Walpurgis

Avril 2017, Nuit de Walpurgis

Thé découverte d'avril - La Nuit de Walpurgis: entre mythes, superstitions et réalité

Ce samedi 22 avril, j'ai eu le plaisir d'animer le thé découverte sur la Nuit de Walpurgis, abordant ainsi un thème qui m'est cher et que je trouve fascinant bien qu'il soit largement méconnu du grand public. En effet, le moins que l'on puisse dire, c'est que s'il est un moment de l'année qui a mauvaise réputation, c'est bien la nuit du 30 avril au 1er mai ! La Nuit de Walpurgis inquiète, fait peur, terrifie, et est le théâtre des superstitions et des fantasmes les plus fous, si bien que les histoires que l'on raconte à son sujet dépassent de loin la réalité. C'est pourquoi j'ai souhaité à travers ce thé découverte revenir sur les origines de cette fête à travers ses racines païennes et sur la manière dont elle a été perçue au fil des siècles par le monde christianisé.

Dans un premier temps, nous nous sommes donc penchés sur le nom de cette fête, que l'on doit à Sainte Walpurgis (ou Walburge, Walpurge, etc. selon les graphies), une missionnaire anglaise qui vécut au VIIIème siècle et qui fut envoyée dans une région de l'Allemagne afin de la christianiser. À sa mort, on la commémora en décidant de la fêter le 1er mai, qui était aussi le jour de Beltane pour les Païens. La Nuit de Walpurgis fut dès lors celle qui menait au jour des célébrations de Sainte Walpurgis.

Mais alors, si cette fête apparaît comme chrétienne, comment se fait-il qu'elle ait la réputation d'être la nuit des diables et des démons ? La réponse est très simple : parce qu'à peu de choses près, a Nuit de Walpurgis n'a de chrétien... que son nom ! Comme je l'ai dit plus haut, elle coïncide avec l'arrivée du sabbat de Beltane, qui marque le point culminant du printemps, c'est-à-dire celui où les énergies de la saison sont au plus haut. Aussi, Beltane célèbre la fertilité, que ce soit celle de la nature ou celle des hommes. Les arbres sont en fleurs et les premiers fruits sont sur le point d'apparaître, et sur le plan mythique les deux forces motrices de la nature – incarnées par le Dieu et la Déesse – s'unissent et la fertilisent. Aussi, la nuit qui précédait Beltane était importante pour les Païens qui, à travers leurs rituels, œuvraient à aider les divinités de la nature à fertiliser le monde en concentrant les énergies ambiantes et en les dirigeant vers cet objectif. Pour les Chrétiens, ces divinités n'étaient autres que des diables et des démons, car tout ce qui était directement lié à la fertilité – et, par extension, à la sexualité – était tabou et relevait du Mal. Aussi, on raconta que ces traditions ancestrales visaient en réalité à appeler les diables et les démons et à leur permettre d'œuvrer sur la terre comme bon leur semblait, d'où le danger et la terreur désormais associés à la nuit du 30 avril au 1er mai.

Comme si les superstitions ne suffisaient pas, un phénomène naturel est venu appuyer au yeux de ceux qui en furent témoins l'idée selon laquelle les célébrations de la Nuit de Walpurgis libérait diables et démons. L'anecdote se déroule dans le massif montagneux de Harz en Allemagne sur le mont Brocken, où l'on raconte que des femmes s'étaient réunies pour de bien étranges pratiques. Des témoins affirmèrent qu'ils avaient vu des ombres inquiétantes, celles de diables et de démons, danser avec ces femmes au cours de leur célébration. Bien sûr, on raconta sans tarder que ces femmes étaient des sorcières en plein sabbat et qu'elles avaient convoqué ces créatures infernales pour les assister dans leurs sombres desseins. Il n'y avait pourtant ni démons ni diables ce soir-là sur le mont Brocken puisque les témoins ont simplement été victimes d'une illusion d'optique due à un jeu d'ombres et de lumière propre à l'endroit, que l'on appelle communément « spectre du Brocken ». Lorsque cela se produit, les objets et les personnes sont agrandis grâce aux ombres qui sont projetées, et à l'époque où l'épisode du sabbat s'est produit, la science n'avait pas encore expliqué ce phénomène.

