoir (il venait d'être fait Duc de Milan) et son dixième anniversaire de mariage avec Bianca Maria Sforza. Dans son iconographie, ce jeu intègre d'une part des symboles propres à la famille Visconti-Sforza (on y reconnaît les visages de certains membres), et il véhicule d'autre part les grands principes de la culture humaniste qui se développait à cette période. Le tarot est alors non pas un outil divinatoire puisque cette fonction ne lui fut attribuée que bien plus tard, mais bien un outil servant à l'instruction et à l'éducation. Véritable livre d'images, il rassemble les grandes valeurs de cette culture humaniste et permet de penser le Monde à travers les différents plans de l'existence. Grâce à lui, on peut ainsi étudier la vie terrestre (le pouvoir, les vertus cardinales, la culture populaire) et ce qui appartient au plan supérieur, à savoir le religieux et le spirituel ans oublier l'ésotérisme, à travers les allégories chrétiennes, la théologie ou les planètes. Cet outil était parfait pour l'instruction des riches familles car les illustrations facilitaient l'assimilation des différentes notions abordées. Sur le plan artistique, ce tarot auquel seules quatre lames manquent est somptueux et reprend les codes de l'art de la Renaissance, rappelant même dans leur composition les techniques et le style établis par Léonard de Vinci. On sait même que ce dernier a été appelé pour diriger la création de deux lames, et l'on remarque que son influence est visible sur d'autres lames encore, notamment dans l'effet de perspective créé à l'endroit où le sol s'arrête net.

Notre exploration s'est poursuivie toujours en Italie, du côté de Bologne cette fois. Nous y avons découvert le tarot dit de Charles VI, qui n'était pas destiné au monarque dont il porte le nom, pas plus qu'il n'a été créé pendant son règne, malgré ce que l'on a pu croire à tort. On sait également aujourd'hui qu'il n'a pas été peint par Jacquemin Gringonneur contrairement à ce qu'avait établi l'interprétation erronée d'un manuscrit. En réalité, ce jeu serait originaire de Bologne (Italie du Nord) et aurait vu le jour à la fin du XVème siècle, c'est-à-dire bien après le règne de Charles VI (1368-1422). Seules dix-sept lames nous sont parvenues sur les soixante-dix-huit qu'il comportait. Créé en pleine Renaissance italienne, ce jeu somptueux sur le plan artistique est un très bel exemple de tarot à visée éducative qui accentue encore davantage ce qui a été observé au sujet du Visconti-Sforza. Il véhicule en effet les grands principes de la culture humaniste de l'époque et les allégories qu'il dépeint sont identifiables au premier coup d'œil que l'on sache lire ou non, ce qui facilitait grandement la compréhension des notions qui sont abordées par les différentes lames.

Grâce à notre voyage au cœur de la Renaissance italienne, nous sommes parvenues à nous détacher de la vision moderne du tarot en tant qu'outil divinatoire pour le considérer comme un outil d'apprentissage du Monde et de réflexion sur la manière dont on l'envisage. Bien sûr, cet aspect est toujours présent aujourd'hui dans le tarot, qu'il soit de tradition Marseille ou non, mais il est combiné à l'application divinatoire pour la porter à un niveau bien plus profond que la seule « prédiction de l'avenir » à laquelle certains la limitent trop souvent à tort. Ainsi, le tarot demeure un outil d'ouverture au Monde et de compréhension de celui-ci et de ses fonctionnements.

Retour en France après cette escapade italienne puisque c'est à Paris que fut créé en 1650 le tarot dit de Jacques Viéville. Considéré par certains comme le « premier » tarot de Marseille en raison de l'iconographie qu'il présente et écarté par d'autres de la lignée des « ancêtres » du tarot de Marseille à cause des multiples différences qu'il affiche avec ce dernier, ce jeu n'en est pas moins très intéressant et fascinant. Si l'on y reconnaît plusieurs traits qui le lient indubitablement au tarot de Marseille, d'autres l'en éloignent par leur singularité, d'autant qu'on ne les trouve nulle part ailleurs. Parmi les différences notoires par rapport au tarot de Marseille, on remarque par exemple que le Pendu a la tête en haut, mais aussi que les regards de certains personnages ne sont pas tournés du même côté. Les lames ne sont pas non plus nommées et certaines n'observent pas le même ordre que celui des jeux d'aujourd'hui. En termes de symbolique, le Diable y prend la forme d'une étrange créature en marche sur laquelle on peut voir plusieurs visages ; la Maison-Dieu est un arbre foudroyé sous les yeux d'un personnage ; l'Étoile montre un astrologue assis, compas à la main ; la Lune présente une fileuse, et le Soleil dépeint un personnage à cheval.

L'autre jeu emblématique du XVIIème siècle en France est le tarot de Jean Noblet, créé quelques années plus tard (1659) à Paris. Conservé à la BNF, l'unique exemplaire qui nous est parvenu n'est pas complet puisque cinq lames sont manquantes. L'iconographie utilisée ici est très proche de celle du tarot de Marseille que l'on connaît aujourd'hui et les lames sont nommées, y compris la Mort, ce qui est extrêmement rare dans cette tradition. L'ordre des lames est également le même qu'aujourd'hui. Visuellement, c'est pour l'instant le jeu qui se rapproche le plus de la version moderne du tarot de Marseille.

