mythologie

Sept. 2017, Runes et langages magiques (jeux)

Thé découverte de septembre: l'utilisation des langages magiques en cartomancie

Le samedi 16 s'est tenu le thé découverte de septembre. Durant celui-ci, nous avons étudié ce qu'apporte la présence de langages magiques aux jeux divinatoires dans lesquels ils apparaissent. Pour ce faire, nous nous sommes concentrés sur trois langages, trois alphabets magiques, à savoir l'aphabet hébraïque, les runes et les ogham (prononcer oram en vieil-irlandais ou oh-am en irlandais moderne).

 

Dans un premier temps, nous nous sommes penchés sur l'alphabet hébraïque car c'est celui que l'on trouve dans le tarot, qu'il s'agisse du Rider-Waite Smith, du Thoth ou de celui d'Oswald Wirth. Avant de nous intéresser à ces trois supports et d'expliquer les occurrences hébraïques qui s'y trouvent, nous avons commencé par rappeler en quoi cet alphabet peut être considéré comme magique et quelle est sa portée spirituelle. Pour cela, nous avons exploré quelques-uns des grands principes de la Kabbale d'une part et avons examiné les valeurs symboliques de certaines lettres d'autre part. Notre exploration nous a conduits à évoquer l'Arbre de Vie et ses différents plans d'application, mais aussi des mythes et des légendes mettant en valeur le pouvoir des lettres et des mots, comme par exemple la création d'Adam et les contes relatant des épisodes liés à la figure du golem.

Les jeux présentés pour illustrer ce thème étaient pour la grande majorité des tarots « classiques », chacun représentant une tradition différente. Ainsi, nous avons observé que le tarot d'Oswald Wirth associait de façon visible une lettre hébraïque à chaque arcane majeur, de même que le Livre de Thoth, où Aleister Crowley a repris tout en les adaptant à son système et à sa vision des choses certains des principes mis en relief par ses prédécesseurs. Quant au Rider-Waite Smith Tarot, nous avons constaté que s'il existe bien des correspondances kabbalistiques de cet ordre entre les lames et les lettres hébraïques, celles-ci ne sont pas exprimées de manière aussi évidente sur les cartes. En effet, elles se trouvent davantage sur le plan symbolique, et c'est la compréhension approfondie de chaque lame qui permet de les déceler. En revanche, on trouve bien des caractères hébraïques sur la Roue de Fortune (lame X). Dans le cercle extérieur de la Roue (i.e. le plus grand) se trouvent deux mots entrelacés : l'un est inscrit dans notre alphabet et forme les mots tarot ou rota tandis que l'autre, en hébreu cette fois, n'est autre que le nom de Dieu (YHVH). Cette occurrence, par sa nature et sa position, est d'autant plus intéressante qu'elle met en relief la connexion de cet alphabet avec le plan sacré, c'est-à-dire celui du divin et de la spiritualité, ainsi qu'avec la portée magique qu'on lui attribue.

L'autre jeu examiné dans le cadre de cette exploration, plus récent celui-là, a quant à lui soulevé de nombreuses questions en ce qui concerne l'utilisation qu'il fait de l'alphabet hébraïque. En effet, l'Oracle de la Triade emploie plusieurs systèmes symboliques qui, une fois assemblés de cette façon, présentent des défauts dans la cohérence de l'ensemble. Si l'on essaie de déchiffrer ces multiples et de les rattacher aux notions qu'ils véhiculent, on se trouve rapidement face à des incohérences qui poussent à se demander pourquoi les symboles en question ont été choisis pour être placés à ces endroits précis. Ces nonsens s'appliquent également aux lettres et mots hébraïques qui apparaissent dans le jeu, ce qui les prive de leur portée symbolique et magique, ou du moins les ampute considérablement. Cet oracle reste un jeu tout à fait convenable, à condition toutefois de ne pas trop chercher à approfondir les significations de la multitude de symboles qu'il présente. Mieux vaut donc, ici, se contenter du sens général des cartes !

 

Nous avons ensuite voyagé vers les contrées germano-scandinaves et vers les Îles Britanniques pour nous intéresser aux runes, ce que certaines des participantes attendaient avec impatience. Tout d'abord, nous sommes revenus sur les origines mythiques et historiques de cet alphabet sacré et magique, ce qui nous a permis de tordre le cou à des idées reçues malheureusement bien ancrées chez beaucoup : non, il n'existe rien de tel que des « runes celtiques » puisque les runes sont d'origine germano-scandinave et ont été acquises par Odin lorsqu'il a passé neuf jours et neuf nuits pendu par le pied à l'Arbre Monde Yggdrasil près du puits de Mimir, sacrifiant son œil afin que les runes lui soient révélées. Ces caractères composés uniquement de lignes droites étaient par exemple gravés par les Germano-Scandinaves sur les pierres tombales de leurs chefs et des plus valeureux guerriers afin que leurs noms et leurs hauts faits ne soient pas oubliés. Les mouvements de populations aidant, lorsqu'ils se sont installés dans les Îles Britanniques, les Saxons ont apporté avec eux leurs coutumes et c'est ainsi que l'on a retrouvé des pierres runiques dans les contrées celtes (en Irlande, notamment) puisqu'elles témoignaient de leurs traditions. On comprend donc à la lumière de ces éléments que les runes n'ont rien de celtique et que cette confusion n'a pas lieu d'être.