Voilà qui a donc largement contribué à amplifier encore davantage la terreur que suscitait la Nuit de Walpurgis, mais aussi à construire encore plus solidement la figure de la sorcière. C'est pourquoi nous nous sommes interrogés sur les raisons qui ont fait que certaines femmes ont été perçues comme des sorcières, que ce soit au Moyen Âge ou au-delà. À travers nos explorations, nous nous sommes rendu compte que l'image de la sorcière malfaisante, celle de la fiancée du Diable que l'on redoutait dans le monde christianisé, a été fabriquée de toutes pièces pour des raisons à la fois religieuses certes, mais aussi en raison des convictions et des frustrations personnelles de certaines des principales figures de l'Inquisition. C'est ainsi que nous avons examiné l'histoire et parcouru brièvement le contenu du Malleus Maleficarum, rédigé par Heinrich Kramer, aussi connu en tant que Henri Institoris. Également appelé Marteau des Sorcières, ce traité publié en 1486-1487 explique de manière très détaillée les différentes accusations dont peuvent avoir à répondre les sorcières, mais aussi les multiples manières de leur faire avouer leurs accointances avec le Diable, d'où son titre : cet ouvrage constitue l'arme permettant de combattre la sorcellerie sous toutes ses formes, et il est le meilleur allié de celui qui veut débarrasser le monde de ce fléau. Il n'est bien sûr pas le seul manuel publié pour faciliter le travail des inquisiteurs, mais son contenu particulièrement choquant et son histoire invraisemblable en font l'ouvrage le plus remarquable sur la question, et sans doute le meilleur témoin de la légitimation de la folie d'un homme (Heinrich Kramer).

Thé découverte d'avril 2017 - Nuit de Walpurgis

Une fois ces points de répère posés, nous avons examiné plusieurs jeux divinatoires qui reprennent des thèmes qui coïncident avec ceux mis en avant par la Nuit de Walpurgis. Les sorcières y ont été largement à l'honneur, et ce sous différents aspects : bienveillantes ou maléfiques, belles ou effrayantes, mais dans tous les cas fascinantes. La figure de la sorcière a été largement exploitée dans les tarots et les oracles, aussi bien celle des contes de fées que celle de la mystérieuse femme qui vit seule à l'écart du village ou de la ville, ou encore celle de la sorcière « moderne », qui n'est autre qu'une femme... tout simplement ! Car en réalité, c'est ce qu'elle a toujours été : une femme, qui doit ses « pouvoirs » à son instruction et à la connaissance de son environnement, ce qui lui permet de dépasser la condition d'objet à laquelle elle a été trop souvent reléguée au cours de l'histoire.

Les démons furent également à l'honneur grâce à un très beau jeu (au centre de la photo) inspiré du Dictionnaire Infernal. En observant les représentations de ces figures, les liens entre certains de ces démons et les divinités de la fertilité dont il est question pendant la Nuit de Walpurgis et qui agissent à Beltane sont venus nourrir nos réflexions.

Enfin, la Nuit de Walpurgis faisant partie intégrante de certains pans de la culture populaire notamment en ce qui concerne la littérature avec l'image du vampire sur laquelle Bram Stoker a laissé une empreinte indélébile, cette rencontre a également permis de découvrir des jeux dédiés à ces « enfants de la nuit ». En effet, dans sa nouvelle Dracula's Guest (L'Invité de Dracula), il est question de cette nuit démoniaque au cours de laquelle on peut rencontrer les pires créatures qui soient... y compris des vampires ! On remarque d'ailleurs que dans l'adaptation cinématographique « Dracula » de Tod Browning avec Bela Lugosi, c'est au cours de cette nuit que Jonathan Harker arrive dans les Carpathes pour se rendre chez le Comte. Les villageois qu'il rencontre sont terrorisés et l'intiment de ne pas se rendre à ce rendez-vous qui à leur sens sera nécessairement funeste. Les jeux présentés qui mettaient en avant les vampires ont là aussi montré différentes facettes de ces créatures à la fois fascinantes, profondes et ambiguës.

 

Je remercie très chaleureusement l'unique participante à ce thé découverte, car j'ai été ravie de partager ce bel après-midi avec elle, qui fut un moment privilégié. Ainsi, nous avons pu échanger autour du thème du jour en abordant de nombreux aspects des problématiques qu'il soulevait, ce qui s'est révélé très enrichissant. Nous avons pu approfondir les multiples sujets abordés, ce qui nous a même menées à nous interroger sur certains préjugés et enjeux qui perdurent encore aujourd'hui dans nos sociétés.