Nous avons ensuite avancé dans le temps pour nous rendre à Lyon où, en 1701-1705, paraissait le tarot de Jean Dodal qui présente lui aussi la trame visuelle et la structure du tarot de Marseille. Nous avons vu que ce jeu ressemble à s'y méprendre à un autre tarot, celui de Jean Payen, créé en Avignon en 1713. La raison en est simple : il s'agit en fait d'une reproduction du jeu de Jean Payen, mais destinée à l'exportation puisque le tarot de Jean Dodal porte la mention « FPE » (i.e. « Fait pour l'Étranger ») et les initiales « I.P. » (Jean Payen) peuvent se lire sur certaines lames. On sait d'ailleurs que Jean Dodal et Jean-Pierre Payen (descendant de Jean Payen) se sont trouvés tous deux au même endroit pendant une période et auraient travaillé ensemble, ce qui expliquerait cette démarche.

Enfin, notre exploration des tarots non divinatoires s'est achevée à Marseille où le premier jeu à avoir l'appellation « tarot de Marseille » fut créé en 1761 par Nicolas Conver, maître cartier de Marseille et imagier du roi. En termes d'iconographie et de symbolique, ce jeu est le plus proche de l'actuel tarot de Marseille dont il présente tous les ingrédients. On sait d'ailleurs qu'il servit de modèle (avec le Viéville) à Paul Marteau lorsque celui-ci fixa en 1930 le modèle que l'on connaît encore aujourd'hui.

Ces quelques jeux nous ont permis de voir de quelle manière le tarot a évolué au fil du temps, à la fois dans la symbolique présente sur les lames et dans les grandes notions qu'il véhicule. Nous nous sommes certes concentrées sur les jeux évoqués ci-dessus, mais cela ne nous a pas empêchées également d'en aborder d'autres brièvement afin de montrer que le tarot était aussi un témoin de son temps et qu'il pouvait avoir une valeur de commentaire historique sur un contexte politique en plus d'être un outil d'instruction. C'est le cas par exemple au XIXème siècle du tarot de Besançon qui, afin de ménager les susceptibilités politiques et religieuses de l'époque dues à la contre-réforme, a remplacé la Papesse et le Pape par Junon et Jupiter.

 

Janvier 2018. Jeux présentés

 

Nous nous sommes ensuite intéressées au tarot en tant qu'outil divinatoire, ce qu'il est devenu à la fin du XVIIIème siècle. Nous avons à nouveau évoqué les travaux d'Etteilla, d'Éliphas Lévi et de Papus afin de comprendre leur importance dans la pratique divinatoire malgré les erreurs parfois grossières qu'on leur reconnaît aujourd'hui. Suite à cela, nous avons pu nous pencher sur le tarot d'Oswald Wirth (paru en 1889) qui popularise les interprétations d'Éliphas Lévi et les grands principes que l'occultiste a appris auprès de son maître Stanislas de Guaïta, ainsi que ceux de la franc-maçonnerie et de la kabbale. Ce jeu intègre des éléments supplémentaires par rapport à ceux que l'on a vus jusqu'à présents sur les lames du tarot, comme par exemple en associant chaque lame majeure – exceptée la Mort – à une lettre hébraïque suivant le principe établi par Éliphas Lévi.

Enfin, le jeu que l'on connaît aujourd'hui en tant que « tarot de Marseille » nous a permis de clôturer l'exploration de la construction de cette tradition. En effet, le support que beaucoup utilisent n'est autre que le tarot de Marseille tel qu'il a été fixé (couleurs, symbolique, iconographie) par Paul Marteau en 1930 et qui est toujours publlié par Grimaud. Comme nous l'avons vu, il est intéressant de noter que ce tarot s'inscrit d'une certaine manière en héritier de plusieurs des jeux qui l'ont précédé puisque Paul Marteau reconnaît avoir pris pour modèles le Viéville et le Conver son élaboration.

 

L'évolution du tarot de Marseille s'arrête-t-elle avec le jeu mis au point par Paul Marteau, largement commercialisé aujourd'hui ? Rien n'est moins sûr ! Comme on l'a vu tout au long de ce thé découverte, le tarot est vivant, il évolue au fil du temps, en fonction des grandes problématiques propres à une époque ou à une région. Difficile, donc, de croire qu'il pourrait tout à coup se figer et rester emprisonné dans un seul et unique modèle ! C'est ce qu'a confirmé la suite – et fin – de notre exploration qui nous menée à examiner deux jeux qui s'inscrivent dans le prolongement des modèles mis en avant précédemment.

Les Triomphes de Paris, créés par Bertrand Saint-Guillain, sont un jeu remarquable en cela que l'artiste rend hommage aux techniques des anciens maîtres cartiers. Ici, Bertrand Saint-Guillain a respecté scrupuleusement les méthodes de création du XVIIème siècle pour produire ses vingt-deux lames majeures (triomphes) inspirées du tarot dit de Jacques Viéville dont il reprend les codes visuels tout en y apportant quelque chose de personnel. Le résultat est saisissant et donne l'impression d'avoir en main un jeu venu d'un autre temps, comme un trésor inestimable que l'on aurait retrouvé. Inutile de dire que ce jeu très original a beaucoup plu aux participantes qui ont su apprécier le travail engagé par l'artiste !