Une fois ces rappels effectués, nous avons pu nous pencher sur les utilisations magiques des runes. La nature magique et sacrée de cet alphabet ayant été définie par ses origines mythiques, nous nous sommes intéressés aux multiples manières dont il était employé par les skaldes, c'est-à-dire les poètes, aussi musiciens et chanteurs, qui maîtrisaient le pouvoir du langage et savaient influencer le monde qui les entourait à l'aide des mots, de la musique et du chant. Nous avons alors vu qu'au-delà des conseils qu'elles pouvaient prodiguer aux chefs de guerre pour établir leurs stratégies de bataille, les runes, en tant qu'outils magiques, pouvaient guérir, favoriser la bonne santé du bétail et l'abondance des récoltes ou la prospérité d'une famille ou d'une exploitation agricole, mais qu'elles pouvaient également rendre malade voire tuer, maudire le bétail et les récoltes, provoquant les maladies des bêtes et du grain, et maudire les familles en faisant s'abattre sur celles qui le méritaient selon les skaldes la pauvreté et la maladie. Avec les runes, les mots manifestent l'intention et la concrétisent.

Les jeux présentés étaient plutôt variés dans ce qu'ils mettaient en valeur à propos des runes. Tout d'abord, La Magie des Runes a beaucoup plu car il dépeint de façon très claire les notions et symboles auxquels renvoient les runes. En effet, chaque rune est liée à un aspect de l'existence et dans ce très bel oracle, les illustrations les mettent en relief, ce qui facilite la compréhension et la mémorisation des associations entre les runes et leurs significations. Grâce à Madame Endora's Fortune Cards, nous avons observé de quelle manière cet alphabet est lié au plan sacré et à une conception circulaire du temps, exprimant ainsi un cycle sans fin. Enfin, le jeu publié chez Lo Scarabeo est resté une énigme, tant dans l'incohérence de ses illustrations par rapport aux runes qu'au niveau des runes supplémentaires qu'il inclut. En effet, les illustrations n'ont pas grand-chose à voir avec ce que symbolisent les runes, mais elles ne dépeignent pas non plus des scènes relatives à la vie ou à la mythologie des Germano-Scandinaves. Quant aux « runes » non répertoriées dans les différents alphabets runiques connus, rien ne permet de déterminer leur origine, ce qui affaiblit encore davantage le jeu, d'autant que le livret accompagnateur ne donne aucune explication quant aux différents choix des créateurs de cet oracle.

 

Le troisième langage magique dont il a été question lors de cette séance est celui des ogham, qui nous a entraînés en terres celtes. Bien qu'il n'y ait aucune certitude définitive à ce sujet, on pense que le nom de ce langage sacré aussi appelé « alphabet des arbres » serait dérivé de celui du dieu Ogma, qui n'est autre que le dieu de l'éloquence. On comprend alors le caractère sacré et magique que revêt ce langage dont les utilisations sont relatées non seulement dans les traditions et coutumes des Celtes, mais aussi dans les récits mythologiques où il est notamment employé ponctuellement par Cúchulainn dans l'épopée irlandaise Táin Bó Cúailnge.

Les plus anciennes inscriptions oghamiques connues remontent au IVème siècle où elles retranscrivaient l'irlandais primitif (et ce jusqu'au Vème siècle). Du VIème au IXème siècle, elles retranscrivent ensuite le vieil-irlandais. Les Celtes ne possédaient pas de culture écrite et bannissaient la conservation de la connaissance par voie écrite car cela la désacralisait, ce qui explique que les occurrences d'écritures oghamiques connues aujourd'hui soient tardives et coïncident avec la propagation dans les Îles Britanniques d'autres langues, orales et écrites celles-ci, comme le latin. D'après l'état actuel des connaissances à ce sujet, il est raisonnable de penser que l'écriture oghamique a bénéficié de cette influence, ce qui explique les textes gravés sur des pierres gigantesques.

On sait toutefois que les ogham avaient des applications magiques et qu'ils étaient utilisés en ce sens. Ce système d'écriture à encoches, aisé à graver dans le bois ou dans la pierre, était par nature lié au sacré et à la vision spirituelle qu'avaient les Celtes du Monde. À leurs yeux, le divin et le sacré étaient tout autour d'eux et s'incarnaient dans la nature qui constituait alors un sanctuaire qui les accueillait et avec lequel il fallait vivre en harmonie. Ainsi, les animaux et les végétaux occupaient une place très importante à la fois dans le quotidien et dans les mythes. Il n'est donc pas surprenant de constater que chacun des signes de l'alphabet oghamique portait le nom d'un arbre ou d'un végétal, auquel il était associé symboliquement. De cette façon, on attribuait aux lettres les caractéristiques symboliques propres aux arbres auxquels elles faisaient référence, ce qui rentrait bien sûr en compte dans les rituels magiques.

C'est pourquoi les jeux divinatoires dont on dispose aujourd'hui et qui mettent en avant le langage oghamique prennent la forme soit de baguettes sur lesquelles sont gravées les lettres, soit de cartes dépeignant les arbres dont les ogham tirent leurs noms. Dans ce cas, l'avantage d'un jeu de cartes est de faciliter l'association entre le signe et l'arbre dans l'esprit de l'interprète, ce que font admirablement les deux jeux présentés lors de ce thé découverte. Si l'un illustre pour chaque lettre une scène qui inclut les principaux symboles qui lui sont associés (arbre, animal, etc.), l'autre fait preuve d'une grande subtilité en donnant la part belle aux arbres et en faisant ressortir la manière dont les Celtes pouvaient les considérer en leur prêtant des traits anthropomorphiques, ce qui les rend plus vivants que jamais.