J'ai déjà hâte de renouveler ces échanges passionnants lors des prochaines séances, car c'est toujours pour moi un immense plaisir que de partager ma passion de la cartomancie avec d'autres passionnés, mais aussi avec des curieux qui souhaitent en apprendre davantage sur cette discipline souvent méconnue. La prochaine séance approche à grands pas et je me réjouis déjà à l'idée de vous y retrouver !

Au plaisir d'échanger avec vous autour d'un thé,
Morrigann

 

 

SUR LA PHOTO :
Good Witch, Bad Witch: Sweet Spells and Dark Charms (Gillian Kemp, Emma Garner). Boston – New York – London: Bulfinch Press (Little, Brown and Company, Inc.), 2002.

Witchlings (Paulina Cassidy). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2014.

The Tarot of the Vampyres (Ian Daniels). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2010.

The Daemon Tarot: the Forbidden Wisdom of the Infernal Dictionary (Ariana Osborne, Louis Breton). New York, NY: Sterling Ethos, 2013.

Les Vampires: Ancient Wisdom & Healing Messages from the Children of the Night (Lucy Cavendish, Jasmine Becket-Griffith). Victoria, AUS: Blue Angel Publishing, 2014.

The Gothic Tarot (Joseph Vargo). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2002.

The Vampires: Tarot of the Eternal Night (Patrizia Nati, Davide Corsi). Torino: Lo Scarabeo, 2009.

Thé découverte d'avril

Thé découverte d'avril: sorcières et vampires au rendez-vous pour la Nuit de Walpurgis!

Le thé découverte de ce samedi 09 avril fut très particulier puisque nous y avons abordé une fête très peu connue dans nos contrées, à part des médiévistes, des Néo-Païens au sens très large du terme et des amateurs de certains types de musique et de littérature. En effet, lorsqu'on évoque la Nuit de Walpurgis, peu nombreux sont ceux et celles qui parviennent à la situer dans le temps ou à en décrire les traditions et les croyances qui lui sont associées.

Beltane, qui se tient le 1er mai et fête l'apogée du printemps, la supplante dans la plupart des esprits. Ceci est très certainement dû à la réputation pour le moins sulfureuse de la nuit du 30 avril au 1er mai que l'on appelle Nuit de Walpurgis. Cette nuit, que l'on désigne aussi en tant que Hexennacht (« Nuit des Sorcières ») en Allemagne, a la réputation d'être aussi dangereuse, voire plus dangereuse, que celle de Samhain puisque selon les croyances populaires – et surtout celles implantées par l'Église – c'est au cours de celle-ci que l'on risque de s'exposer aux plus grands périls et de rencontrer diables et démons de toutes sortes. C'est aussi lors de cette nuit que les sorcières sont censées se réunir pour tenir leur sabbat, appelant les démons à collaborer avec elles.

Si l'on revient aux origines de cette fête, on se rend compte que toutes ses croyances s'expliquent de la façon la plus rationnelle qui soit et que ce qui donne à la Nuit de Walpurgis sa terrifiante réputation est lié à des réalités historiques et scientifiques bien plus terre à terre que les superstitions qui se sont propagées. Il faut cependant distinguer l'origine du nom donné à cette fête de celles des phénomènes rapportés et propagés par voie orale. Le nom donné à cette nuit très spéciale est d'origine chrétienne. Walpurgis (ou Walburge, Walpurge) était une sainte née en Angleterre en 710, à qui l'on confia la mission de christianiser les populations germaniques d'une partie de l'Allemagne. Après une vie très pieuse bien remplie, la missionnaire mourut en 779 (toujours en Allemagne). Depuis, elle est fêtée le 1er mai dans les pays nordiques.

Or, c'est à cette même date que l'on célèbre le printemps dans toute sa force puisque le 1er mai se trouve à mi-chemin entre l'équinoxe de printemps et le solstice d'été. Voilà qui en fait le point culminant de la saison, et l'on considère que c'est à ce moment-là que les énergies qui rendent la nature fertile sont les plus actives. C'est pourquoi les populations non chrétiennes (païennes) fêtaient les divinités de l'abondance et de la fertilité afin de les aider à venir faire leur œuvre. Ainsi, on invoquait ces puissances naturelles pour les encourager et les soutenir dans leurs entreprises et assurer l'épanouissement total de la Nature. L'Église, dont le but était bien sûr de convertir ces populations, a décrété que les divinités en question n'étaient autre que des diables et des démons, en grande partie parce que ces célébrations de la fertilité sous toutes ses formes ne lui semblaient pas acceptables.