L'autre jeu examiné dans l'optique d'une tradition vivante est Le Tarot Noir, qui est lui aussi une très belle réécriture du tarot de Marseille. Ce jeu reprend dans les grands traits les éléments observés jusqu'à présent dans les tarots anciens (en particulier celui de Jacques Viéville) et les place dans un contexte médiéval sur le plan visuel ainsi qu'au niveau des mentalités et de la conception du Monde qui y transparaît. Ce tarot aux couleurs sombres présente d'intéressants contrastes introduits par des jeux de lumière, ce qui en fait non seulement un bel outil sur le plan esthétique, mais aussi un support propice à une étude poussée. Il a été très apprécié par les participantes !

Bien sûr, ces deux tarots ne sont pas les seuls à reprendre les codes (structure et langage symbolique) du tarot de Marseille tel qu'on le connaît aujourd'hui et à les revisiter. On en trouvera en effet de nombreux autres qui les transposent dans différents univers, contribuant ainsi à garder cette tradition vivante et non figée contrairement à ce que l'on imagine souvent. Toutefois, j'ai choisi de me concentrer sur ces deux jeux car la démarche artistique et intellectuelle de leurs créateurs les inscrit dans le prolongement de ce que l'on a observé tout au long de ce thé découverte.

Le tarot, quelle que soit la tradition à laquelle il se rattache, n'est pas un objet figé, bien au contraire ! Ce point a été largement évoqué au cours de notre exploration historique car force est de constater qu'il est bien difficile – voire impossible – de mettre en avant une évolution linéaire qui aurait pu mener au tarot de Marseille actuel. D'ailleurs, nous avons constaté que le tarot de Marseille d'aujourd'hui est plutôt récent dans sa forme et dans les codes qu'il emploie puisqu'il est une sorte de mosaïque de plusieurs tarots anciens. Bien sûr, tous les jeux examinés partagent d'indéniables ressemblances avec le support que l'on utilise aujourd'hui, mais chacun est unique puisqu'il est le reflet d'une époque, c'est-à-dire d'un contexte historique, avec ses particularités en termes de mentalité, de conception du Monde, de vie politique, qui sont souvent propres à la région dans laquelle il apparaît. En quelque sorte, le tarot de Marseille d'aujourd'hui est lui aussi unique puisqu'il peut être envisagé comme la somme, la synthèse de ceux qui l'ont précédé et qui, peu à peu, en ont défini les grands traits. D'une certaine manière, il les unifie et les harmonise.

 

Les quelques problématiques examinées durant cette séance ne sont bien sûr pas les seules que nous aurions pu aborder, mais elles ont permis de cadrer notre exploration et de se confronter aux difficultés qui se présentent à tout historien afin de relativiser certaines affirmations trop souvent véhiculées lorsqu'il est question du tarot de Marseille. L'objet de l'exploration n'était pas d'alimenter encore davantage les querelles de clochers ou d'entrer dans ce type de débat, mais plutôt d'essayer de dégager un panorama objectif qui s'appuie uniquement sur l'état actuel des connaissances historiques en la matière. De la même manière, il n'était pas question au cours de ce thé découverte de dresser l'historique complet du tarot, car il fallait d'une part se limiter à une trame donnée pour éviter de s'éparpiller, et cela aurait risqué d'autre part de rendre l'ensemble confus. Disposant par ailleurs d'un temps limité, il fallait faire des choix afin de nous concentrer sur les jeux les plus remarquables qui ponctuent cette évolution. Le but était ici de permettre aux participantes de découvrir les grandes lignes de l'histoire du tarot et d'avoir en tête quelques repères qui constitueront des points de départ pour les explorations plus approfondies qu'elles pourraient souhaiter mener par la suite.

Comme promis en fin de séance, j'en profite pour recommander quelques ouvrages incontournables qui aideront ceux et celles qui voudraient aller plus loin dans leurs recherches sur l'histoire fascinante du tarot et qui leur permettront d'approfondir leurs connaissances sur la construction du tarot de Marseille. Ici, point de théories farfelues tirées des fantasmes d'auteurs en mal de sensationnalisme, mais des recherches sérieuses conduites par des spécialistes reconnus. N'hésitez pas à vous y plonger !

 

Janvier. Livres

 

Par les nombreux points qu'il a permis d'aborder, ce thé découverte fut très enrichissant. Les jeux présentés ont beaucoup plu et certains ont même généré des coups de foudre ! Bien qu'elle n'ait pas eu vocation à dresser une histoire complète et détaillée du tarot, cette séance a eu le mérite de donner de solides repères aux participantes qui pourront approfondir leurs explorations si elles le souhaitent.

Je remercie chaleureusement les participantes pour leur présence, leur bonne humeur et leurs interventions pertinentes au cours de ce bel après-midi de janvier. Je suis ravie d'avoir partagé ce thé découverte avec elles et j'espère qu'elles ont eu autant de plaisir à y assister que j'en ai eu à le préparer ! J'ai en tout cas passé un excellent moment en leur compagnie, entre retrouvailles et nouvelles rencontres. J'espère avoir réussi à éveiller (ou à raviver) leur intérêt envers l'histoire du tarot !

 

J'ai déjà hâte d'être à notre prochaine rencontre pour continuer à partager notre passion de la cartomancie. En attendant de vous retrouver, je vous souhaite de belles découvertes !