 

Sept. 2017, Runes et langages magiques (jeux)

 

Les jeux présentés lors de cette séance étaient variés tant dans les traditions qu'ils mettaient en valeur que dans leurs identités artistiques. Voilà qui a permis de faire ressortir plusieurs des principaux aspects propres à chacun des langages magiques abordés et de couvrir le panorama le plus large possible les concernant. Ces différents tarots et oracles ont beaucoup plu, chacun pour des raisons diverses, tantôt liées à leur structure et à leur symbolique, tantôt en raison du travail méticuleux réalisé par les artistes. Quant aux réserves plus ou moins appuyées émises par rapport à certains d'entre eux, elles n'ont fait qu'enrichir les discussions en permettant de réfléchir sur les supports que l'on utilise et sur la pertinence des références à certaines des traditions qui y figurent.

 

Sept. 2017, Runes et langages magiques (livres 1)

 

Durant ce thé découverte, j'ai régulièrement fait référence à des ouvrages qui aident à approfondir les sujets que nous avons abordée. N'ayant pas pu les faire figurer sur le document qui est distribué aux participants par manque de place, ils sont présentés sur les photographies ci-dessus et ci-dessous, et vous en trouverez les références bibliographiques à la fin de cet article. Sur la première photographie se trouvent les ouvrages concernant la Kabbale et le tarot d'Aleister Crowley. N'hésitez pas à les consulter et à vous les procurer : tous sont abordables en cela qu'ils présentent les différents concepts simplement, sans pour autant être simplistes.

La seconde photographie propose quant à elle quelques bonnes sources sur les mythologies germano-scandinaves et celtiques. Que vous en soyez déjà amateurs ou que vous les découvriez, je ne peux que vous recommander ces lectures qui vous aideront à mieux comprendre la vision du Monde qu'avaient ces populations !

 

Spet. 2017, Runes et langages magiques (livres 2)

 

Comme on peut le voir à travers ce long article, cette séance fut très riche en découvertes. Grâce à l'exploration des différents aspects liés aux langages magiques abordés, elle a permis aux participantes de se familiariser avec des traditions souvent méconnues et d'en apprendre davantage sur les thèmes examinés. Les solides bases acquises au cours de ce thé découverte les aideront sans nul doute à poursuivre leurs explorations en portant un regard critique sur les jeux qu'elles rencontreront.

Encore une fois, ce fut un bel après-midi, et j'ai eu beaucoup de plaisir à préparer cette rencontre et à l'animer. J'espère que les participantes en ont eu tout autant à y assister ! Je les remercie chaleureusement pour leur présence et pour leurs contributions qui n'ont fait qu'enrichir encore davantage cette séance !

 

À très bientôt autour d'un thé,
Morrigann Moonshadow

 

 

SUR LES PHOTOS :
Photo 1 (jeux) :

Tarot Oswald Wirth (Oswald Wirth). Neuhausen am Rheinfall, CH : AGM-AGMüller, 1976 [Le Livre de Thot(h), 1889].

The Smith-Waite Centennial Tarot Deck (Arthur Edward Waite, Pamela Colman Smith). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2009.

Thoth Tarot Deck (Aleister Crowley, Lady Frieda Harris). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc. 1978 [1943].

Oracle de la Triade (Dominike Duplaa). Montpellier : Gange Éditions, 1998.

La Magie des Runes (Voenix). Neuhausen am Rheinfall, CH : AGM-AGMüller, 1996.

Jeu de runes (bois).

Rune Oracle. Torino : Lo Scarabeo, 2004.

Madame Endora's Fortune Cards (Christine Filipak & Joseph Vargo). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2003.

The Green Man Tree Oracle: Ancient wisdom from the spirit of nature (John Matthews, Will Worthington). London: Connexions Book Publishing, 2008 [2003].

Ogham: the Celtic Oracle (Andy Baggott, Peter Pracownik). Neuhausen am Rheinfall, CH : AGMüller Urania, 2004.

 

Photo 2 (livres) :
La kabbale (Gershom Scholem). Paris : Éditions Gallimard [Folio Essais], 1998 [Les Éditions du Cerf ; Keter Publishing House Ltd, 1974].

L'Arbre de Vie selon la Cabale (Z'ev ben Shimon Halevi). Gordes : Les Éditions du Relié, 2009 [Warren Kenton, 1972 ; Éditions Albin Michel, 1985].

La kabbale : Les grands mystères des textes révélés (Samuel Gabirol). Paris : De Vecchi, 2007 [1988].

La Kabbale vivante (Daniel Beresniak). Paris : Éditions Véga, 2009 [Guy Trédaniel Éditeur, 1988].

La Kabbale (Daniel Souffir). Paris : Éditions Grancher [coll. ABC], 2008.

The Chicken Qabalah of Rabbi Lamed Ben Clifford (Lon Milo Duquette). York Beach, ME: Weiser Books, 2001.

The Book of Thoth (Aleister Crowley). San Francisco, CA: Red Wheel/Weiser, 2010 [New York, NY: Ordo Templi Orientis, 1944].

The Thoth Companion: The Key to the True Symbolic Meaning of the Thoth Tarot (Michael Osiris Snuffin). Woodbury, MN: Llewellyn Worldwide, 2009.