L'implication des sorcières dans l'ensemble des croyances liées à cette fête est due à un témoignage rapporté en Allemagne. Un groupe de femmes aurait en effet été observé cette nuit-là au sommet du Mont Brocken en train de tenir leur sabbat et d'invoquer les « démons » dont il vient d'être question. Les témoins auraient vu d'effrayantes formes danser autour des sorcières, ce qui n'a fait qu'ajouter à la réputation non seulement de la Nuit de Walpurgis, mais aussi des sorcières aux pratiques « diaboliques ».

Fête païenne diabolisée, la Nuit de Walpurgis a alimenté de nombreux fantasmes et a été la source d'inspiration de nombreux musiciens et écrivains de tous courants. Par exemple, Bram Stoker la mentionne dans sa nouvelle Dracula's Guest, où le personnage principal doit rencontrer le Comte à ce moment-là. Dès lors, elle est également associée aux vampires, que l'on peut assimiler par extension aux terribles « démons » que l'on est censé rencontrer au cours de cette terrible nuit.

 

Thé découverte d'avril

 

Les jeux présentés au cours de ce thé découverte ont mis en valeur les sorcières et les vampires puisque ceux-ci font partie intégrante du légendaire associé à la Nuit de Walpurgis. Bien sûr, la figure de la sorcière a beaucoup évolué depuis ces temps reculés où on l'appelait la « fiancée du Diable ». De nos jours, elle a troqué ses verrues, son nez crochu et ses haillons pour un physique et une tenue plus « passe-partout », et son image n'est plus celle de la méchante sorcière qui jette des mauvais sorts. Les jeux conernant les sorcières qui ont été présentés explorent ces aspects avec beaucoup d'humour sans jamais tomber dans le cliché, dans un sens ou dans l'autre. Les créatures « démoniaques » telles que les démons et les vampires ont également eu la part belle à travers des jeux originaux, dont certain d'une beauté fascinante et hypnotique. Voilà de quoi préparer avec soin la Nuit de Walpurgis et se livrer à différents types d'explorations au cours de cette fête si particulière !

S'il est un thé découverte qui a éveillé les curiosités depuis le début de l'année, c'est bien celui-ci ! Ce fut donc un après-midi particulièrement riche en découvertes et en surprises, car les explorations nous ont emmenés dans différentes directions, allant même jusqu'à évoquer des systèmes de croyances et des religions à la réputation tout aussi sulfureuse – à tort – que la fête qui les a vus naître officiellement.

Je remercie chaleureusement les personnes qui ont partagé ce moment avec moi, pour leur bonne humeur, leur humour, mais aussi l'enthousiasme et l'ouverture d'esprit dont elles ont fait preuve au cours de la présentation de concepts allant parfois à l'opposé de ce qui est habituellement présenté comme politiquement correct. Je les remercie d'avoir emprunté ces chemins parallèles en ma compagnie !

Un tout grand merci également à Selenya de Forest Shadows, qui était des nôtres et qui a pu présenter de belles choses confectionnées de ses blanches mains (pochettes, bijoux)... et annoncer une excellente nouvelle en avant-première ! Que les curieux se rassurent, dès que la grande nouveauté sera lancée, elle sera annoncée sur ce blog !

J'espère que ce thé découverte vous a plu autant qu'à moi, et je me réjouis d'avance de vous retrouver le mois prochain !

À très bientôt autour d'un thé,
Morrigann

 

SUR LA PHOTO (de gauche à droite et de haut en bas) :
Good Witch, Bad Witch: Sweet Spells and Dark Charms (Gillian Kemp, Emma Garner). Boston - New York: Bulfinch Press (Little, Brown and Company, Inc.), 2002.

Witchlings (Paulina Cassidy). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2014.

Les Vampires: Ancient Wisdom & Healing Messages from the Children of the Night (Lucy Cavendish, Jasmine Becket-Griffith). Victoria, AUS: Blue Angel Publishing, 2014.

The Daemon Tarot: the Forbidden Wisdom of the Infernal Dictionary (Ariana Osborne, Louis Breton). New York, NY: Sterling Ethos, 2013.

The Tarot of the Vampyres (Ian Daniels). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2010.

The Gothic Tarot (Joseph Vargo). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2002.

The Vampires: Tarot of the Eternal Night (Patrizia Nati, Davide Corsi). Torino: Lo Scarabeo, 2009.