À bientôt,
Morrigann

 

 

PHOTO 1 : Les jeux présentés
Visconti-Sforza (Atanas Alexander Atanassov). Torino: Lo Scarabeo, 2013 [Milan, c. 1450].

The Golden Tarot: the Visconti-Sforza Tarot Deck (Mary Packard, Rachel Clowes). New York, NY: Race Point Publishing, 2013 [Bonifacio Bembo, Milan, c. 1450].

Tarot de Marseille (Nicolas Conver). Bordeaux : Héron [Marseille, 1761].

Tarot Oswald Wirth (Oswald Wirth). Neuhausen am Rheinfall (CH): AGM-AGMüller, 1976 [1889].

Ancien Tarot de Marseille (Paul Marteau). Paris : Grimaud, 1980 [1930].

Triomphes de Paris (Bertrand Saint-Guillain). Paris : auto-édité, 2011.

Le Tarot Noir : Imagerie médiévale populaire (Justine Ternel, Matthieu Hackière). Paris : Éditions Véga, 2013.

 

JEUX PRÉSENTÉS N'APPARAISSANT PAS SUR LA PHOTO :
Tarot dit de Charles VI, fin du XVème siècle (à voir sur le site de l'exposition « Dessins de la Renaissance », BNF).

Tarot dit de Jacques Viéville, 1650 (à voir sur Gallica).

Tarot de Jean Noblet, 1659 (à voir sur Gallica).

Tarot de Jean Dodal, 1701-1715 (à voir sur Gallica).

 

PHOTO 2 : Ouvrages recommandés
DECKER Ronald, DEPAULIS Thierry, DUMMETT Michael. A Wicked Pack of Cards: The Origins of the Occult Tarot. London: Duckworth, 2002 [1996].

DECKER Ronald, DUMMETT Michael. A History of the Occult Tarot: 1870-1970. London: Duckworth, 2008 [2002].

HUSON Paul. Mystical Origins of the Tarot: From Ancient Roots to Modern Usage. Rochester, VT: Destiny Books, 2004.

LÉON Dai. Origins of the Tarot: Cosmic Evolution and the Principles of Immortality. Berkeley, CA: Frog Books, 2009.

FARLEY Helen. A Cultural History of Tarot: From Entertainment to Esotericism. London / New York, NY: I.B. Tauris, 2009.

Déc. 2017, L'univers enchanté de Lisa Hunt

À la découverte de l'univers enchanté de Lisa Hunt

Pour le dernier thé découverte de l'année, nous avons chaussé nos bottes de sept lieues pour explorer en détail l'univers enchanté de Lisa Hunt. Voilà qui nous a permis de nous confronter à différentes cultures à travers leurs folklores, leurs légendes, leurs mythologies et leurs contes de fées. Un voyage qui s'annonçait riche en belles découvertes et en émotions et qui fut à la hauteur des attentes des aventuriers dans la peau desquels nous nous sommes glissés le temps de quelques heures !

Une fois installés dans le confortable cocon qu'est « La Fourmi Ailée », nous avons pu commencer notre périple en faisant connaissance avec l'artiste dont l'œuvre était à l'honneur cet après-midi-là. Depuis quelques années déjà, Lisa Hunt a acquis le statut d'artiste reconnue dans le monde du tarot et de la cartomancie. Chaque sortie de jeu qu'elle a créé ou auquel elle a contribué est un véritable événement pour les amateurs de supports à la fois beaux et lisibles, et nombreux sont ceux qui trépignent d'impatience dès qu'elle annonce travailler sur un nouveau projet (je plaide coupable !). Au fil du temps, Lisa Hunt a su se faire une place toute particulière dans le cœur de ceux et celles qui partagent des intérêts communs avec elle ou qui s'intéressent aux multiples manières de réécrire et d'enrichir les traditions liées à la cartomancie.

Dès le premier jeu auquel elle a collaboré – le très beau Shapeshifter Tarot –, elle a réussi à se démarquer des tendances générales tant sur le plan artistique que dans la manière d'aborder le thème choisi et a ainsi marqué les esprits des amateurs de cartomancie. Toutefois, un tel résultat n'aurait pas été possible sans une solide connaissance des mythes et de la culture abordés dans ce tarot. Or, Lisa Hunt ne s'est pas improvisée amatrice de mythologies uniquement dans le but d'illustrer ce jeu : elle est férue de mythes, de légendes, de contes de fées et de folklore depuis son plus jeune âge et, au fil du temps, elle a su se constituer un gigantesque corpus qui lui permet aujourd'hui d'avoir une connaissance encyclopédique de ces sujets qu'elle affectionne tant. Cette grande passionnée possède en effet une impressionnante collection d'ouvrages abordant les cultures mythologiques, mythiques et féeriques du monde entier, qu'il s'agisse de récits ou de références critiques et académiques.