Understanding Aleister Crowley's Thoth Tarot: an authoritative examination of the world's most fascinating and magical tarot cards (Lon Milo Duquette). San Francisco, CA - Newburyport, MA: Weiser Books, 2003 [Red Wheel/Weiser].

 

Photo 3 (livres, suite) :
L'Edda Poétique (trad., éd. & ann. Régis Boyer). Paris : Fayard [coll. L'espace intérieur], 1992.

L'Edda : Récits de mythologie nordique par Snorri Sturluson (Snorri Sturluson, trad., éd. & ann. François-Xavier Dillmann). Paris : Éditions Gallimard [coll. L'aube des peuples], 1991.

Les Druides (Christian-J. Guyonvarc'h, Françoise Leroux). Rennes : Éditions Ouest-France, 1986.

Les Celtes : histoire et dictionnaire (Venceslas Kruta). Paris : Robert Laffont [coll. Bouquins], 2000.

L'Alphabet des arbres (Myriam Philibert). Monaco : Éditions du Rocher, 2006.

Mars 2017, Les Mythologies Celtiques

Les mythologies celtiques à l'honneur pour le thé découverte de mars!

Au lendemain de la Saint Patrick, nos explorations mensuelles nous ont transportés en terres celtes. De l'Irlande à la Bretagne en passant par le Pays de Galles, nous avons ainsi abordé le vaste thème des mythologies celtiques tout en examinant de quelles manières celles-ci sont illustrées dans les supports divinatoires.

Dans un premier temps, j'ai présenté les différentes traditions mythologiques à travers les grands récits qui nous sont parvenus. Parmi ces sources, le Lebor Gabála Érenn raconte la pseudo-préhistoire de l'Irlande à travers les cinq conquêtes mythiques que l'Île Verte a connues. Acallam na Sénorach est un récit qui confronte l'ancien monde (païen) et le nouveau monde (chrétien) en faisant état de dialogues entre des figures appartenant à chacun. Ainsi, Oisín et Caílte mac Rónáin, incarnent les anciennes traditions et viennent par conséquent de l'Autre Monde tel que l'envisageaient les Irlandais. Ils racontent à Saint Patrick nouvellement arrivé en Irlande les exploits des Fianna (dont ils font partie), que ce dernier n'a pu connaître de son vivant puisqu'ils ont eu lieu à une époque révolue, celle du héros Finn mac Cumaill et de ses guerriers légendaires.

Côté gallois, les Mabinogion ont retenu notre attention. Cet ensemble de textes présente en quatre branches – auxquelles viennent s'ajouter des fragments complémentaires issus du légendaire gallois – une série de contes héroïques dont certains mettent en scène le roi Arthur et ses compagnons de quête. On y trouve notamment l'une des premières mentions d'Excalibur, alors appelée Caledfwlch.

La Bretagne, qui comprend à la fois l'Armorique et le territoire s'étendant outre-Manche, nous a permis de nous intéresser au mythe arthurien et à ses multiples formes. Nous sommes alors interrogés sur les raisons qui ont poussé certains auteurs à écrire sur celui que l'on appelle communément the once and future king (i.e. « le roi qui fut et qui sera à nouveau ») et avons observé en quoi les nombreuses versions de la légende montrent le monde arthurien sous des angles différents, tantôt païens, tantôt chrétiens, et le plus souvent mêlant ces deux visions du Monde, témoignant ainsi de la cohabitation entre les deux et du glissement progressif de l'une vers l'autre.

Cette brève introduction aux mondes celtes nous a également permis de poser des repères quant à la façon dont les Celtes voyaient le Monde. Nous avons évoqué en quoi la culture orale rend la tâche du chercheur complexe en raison du peu de sources qui ont été écrites par les clercs (et souvent réarrangées par leurs soins). En effet, nombreux sont les épisodes mythiques qui n'ont pu traverser les siècles et ont disparu avec ceux qui les portaient en eux sans pouvoir les écrire. C'est pourquoi certains aspects liés à différentes étapes des mythes manquent et demeureront mystérieux... à moins bien sûr que l'on ne retrouve des manuscrits qui nous sont encore inconnus !

 

Mars 2017, Les Mythologies Celtiques

 

Une fois les principales caractéristiques des mythologies celtiques établies et les principaux repères posés, nous avons pu explorer de quelle façon ils sont exploités dans les jeux divinatoires. Nous nous sommes d'abord interrogés sur la présence de symboles renvoyant à ces cultures dans les supports classiques, puis nous avons examiné des tarots et des oracles ayant pour thème principal les mythologies celtiques. Voilà qui a mis en avant de très beaux jeux qui nous ont transportés dans ces mondes légendaires à la manière de fenêtres ouvertes sur des dimensions oniriques. De la Gaule à l'Irlande en passant par le Pays de Galles et le mythe arthurien, un large éventail de thématiques a été abordé grâce à des supports dont certains ont provoqué de véritables coups de foudre parmi les participants.

Enfin, nous avons terminé avec des jeux qui, s'ils ne mettent pas les mythologies celtiques en leur centre, les mentionnent à travers certaines des figures choisies par leurs créateurs pour incarner les archétypes du tarot ou les notions véhiculées par l'oracle. Là encore, de belles surprises attendaient les participants !

 

Ce thé découverte fut un très beau moment et j'ai été ravie d'avoir accueilli à la fois des habitués et des nouveaux venus. Je suis très heureuse d'avoir pu partager ma passion pour les cultures, mythologies et littératures celtiques avec des participants curieux et intéressés dont les questions et les remarques sont venues enrichir les discussions passionnantes qui se sont tenues durant ces quelques heures. Je remercie vivement les personnes présentes, à la fois pour leur enthousiasme et leur bonne humeur, mais aussi pour leurs interventions pertinentes qui n'ont rendu cette rencontre que plus vivante. J'espère que vous avez eu autant de plaisir à participer à cette séance que j'en ai eu à la préparer !

J'espère avoir très prochainement l'occasion de prolonger nos explorations en votre compagnie ! Le thé découverte d'avril sur la Nuit de Walpurgis promet lui aussi de belles surprises que j'ai hâte de partager avec vous !

À très bientôt autour d'un thé,
Morrigann

 

 

SUR LA PHOTO :
Les Tarots Celtiques (Laura Tuan, M. Ameli). Paris : Éditions De Vecchi, 1998.

Le Tarot des Druides (Giordano Berti, Bepi Vigna ; Antonio Lupatelli, Severino Baraldi). Torino : Lo Scarabeo, 2004.

Chrysalis Tarot (Toney Brooks, Holly Sierra). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2014.

Fantastical Creatures Tarot (D.J. Conway, Lisa Hunt). Stamford, CT: U.S. Games Systems, 2007.

Madame Endora's Fortune Cards (Christine Filipak, Joseph Vargo). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2003.

The Rider Tarot Deck (Arthur Edward Waite, Pamela Colman Smith). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2007 [Rider: 1911 ; U.S. Games Systems, Inc., 1971, 2005].

The Llewellyn Tarot (Anna-Marie Ferguson). Woodbury, MN: Llewellyn Worldwide, 2006.

Legend: the Arthurian Tarot (Anna-Marie Ferguson). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 1995.

The Camelot Oracle: A quest for wisdom through the Arthurian world (John Matthews, Will Worthington). London: Connections Book Publishing, 2012.

The Complete Arthurian Tarot (Caitlín and John Matthews, Miranda Gray). London: Connections Book Publishing, 2014 [Miranda Gray, The Arthurian Tarot, Aquarian, 1990].

Janvier 2017, Les Dragons

Pour commencer l'année, un thé découverte en compagnie des dragons

C'est après une semaine bien occupée que je peux enfin m'installer devant mon écran pour revenir sur le premier thé découverte de l'année, qui s'est tenu le samedi 21 janvier. J'ai été très heureuse d'ouvrir la saison 2017 avec le thème des dragons, car j'ai une affection toute particulière pour ces créatures merveilleuses.

Dans un premier temps, nous nous sommes penchées sur la figure du dragon et avons exploré de quelle manière elle était perçue dans différentes cultures et à travers les époques. Ainsi, nous avons constaté des similitudes entre certaines cultures qui pourtant n'ont pas de point d'attache commun, ce qui nous a permis de dresser un portrait fouillé de cet animal souvent méconnu. Que ce soit dans les mythes médiévaux, les mythologies (en particulier germano-scandinaves), par sa présence dans des chroniques historiques, dans des récits littéraires ou dans la culture populaire, le dragon fascine et étonne, se révélant comme un sage, c'est-à-dire un être ayant accès à la Connaissance. On le retrouve alors dans des épisodes prophétiques, mais aussi en tant que détenteur des clefs qui pousseront le héros à se dépasser dans sa quête initiatique. Il est également un protecteur sans pareil qui peut si sa quête est juste guider le héros et l'aider à dépasser les obstacles qui se présentent à lui.

Janvier 2017, Les Dragons

Après avoir fait connaissance avec les dragons, nous nous sommes intéressées à la manière dont ils sont présentés dans les jeux divinatoires à travers un échantillon varié, en commençant par un support classique (le Rider-Waite Smith Tarot) pour ensuite progresser vers des jeux où ils apparaissent de façon ponctuelle, puis d'autres jeux encore dont ils sont le motif principal. Plusieurs univers se sont révélés à nous puisque cette exploration nous a transportées tour à tour en contrées celtes, chez les Germano-Scandinaves, dans l'Angleterre médiévale, en Asie, en Afrique, mais aussi en Amérique. Nous avons ainsi pu faire un tour d'horizon complet qui a ouvert de nombreuses perspectives !

 

J'ai été ravie de partager ce thé découverte avec l'unique participante à cette séance. Je la remercie vivement pour sa présence, la curiosité et la bonne humeur dont elle a fait preuve, mais aussi pour les questions qu'elle a posées, car tout ceci a contribué à faire de cette séance un moment très enrichissant à tous les niveaux !

J'ai déjà hâte de vous retrouver pour le prochain thé découverte, qui aura pour thème « Sagesses d'aileurs » et qui se tiendra le samedi 25 février prochain. Je vous y réserve de jolies surprises qui je l'espère vous plairont !

En espérant avoir très bientôt le plaisir de vous retrouver autour d'un thé,
Morrigann

 

 

SUR LA PHOTO :
Dragon Tarot (Terry Donaldson, Peter Pracownik). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 1996.

Imperial Dragon Oracle (Andy Baggott, Peter Pracownik). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2007.

The Celtic Dragon Tarot (D.J. Conway, Lisa Hunt). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 1999.

The Smith-Waite Centennial Tarot Deck – Pamela Colman Smith Commemorative Set (Arthur Edward Waite, Pamela Colman Smith). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2009.

Madame Endora's Fortune Cards (Joseph Vargo, Christine Filipak). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2003.

Fantastical Creatures Tarot (D.J. Conway, Lisa Hunt). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2007.