Ainsi, les thèmes abordés dans les jeux illustrés par cette artiste de grand talent sont d'une incroyable richesse qui n'a d'égal que l'étendue de ses connaissances, qu'elle n'a de cesse d'affiner à chaque nouvelle création. Par exemple, le chamanisme, qu'il soit celtique, amérindien ou autre, est au centre de pas moins de trois jeux dans lesquels il est abordé de manière différente à chaque fois afin d'en faire ressortir des aspects complémentaires. Si l'on s'intéresse au chamanisme européen et en particulier celtique, on se tournera volontiers vers le Shapeshifter Tarot ; si l'on souhaite une approche très subtile du rôle que jouent les animaux dans les mythes du monde et de la manière dont ils sont le prolongement des dieux qu'ils accompagnent, on aura plaisir à découvrir le superbe Animals Divine Tarot, le premier jeu entièrement conçu par Lisa Hunt ; si l'on est curieux de mieux connaître la spiritualité amérindienne, on se laissera porter par le magnifique Winged Enchantment Oracle Deck, qui aborde avec beaucoup de sensibilité et de douceur la mythologie aviaire.

L'universalité et la complémentarité des mythes fait également partie des thèmes présents de façon récurrente dans les jeux de Lisa Hunt. En effet, l'ensemble des supports qu'elle a créés ou illustrés met en relief les mythes et folklores du monde entier puisqu'en les utilisant, on voyage à travers les cinq continents et l'on découvre des cultures certes très différentes les unes des autres, mais qui se font écho dans la structure de leurs mythes et dans les grands modèles qui régissent leurs spiritualités. Ainsi, il est très intéressant de pouvoir explorer des mythologies habituellement peu représentées et peu connues chez les Occidentaux telles que les mythologies asiatiques, indiennes, inuits, africaines, orientales, mayas, incas, aztèques, mais aussi celles des Amérindiens pour n'en citer que quelques-unes. Tous les systèmes de croyances sont dépeints, qu'ils appartiennent aux civilisations de l'Antiquité ou du monde moderne, et cela participe de la richesse propre au travail de Lisa Hunt en général et de ses jeux en particulier. Si cet aspect est visible dans tous les supports qu'elle a créés ou cocréés, il est particulièrement à l'honneur dans le superbe Fantastical Creatures Tarot qui déploie une impressionnante variété dans les mythologies abordées et dans le très émouvant Ghosts and Spirits Tarot qui explore les mythes, les légendes et les folklores liés au monde des morts et des esprits, permettant ainsi de voir comment ces derniers sont perçus dans les multiples cultures dépeintes.

Les mythologies et littératures celtiques sont elles aussi très présentes chez Lisa Hunt. On trouve en effet des références à ces dernières dans tous ses jeux, excepté dans The Winged Enchantment Oracle Deck qui ne s'y prête guère. L'artiste en explore donc de multiples aspects en fonction des thèmes abordés dans les supports sur lesquels elle a travaillé. Le très beau Celtic Dragon Tarot, créé en collaboration avec D.J. Conway, est quant à lui entièrement consacré aux mythologies et littératures celtiques et le résultat est splendide, tant sur le plan artistique que sur le plan divinatoire. Il concilie les motifs présents dans les cultures celtiques et les archétypes et allégories représentés dans le tarot, ce qui résulte en un jeu unique qui adapte le langage symbolique de la tradition Waite à l'univers celtique en adoptant pour fil conducteur les dragons, qui sont très présents dans ces cultures. Ce jeu est particulièrement apprécié par les amateurs de mythologies et littératures celtiques ou de dragons, mais aussi de manière générale puisqu'il fait partie de vos préférés lorsque nous nous retrouvons en consultation !

Les contes de fées tiennent eux aussi une place très importante dans l'œuvre de Lisa Hunt. Ils sont en effet pour elle une grande passion et, en plus de les connaître sur le bout des doigts à force de les collectionner, elle les a étudiés en élargissant son champ d'exploration pour l'étendre au monde entier. Voilà qui lui permet, à la fois dans ses jeux et dans l'ensemble de son travail, de faire référence aussi bien au substrat occidental qu'aux corpus asiatiques, africains, sud-américains ou orientaux et de faire allusion à des contes d'origines variées, couvrant ainsi l'ensemble des récits et traditions féeriques recensés. C'est ce qui apparaît dans deux jeux illustrés par Lisa Hunt. Le magnifique Fairy Tale Tarot, entièrement créé par l'artiste, est le premier. On y trouve des références féeriques issues de toutes les traditions ou presque, de sorte que chaque archétype du tarot prend la forme d'un personnage, d'un événement, d'un lieu, d'un objet ou de tout autre élément appartenant à un récit féerique. Ces correspondances projettent un nouvel éclairage à la fois sur la portée symbolique des archétypes du tarot et sur celle des contes de fées, que l'on appréhende alors sous un autre angle. Cette approche est d'autant plus intéressante qu'à bien y regarder, il existe des similitudes entre le travail d'analyse que l'on peut faire sur les contes de fées et les notions auxquelles ils renvoient et celui que l'on fait sur le tarot et son langage symbolique lorsqu'on l'étudie. Ici, les deux systèmes qui sont rapprochés (le tarot et les récits féeriques) se complètent et s'enrichissent l'un l'autre de manière fascinante. Le deuxième jeu consacré aux contes de fées est le Fairy Tale Lenormand, réalisé en collaboration avec Arwen Lynch. Ici, les ingrédients des contes de fées du monde sont confrontés au système du Petit Lenormand, auquel ils s'appliquent à merveille. Ce jeu est un parfait complément au Fairy Tale Tarot car il s'inscrit dans son prolongement en revisitant le langage symbolique propre à un système à l'aide d'éléments issus des contes de fées, apportant ainsi un nouvel éclairage aux significations des cartes et à leur portée symbolique. Inutile de dire que ce jeu, dont la sortie était très attendue, a rencontré un vif succès dès sa publication. Et pour cause : le souci du détail, la magie qui s'en dégage, l'atmosphère unique qui l'habite et la multitude de contes évoqués en font un outil particulièrement intéressant et agréable à manipuler. De quoi ravir les amateurs de Petits Lenormand... et les autres !