Tarot des Dragons (Manfredi Toraldo, Severino Baraldi). Torino: Lo Scarabeo, 2004.

Thé découverte de mai - Dans le Cercle des Fées

Pour le mois de mai, un thé découverte en compagnie des Fées

On ne compte plus les jeux divinatoires présentant des Fées. Qu'elles en soient le thème principal ou non, il semble que ces créatures fascinent, sans doute parce qu'elles touchent à ce que l'on conçoit aujourd'hui comme étant les mondes de l'imaginaire. Pourtant, leur réalité prend racine en des temps anciens où le visage qu'elles revêtaient était bien différent de celui qu'on leur attribue communément de nos jours.

On les retrouve en effet sous plusieurs formes dans les récits médiévaux, qu'ils soient littéraires ou mythologiques. Dans tous les cas, elles font partie du quotidien – plus ou moins ordinaire – de chacun et sont présentes en filigrane dans l'environnement des humains. Dans certaines contrées, les Fées sont ce que l'on appelle des « dieux diminués », c'est-à-dire que lorsque ces régions ont été christianisées, les « nouvelles » croyances ont remplacé les anciennes tandis que l'ordre apporté par les institutions – l'Église en tête – est devenu la norme. Ainsi, les villes sont devenues les lieux où l'on trouvait les honnêtes gens, ceux qui se conformaient aux lois terrestres et spirituelles et qui représentaient l'ordre établi par la morale. Face à ces espaces sécurisés et sécurisants s'élevait la forêt, qui incarnait alors le chaos sous toutes ses formes : ces étendues vertes livrées à la Nature sauvage ne connaissaient aucun ordre que ce soit puisque la végétation s'y développait de façon anarchique. Ce désordre ambiant était perçu comme dangereux, car dans la forêt, les codes établis par les hommes ne s'appliquaient pas. Ainsi, les humains y perdaient leurs repères – et leur chemin ! – et ne pouvaient contrôler ce qui s'y passait. Celui qui s'y aventurait se trouvait alors à la merci du monde sauvage, et la forêt était donc considérée comme le lieu de tous les dangers.

C'est pourquoi la forêt apparaît dans les récits médiévaux comme l'endroit où se retrouvent ceux qui pour une raison ou pour une autre ne rentrent pas dans les cadres établis par la société. Ainsi, s'y réfugient les hors-la-loi (on pensera à Robin des Bois), les voleurs, ceux qui errent, mais aussi les créatures appartenant aux anciennes traditions ainsi que les animaux merveilleux comme les licornes. Parmi ces êtres ayant fait de la forêt leur sanctuaire se trouvent les Fées, qui ne sont autres qu'une forme de mutation des dieux qui étaient au cœur des croyances d'antant. En effet, les anciennes religions étant supplantées par le Christianisme, leur influence sur les populations et les traditions s'en est trouvée réduite et comme elles n'étaient pas admises au sein des villes bien ordonnées, la forêt est devenue le nouvel habitat des dieux. Voilà qui était pourtant tout indiqué puisque de tout temps, les Êtres Surnaturels présents dans ces traditions ont été intrinsèquement liés à la Nature dont ils incarnaient les différents aspects. Faire de la forêt leur royaume a nettement réduit l'étendue de leur champ d'action, si bien qu'ils ont peu à peu mué à mesure qu'ils perdaient de leur envergure pour subsister sous la forme des Fées que l'on rencontre notamment dans les poèmes médiévaux appelés Lais Féeriques et Lais Bretons. Ces textes racontent comment des chevaliers en quête d'aventure se risquent dans la forêt et y rencontrent de belles jeunes femmes qui changeront leur destin à jamais, tantôt en leur soumettant une quête, tantôt en leur lançant des défis. À mesure que l'on avance dans le conte, on se rend compte que le chevalier a bel et bien rencontré une Fée, c'est-à-dire un Être Surnatuel. De ce fait, il est entré en contact avec l'Autre Monde, autrement dit le plan sacré, celui des mythes.

Ces intrusions dans l'Autre Monde ne laissent pas celui qui y pénètre indemne. Lorsqu'il retourne dans le monde humain en traversant à nouveau la frontière qui l'en sépare (la plupart du temps un ruisseau ou une rivière), il lui est impossible de reprendre son existence là où il l'avait laissée, pas plus qu'il ne peut continuer à y appliquer les mêmes règles qu'avant. Il n'est pas rare en effet qu'il doive obéir à une ou plusieurs règles – le plus souvent des interdits – qui lui auront été imposées par la Fée avant qu'elle ne l'autorise à repartir. Par ailleurs, les Fées décident du destin de celui qui croise leur chemin, que ce soit à son avantage ou non. En réalité, elles ne sont ni bienveillantes ni malveillantes : en tant que dieux diminués, elles agissent selon l'ordre naturel des choses, c'est-à-dire selon ce qui est bon pour le fonctionnement du Monde indépendamment de ce que souhaitent les hommes. Elles sont donc impartiales et représentent les forces de la Nature. C'est d'ailleurs de là qu'elles tiennent leur nom, car le terme fée est hérité du latin fatum (pl. fata) qui signifie destin.

À la lumière de ces éléments, on comprend pourquoi ces figures énigmatiques, grandes, belles et fascinantes sont présentées tantôt comme des alliées précieuses, tantôt comme de terribles et effrayantes rencontres. Quels que soient les textes médiévaux dans lesquels elles apparaissent, elles incarnent l'Autre Monde, celui des mythes et du plan sacré, celui des traditions pré-chrétiennes, d'où leur charisme et leur capacité naturelle à intimider celui qui les rencontre.

Or, la manière dont on conçoit les Fées a beaucoup évolué au fil des siècles, et l'on s'est parfois grandement éloigné de leur envergure originelle. Ceci est particulièrement visible au cours de l'Ère Victorienne, où elles sont reléguées au rang de divertissement pour enfants, que ce soit dans les rôles qui leur sont attribués dans les contes ou dans la manière dont on les perçoit en général. Peu à peu, elles en sont arrivées à appartenir au monde de l'enfance tandis qu'auparavant leur présence concernait tout le monde. On les a cantonnées à l'imaginaire et elles sont devenues des créatures non plus réelles, mais purement fictives. Elles ont bien sûr perdu leur envergure et leur rôle de décideuses du destin des hommes, et seuls les enfants peuvent les voir ou y croient. Les contes de fées, qui au départ s'adressaient davantage aux adultes qu'aux enfants, sont désormais considérés comme exclusivement destinés à un jeune public.

Les fées sont donc adaptées à l'imaginaire enfantin : elles perdent leur grande taille pour devenir minuscules, pas plus hautes que le pouce, à l'image de la Fée Clochette (Peter Pan, J.M. Barrie). Si elles conservent leurs liens avec la nature dont elles continuent d'incarner certains aspects de façon plus naïve, elles se révèlent facétieuses et font preuve d'espièglerie. Ainsi, on les retrouve associées à tel ou tel type de plante, et leur caractère rieur est souvent mis en avant. Le thé découverte de décembre 2016 reviendra plus en détail sur ces considérations qui méritent que l'on s'y attarde plus longuement. D'où l'idée de leur consacrer une séance !

 

Thé découverte de mai - Dans le Cercle des Fées

 

Après avoir exploré ces différents axes, nous avons observé de quelles manières les Fées étaient présentées dans un éventail de jeux varié. Ainsi, nous sommes revenus sur les Fées médiévales qui sont au cœur de nombreux tarots et oracles, et avons même eu l'occasion de remarquer que leurs rôles n'étaient parfois pas éloignés de ceux que peuvent endosser les anges, qui cohabitent d'ailleurs avec elles dans certains oracles. À travers ce voyage, nous avons donc continué de faire connaissance avec les multiples facettes des Fées, qu'elles soient dépeintes comme des réminiscences d'anciennes divinités ou qu'elles revêtent un visage plus enfantin. Mythologies, traditions folkloriques, contes pour enfants et fées victoriennes, toutes étaient au rendez-vous pour cet après-midi teinté de magie !

Par ailleurs, la diversité artistique qui s'est illustrée dans les différents jeux a permis à chacun de découvrir des supports qui ont pu raisonner avec ses sensibilités. Des jeux utilisables pour de petits tirages par les débutants à ceux qui s'adressent à des cartomanciens plus avertis, il y en a eu pour tous les goûts, y compris pour les collectionneurs qui ont pu admirer des jeux rares ou désormais introuvables.

Ce thé découverte s'est encore une fois déroulé sous le signe de la bonne humeur, de l'humour et de la chaleur humaine. Je remercie vivement les participants pour leur enthousiasme et leur curiosité envers le thème du mois, ce qui a mené à de passionnantes discussions et a permis d'ouvrir les horizons !

Je me réjouis déjà de poursuivre l'exploration de l'Autre Monde dès la prochaine séance qui aura lieu début juin et introduira la fascinante figure de l'Homme Vert – appelé Green Man en anglais. Je vous donne donc rendez-vous dans quelques semaines si vous le voulez bien !

À très bientôt autour d'un thé,
Morrigann

 

SUR LA PHOTO (de gauche à droite et de haut en bas) :
Wild Wisdom of the Faery Oracle (Lucy Cavendish, Selina Fenech). Victoria, AUS: Blue Angel Publishing, 2009.

The Victorian Fairy Tarot (Lunaea Weatherstone, Garu A. Lippincott). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2013.

The Faerie Guidance Oracle (Paulina Cassidy). Woodbury, MN: Llewellyn Worldwide, 2012.

The Faery Forest: An Oracle of the Wild Green World (Lucy Cavendish, Maxine Gadd). Victoria, AUS: Blue Angel Publishing, 2016.

Twilight Realm: A Tarot of Faery (Beth Wilder). Atglen, PA: Schiffer Publishing, LTD, 2010.

The Faeries' Oracle: Working with the Faeries to Find Insight, Wisdom and Joy (Jessica Macbeth, Brian Froud). New York, NY: Simon & Schuster, 2000.

Universal Waite Tarot Deck (Arthur Edward Waite, Pamela Colman Smith, Mary Hanson-Roberts). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 1990.

Tarot des Fées (Riccardo Minetti, Pietro Alligo, Mara Aghem). Torino: Lo Scarabeo, 200.

The Stolen Child Tarot (Monica L. Knighton). Self-published, 2013.

Madame Endora's Fortune Cards (Christine Filipak, Joseph Vargo). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2003.

Inspirational Wisdom from Angels & Fairies (Frances Munro, Judy Mastrangelo). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2015.