 

Déc. 2017, L'univers enchanté de Lisa Hunt

 

Durant ce thé découverte, nous avons eu la chance de pouvoir examiner tous les jeux auxquels Lisa Hunt a participé, y compris ceux qui sont aujourd'hui indisponibles auprès des éditeurs tels que le très rare Animals Divine Tarot ou le Fairy Tale Tarot, actuellement introuvable. Voilà qui a permis aux participants de les voir pour la première fois et de raviver leur intérêt pour ces merveilles. Je ne pense pas m'avancer trop en affirmant que certains attendent de pied ferme une réédition ou de tomber sur une bonne affaire pour se jeter sur l'occasion de se les procurer !

Par ailleurs, l'approche chronologique que nous avons adoptée pour explorer l'univers enchanté de Lisa Hunt a mis en relief l'évolution artistique de cette dernière et la multitude de styles qu'elle déploie dans ses diverses créations. Non seulement Lisa maîtrise à la perfection les nombreuses techniques qu'elle a apprises en école d'art, mais le talent aidant, elle arrive également à les mettre au service de son inspiration et de la vision qu'elle lui offre et à la retranscrire à la perfection sur le papier pour nous la livrer, avec tous ses détails et ses nuances. En effet, impossible lorsqu'on regarde une illustration de Lisa Hunt de passer à côté de la multitude de détails qui l'habite et de la précision avec laquelle chaque élément est disposé de manière à nous emmener dans un monde enchanté et féerique. Ainsi, des visages se forment dans la pierre et dans l'eau, des silhouettes se dessinent dans l'écorce et le feuillage des arbres, et c'est le décor tout entier qui prend vie, ce qui met en relief l'énergie vitale qui anime la Nature et lui donne une âme. Cette vision poétique est propre à l'univers artistique de Lisa Hunt et elle est présente dans tous ses jeux et transparaît dans l'ensemble de son travail.

 

Afin d'approfondir sa démarche artistique et de rendre compte de ses méthodes de travail, j'ai également consacré une partie de ce thé découverte à la formidable expérience que fut pour moi la création des logos de mon entreprise. En effet, si vous me suivez depuis un petit moment déjà ou si vous avez pris le temps de parcourir ce site, vous savez très certainement que les deux magnifiques logos qui constituent l'identité visuelle de mon entreprise ont été créés par Lisa Hunt durant l'été 2015. Je suis donc revenue sur cette belle aventure en expliquant toute la démarche, de mon premier mail contenant quelques idées aux logos finaux en passant par les différentes étapes de leur conception, dessins crayonnés de l'artiste à l'appui. Ces esquisses (imprimées à partir de leurs versions scannées) ont permis de voir les diverses propositions faites par Lisa à partir des idées que je lui avais transmises et la manière dont elles ont évolué pour aboutir aux logos que l'on connaît aujourd'hui. Ces dessins ont fait forte impression car ils sont à l'état brut, sans traitement numérique, et l'on y voit l'énergie qui anime chaque trait, ce qui les rend pour ainsi dire vivants. Inutile de dire qu'ils ont suscité l'émerveillement du petit groupe ! Je n'ai en revanche pas montré les aquarelles originales des logos finis par souci de les garder bien en sécurité et de ne pas les abîmer.

Le saviez-vous ? En plus de travailler sur des jeux divinatoires et autres créations publiées, Lisa Hunt met ses talents d'illustratrice à votre service, que vous soyez un particulier ou une entreprise : portraits personnalisés, soul drawings, création de l'identité visuelle de votre entreprise sont quelques-uns des multiples services qu'elle propose. Sur son site, vous pourrez également vous procurer ses jeux dédicacés (y compris ceux qui sont introuvables !), des dessins et peintures originaux, et en apprendre davantage sur les événements auxquels elle participe. Si vous aimez cette artiste, vous pouvez également la retrouver sur les réseaux sociaux, notamment dans son groupe Facebook où vous pourrez suivre la création du jeu sur lequel elle est en train de travailler !

 

Cette dernière séance de 2017 fut très particulière puisqu'elle s'est déroulée dans une atmosphère pleine de la magie de la période des fêtes et du passage imminent à la nouvelle année. On ne pouvait rêver meilleure façon de finir l'année ! J'ai eu beaucoup de plaisir à préparer ce thé découverte et à l'animer, non seulement parce que je suis une grande admiratrice de ce que fait Lisa Hunt, mais aussi parce que les thèmes qu'elle aborde me sont également très chers. En outre, partager cet après-midi avec les participantes qui étaient présentes fut des plus agréables. Je les remercie pour leur contribution active à cette séance, pour leurs questions et leurs remarques pertinentes, pour leur bonne humeur et leur grande bienveillance. Une belle alchimie s'est créée au sein de ce petit groupe et j'en suis ravie ! Merci à vous pour ces délicieux moments !

J'ai déjà hâte de vous retrouver en 2018, que ce soit pour les thés découverte ou pour les autres activités que j'organise. En attendant d'avoir ce plaisir, je vous souhaite un beau début d'année !

À très bientôt autour d'un thé,
Morrigann

 

 

SUR LA PHOTO :
Shapeshifter Tarot (Sirona Knight, D.J. Conway, Lisa Hunt). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2002.

Celtic Dragon Tarot (D.J. Conway, Lisa Hunt). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2003.

Animals Divine Tarot (Lisa Hunt). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2005.

Fantastical Creatures Tarot (D.J. Conway, Lisa Hunt). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2007.

Fairy Tale Tarot (Lisa Hunt). Woodbury, MN: Llewellyn Worldwide, 2009.

Ghosts and Spirits Tarot (Lisa Hunt). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2012.

The Winged Enchantment Oracle Deck (Lesley Morrison, Lisa Hunt). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2015.

Fairy Tale Lenormand (Arwen Lynch, Lisa Hunt). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2016.

Nov. 2017, Explorations au coeur de soi

Voyages au plus profond de soi pour le thé découverte de novembre

Le thé découverte du samedi 18 novembre nous a conduits à voyager, non dans l'espace et le temps comme à notre habitude, mais à l'intérieur de nous-mêmes. Ainsi, nous avons touché du doigt nos peurs et nos inquiétudes, mais aussi nos désirs et nos espoirs les plus profondément enfouis en nous.

Pour ce faire et rendre ce voyage constructif, nous avons commencé par définir ce que l'on entend par « exploration de soi » et introspection en cartomancie et avons réfléchi sur les outils qui nous permettent de conduire ce type de consultations, que ce soit pour nous-mêmes ou pour autrui. Il est vrai que l'on entend souvent dire que le tarot est un « miroir de soi », mais cela est vrai pour tous les supports utilisés en cartomancie puisque cette discipline s'appuie sur un fonctionnement qui met le consultant face à son inconscient, c'est-à-dire ce qu'il porte en lui mais dont il n'a pas nécessairement conscience ou connaissance. En d'autres termes, les cartes mettent en relief ce que le consultant a en lui puisqu'on considère que par principe de résonance avec le Monde auquel il est pleinement connecté, il porte en lui la connaissance – parfois inconsciente – de ce qui se passe autour de lui et en lui. Les cartes l'aident simplement à prendre conscience de ce que son inconscient sait déjà et à l'exprimer avec des mots afin de l'amener dans la sphère concrète.

Or, c'est là le rôle premier de la divination en général et de la cartomancie en particulier : deviner, c'est rendre visible ce qui ne l'est pas. On comprend donc que le cœur de la cartomancie et de la divination n'est pas, contrairement à ce que l'on croit bien trop souvent, la prédiction à laquelle beaucoup – cartomanciens compris ! – réduisent ces disciplines. Cette idée n'est rien d'autre qu'un contresens qui, en plus de laisser penser que les cartes ne servent principalement qu'à prédire, va à l'encontre des structures des jeux divinatoires et des principes spirituels et ésotériques qu'ils véhiculent. Les différents supports, qu'il s'agisse de tarots ou d'oracles, présentent une vision symbolique du Monde en incluant tout ce qu'il comporte. Ignorer cela, c'est ignorer que les cartes apportent en priorité une meilleure compréhension de l'environnement dans lequel on évolue, qu'il soit personnel (notre propre vie) ou de plus grande envergure (notre place dans le Monde et comment on en comprend les fonctionnements).

Comme nous l'avons vu dans la première partie de ce thé découverte, la compréhension de l'un est indissociable de la compréhension de l'autre : ce n'est que si l'on comprend le fonctionnement du contexte personnel dans lequel on évolue que l'on peut comprendre les grands fonctionnements du Monde et où l'on se situe au sein de celui-ci et vice versa. Pour appréhender l'un et l'autre et prendre les décisions qui nous conviennent réellement sans subir la menace d'une hypothétique fatalité à laquelle on ne pourrait échapper, il est indispensable d'apprendre à se connaître et à se comprendre soi-même. Or, voilà qui peut intimider, voire faire peur, et ce même aux plus téméraires d'entre nous. Pourtant, cette exploration de soi est essentielle pour qui veut saisir les tenants et les aboutissants d'une situation et comprendre ses propres réactions et modes de fonctionnement face aux événements auxquels il est confronté.

C'est pourquoi les jeux à visée introspective nous ont particulièrement intéressés dans la deuxième partie de ce thé découverte. Grâce à ceux-ci, nous avons pu envisager les différentes formes d'explorations de soi et élargir ainsi notre champ de vision quant aux multiples aspects que revêt l'introspection en cartomancie.

 

Nov. 2017, Explorations au coeur de soi

 

Bien sûr, nous avons discuté des supports « classiques » en tant qu'outils d'exploration de soi et avons ainsi pu voir que le tarot (quelle que soit la tradition à laquelle il est rattaché), l'Oracle Belline ou les jeux Lenormand se prêtaient fort bien à ce type de travail. Une fois ces grands points de repère posés, nous nous sommes penchés sur d'autres jeux, tantôt des réécritures de systèmes bien connus, tantôt des créations uniques. Tous ou presque sont utilisables dans n'importe quel contexte et pour n'importe quel type de consultation, mais tous ont le mérite de favoriser l'introspection, soit par le système qu'ils exploitent, soit par l'imagerie qu'ils présentent, créant ainsi une atmosphère propice au voyage intérieur.