Thé découverte de février, jeux présentés

Un thé découverte sous l'œil bienveillant des dragons

Ce samedi 13 février s'est tenu le deuxième thé découverte de l'année, qui nous a permis d'explorer les multiples formes que prend la figure du dragon, que ce soit dans diverses mythologies, dans le folklore et les contes de fées, ou sur les plans historique et littéraire. Notre voyage en compagnie de ces créatures nous a ouvert de larges perspectives, nous emmenant tour à tour en Europe, en Chine, au Japon, en Inde, en Amérique du Sud, en Afrique, etc.

Nous avons constaté d'emblée que les dragons étaient présents dans toutes les cultures, bien que leur forme soit souvent différente de l'une à l'autre (avec ou sans ailes, tantôt avec des pattes, tantôt sans). Nous avons notamment observé leur présence dans des récits historiques, en particulier au Moyen Âge où la frontière entre le temps mythique et le temps historique était poreuse. Dans les textes littéraires (qui mêlaient donc réalité historique et réalité mythique), ils sont d'abord dépeints comme de grands seprents ou vers. Par exemple, le dragon qu'affronte Beowulf à la fin de sa vie dans le poème vieil-anglais éponyme est appelé wyrm (vieil-anglais), ce qui avec l'évolution de la langue a donné worm (ver) en anglais contemporain. Ce n'est que plus tard que le dragon acquiert ses quatre pattes, ses ailes et sa tête si caractéristique, car il semblerait que les conteurs et les auteurs aient voulu lui donner une dimension plus terrifiante.

Nous nous sommes également attardés sur les rôles que jouent les dragons sur les plans historique et littéraire et avons pu observer certaines caractéristiques communes à plusieurs traditions. Ainsi, ces créatures se sont révélées profondémment liées à la terre et au Monde (on pense au serpent de Midgard ou à Nidhogg, qui ronge les racines d'Yggdrasil), et par conséquent porteuses de connaissances auxquelles nul n'a accès. C'est pourquoi il n'est pas rare que l'intelligence et la finesse d'esprit des dragons soient mises en relief dans les récits qui les concernent, en particulier à travers les énigmes dont ils sont friands, comme on le voit par exemple dans le Fáfnismál, où Sigurdr pose une série de questions (énigmes) au dragon afin de tester si ce que l'on dit de lui est vrai et s'il possède bien toute la connaissance que le veut sa réputation. Comme on peut s'y attendre, Fáfnir répond à toutes les questions de Sigurdr et confirme qu'il se place bien en gardien des secrets et des mystères ancestraux.

À travers cette grande figure de la mythologie germano-scandinave, nous avons également pu voir l'attachement des dragons pour le trésor qu'ils protègent la plupart du temps. Notre exploration s'est ainsi poursuivie dans d'autres contrées où nous avons observé des qualités similaires, que ce soit dans le mythe arthurien ou dans l'histoire de la Bretagne où le dragon peut prendre une valeur prophétique. Quelle que soit la tradition à laquelle il est rattaché, il est toujours présenté comme un sage, mais aussi comme un symbole de force et de richesse. En raison de sa nature imposante, il apparaît toujours comme une terrible créature, effrayante et impressionnante. Il est le type d'ennemi que l'on combat avec un profond respect, et lorsqu'il est terrassé, le héros se voit honoré d'une réputation qui fait de lui quelqu'un qui force le respect et dont les exploits sont reconnus et vantés dans de nombreuses contrées (on pensera par exemple à Saint George le saint patron de l'Angleterre).

 

Thé découverte de février, jeux présentés

 

Les jeux présentés lors de ce passionnant thé découverte ont permis de donner un large aperçu de ce que sont les dragons à travers le monde. Nous avons ainsi pu observer des différences significatives dans la manière dont ils dont dépeints visuellement, tout en partageant des caractéristiques communes sur le plan symbolique et dans les rôles qu'ils jouent dans les diverses mythologies. Les tarots et oracles dont il a été question illustrent les dragons dans différents contextes et en suivant différents styles selon la vision qu'en ont développée les divers artistes. Au fil des jeux, nous avons pu reconnaître les symboles qui leur sont habituellement attachés et des scènes appartenant aux différents épisodes historiques ou mythiques dans lesquels ils apparaissent.

Cet après-midi fut, encore une fois, un très beau moment passé en bonne compagnie. Je remercie chaleureusement les personnes présentes, car j'ai eu beaucoup de plaisir à les retrouver pour ce voyage à travers les âges et les cultures. Je les remercie pour leur enthousiasme et leur participation active qui ont contribué à rendre cette séance particulièrement vivante !

Je me réjouis déjà en pensant à la prochaine séance qui abordera elle aussi un sujet fascinant !

À très bientôt autour d'un thé,
Morrigann

 

SUR LA PHOTO :
Le livre (au centre) :

HARGREAVES Joyce. A Little History of Dragons. Glastonbury: Wooden Books Ltd, 2006.

Les jeux (de gauche à droite et de haut en bas) :
The Rider Tarot Deck (Arthur Edward Waite, Pamela Colman Smith). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 1971 [1991; Rider and Son, 1909].

Dragon Tarot (Terry Donaldson, Peter Pracownik). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 1996.

The Celtic Dragon Tarot (D.J. Conway, Lisa Hunt). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 1999.

Fantastical Creatures Tarot (D.J. Conway, Lisa Hunt). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2007.

Tarot des Dragons (Manfredi Toraldo, Severino Baraldi). Torino: Lo Scarabeo, 2004.

Madame Endora's Fortune Cards (Joseph Vargo, Christine Filipak). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2003.

Imperial Dragon Oracle (Andy Baggott, Peter Pracownik). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2009.