De la même manière, la variété des jeux examinés présentait l'avantage de mettre en valeur différentes cultures, qu'elles soient amérindiennes, occidentales ou encore orientales, ce qui a permis à chacun de trouver un support qui pouvait lui convenir. La multitude de thèmes abordés dans ces tarots et oracles a aussi mis en relief différentes atmosphères, entre féerie, mythologies, néo-paganisme et folklores de tous horizons. Voilà qui a aidé chacun à se situer par rapport à sa sensibilité culturelle et aux traditions qu'il affectionne.

Tous les jeux présentés au cours de cette séance ont beaucoup plu, chacun pour des raisons différentes. Par exemple, Madame Endora's Fortune Cards (l'un de mes principaux supports en consultation) a séduit par la grande diversité des traditions qu'il met en valeur et l'étonnante homogénéité qui s'en dégage. L'univers de Patrick Valenza, véritable hommage aux œuvres du peintre Jérôme Bosch, a également retenu l'attention et suscité de vives réactions d'admiration. Son somptueux Deviant Moon Tarot, parfait pour se confronter aux peurs et aux démons qui peuvent nous hanter, a beaucoup intéressé et éveillé les curiosités. Le superbe Spirit of the Wheel, illustré par Jody Bergsma, a lui aussi été très apprécié pour l'ouverture qu'il propose sur les cultures et traditions amérindiennes et pour les possibilités qu'il offre notamment en termes de méditation. En apparence plus légers mais non moins profonds, les jeux du duo Lucy Cavendish/Jasmine Becket-Griffith ont eux aussi fasciné, tant par leur qualité artistique que par les multiples références qu'ils font à des univers très différents. Chacun de ces jeux sert un but précis, qu'il s'agisse d'examiner la relation entre les parts d'ombre et de lumière que nous portons en nous (Oracle of Shadows & Light), une période de transition (Oracle of the Shapeshifters) ou d'entamer une démarche de guérison par rapport à nos blessures intérieures (Les Vampires). Le très joli Faerie Guidance Oracle de Paulina Cassidy a montré de quelles façon les fées, espiègles et facétieuses, peuvent aider à l'exploration et soi et au gain de confiance en soi.

Par ailleurs, le Chrysalis Tarot a permis d'aborder un système unique qui n'est semblable à aucune autre tradition de tarot, utilisant les mythologies, les folklores et les littératures du monde dans le but de rendre universelles les notions qu'il véhicule et de permettre à chacun d'accéder plus facilement à son monde intérieur. Le Crystal Visions Tarot, qui reste l'un des grands favoris en général, aide lui aussi à plonger en soi et à utiliser le rêve et la méditation comme vecteurs des émotions, des pensées et de tout ce que l'on porte en soi. L'atmosphère douce et onirique qu'il véhicule est apaisante, de même que l'ensemble des éléments (personnages, créatures merveilleuses, paysages, etc.) qui le composent.

Enfin, les Psycards, conçues spécialement pour l'exploration de soi et des aspects psychologiques qui nous gouvernent, ont elles aussi beaucoup plu. Ce système unique emploie en effet des symboles très simples qui ont une portée universelle en cela qu'ils font partie de l'inconscient collectif, ce qui facilite la prise en main du jeu et son utilisation en situation. Prévu pour tous les types de questionnements qu'il est possible d'examiner dans une démarche d'exploration de soi, il a rapidement intéressé le petit groupe.

 

Ce thé découverte fut encore une fois un après-midi riche en échanges passionnants et en explorations surprenantes. Je remercie chaleureusement les participantes pour leur implication lors de cette séance, leurs questions et remarques pertinentes qui ont contribué à faire avancer la discussion, mais aussi pour leur bonne humeur et leur humour qui ont apporté une touche de gaieté fort agréable. Une belle alchimie s'est opérée entre les participantes et des affinités se sont même créées ! J'ai eu autant de plaisir à préparer cette séance que j'en ai eu à l'animer dans le cocon douillet de La Fourmi Ailée !

J'ai déjà hâte de voir le dernier thé découverte de 2017 arriver pour partager avec vous de nouveaux moments privilégiés !

À bientôt autour d'un thé,
Morrigann

 

 

SUR LA PHOTO :
Spirit of the Wheel Meditation Deck (Linda Ewashina, Jody Bergsma). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2006.

Madame Endora's Fortune Cards (Christine Filipak, Joseph Vargo). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2003.

The Faerie Guidance Oracle (Paulina Cassidy). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2012.

The Psycards System (Nick Hobson, Maggie Kneen). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2005 [Network Ltd: 1989].

Crystal Visions Tarot (Jennifer Galasso). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2011.

Chrysalis Tarot (Toney Brooks, Holly Sierra). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2014.

Deviant Moon Tarot (Patrick Valenza). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2008.

Oracle of Shadows & Light (Lucy Cavendish, Jasmine Becket-Griffith). Victoria, AUS: Blue Angel Publishing, 2010.

Oracle of the Shapeshifters (Lucy Cavendish, Jasmine Becket-Griffith). Victoria, AUS: Blue Angel Publishing, 2011.

Les Vampires: Ancient Wisdom & Healing Messages from the Children of the Night (Lucy Cavendish, Jasmine Becket-Griffith). Victoria, AUS: Blue Angel Publishing, 2014.