jeux divinatoires

Janvier 2018. Jeux présentés

Un thé découverte autour de la construction du tarot de Marseille

Le samedi 27 janvier s'est tenu le tout premier thé découverte de 2018 et le moins que l'on puisse dire, c'est que nous avons commencé l'année en beauté ! En effet, nous nous sommes attaqués à la délicate problématique de la construction du tarot de Marseille, ce qui nous a menés à nous poser des questions très intéressantes et à nous rendre compte que l'histoire du tarot est loin d'être aussi linéaire qu'on pourrait le penser.

Afin que nous puissions y voir plus clair et démêler le vrai du faux dans les affirmations qui ont fait ou qui font toujours autorité dans le domaine qui nous intéressait, j'ai commencé à titre d'introduction par revenir sur les grandes idées issues des travaux plus ou moins pertinents des occultistes français des XVIIIème et XIXème siècles. Voilà qui a permis de confronter leurs dires à la réalité historique que l'on connaît aujourd'hui et de déboulonner certaines idées reçues qui sont encore malheureusement trop répandues de nos jours.

Ces quelques mises au point préliminaires ont eu l'avantage de replacer le débat dans le contexte historique établi par les recherches académiques des historiens et des spécialistes du sujet, affranchies des fantasmes qui ont pris racine dans les élucubrations de certains occultistes farfelus. Cela en tête, nous avons donc pu remonter le temps jusqu'à la Renaissance et commencer notre exploration à partir du premier tarot connu.

Par « le premier tarot connu », j'entends bien « le plus ancien tarot dont nous avons connaissance », ce qui est très différent du premier tarot apparu dans l'histoire. En effet, si le plus ancien tarot dont on dispose aujourd'hui est le Visconti-Sforza, cela ne signifie en rien dans l'absolu que celui-ci est le plus ancien tarot qui ait existé. Dans le cas présent, plusieurs indices montrent que le tarot existait avant celui-ci puisqu'on a retrouvé des notes allant en ce sens dans des manuscrits antérieurs au Visconti-Sforza. Par ailleurs, la réalité historique d'aujourd'hui est étroitement liée à l'état actuel des connaissances et des découvertes, et rien ne dit que l'on ne trouvera pas un jeu plus ancien encore dans les années à venir, ce qui viendrait remettre en question certaines des affirmations que l'on tient pour vraies actuellement. Ainsi, l'histoire en général et celle du tarot en particulier reste une discipline vivante, et ce quelles que soient les problématiques ou les époques que l'on étudie.

Ces notions bien présentes à l'esprit, nous avons pu remonter le temps pour faire escale dans l'Italie du XVème siècle et nous pencher sur le très beau tarot Visconti-Sforza. On sait que celui-ci fut commandé en 1451 à l'artiste Bonifacio Bembo par Francesco Sforza dans le but de célébrer à la fois son accession au pouvoir (il venait d'être fait Duc de Milan) et son dixième anniversaire de mariage avec Bianca Maria Sforza. Dans son iconographie, ce jeu intègre d'une part des symboles propres à la famille Visconti-Sforza (on y reconnaît les visages de certains membres), et il véhicule d'autre part les grands principes de la culture humaniste qui se développait à cette période. Le tarot est alors non pas un outil divinatoire puisque cette fonction ne lui fut attribuée que bien plus tard, mais bien un outil servant à l'instruction et à l'éducation. Véritable livre d'images, il rassemble les grandes valeurs de cette culture humaniste et permet de penser le Monde à travers les différents plans de l'existence. Grâce à lui, on peut ainsi étudier la vie terrestre (le pouvoir, les vertus cardinales, la culture populaire) et ce qui appartient au plan supérieur, à savoir le religieux et le spirituel ans oublier l'ésotérisme, à travers les allégories chrétiennes, la théologie ou les planètes. Cet outil était parfait pour l'instruction des riches familles car les illustrations facilitaient l'assimilation des différentes notions abordées. Sur le plan artistique, ce tarot auquel seules quatre lames manquent est somptueux et reprend les codes de l'art de la Renaissance, rappelant même dans leur composition les techniques et le style établis par Léonard de Vinci. On sait même que ce dernier a été appelé pour diriger la création de deux lames, et l'on remarque que son influence est visible sur d'autres lames encore, notamment dans l'effet de perspective créé à l'endroit où le sol s'arrête net.

Notre exploration s'est poursuivie toujours en Italie, du côté de Bologne cette fois. Nous y avons découvert le tarot dit de Charles VI, qui n'était pas destiné au monarque dont il porte le nom, pas plus qu'il n'a été créé pendant son règne, malgré ce que l'on a pu croire à tort. On sait également aujourd'hui qu'il n'a pas été peint par Jacquemin Gringonneur contrairement à ce qu'avait établi l'interprétation erronée d'un manuscrit. En réalité, ce jeu serait originaire de Bologne (Italie du Nord) et aurait vu le jour à la fin du XVème siècle, c'est-à-dire bien après le règne de Charles VI (1368-1422). Seules dix-sept lames nous sont parvenues sur les soixante-dix-huit qu'il comportait. Créé en pleine Renaissance italienne, ce jeu somptueux sur le plan artistique est un très bel exemple de tarot à visée éducative qui accentue encore davantage ce qui a été observé au sujet du Visconti-Sforza. Il véhicule en effet les grands principes de la culture humaniste de l'époque et les allégories qu'il dépeint sont identifiables au premier coup d'œil que l'on sache lire ou non, ce qui facilitait grandement la compréhension des notions qui sont abordées par les différentes lames.

Grâce à notre voyage au cœur de la Renaissance italienne, nous sommes parvenues à nous détacher de la vision moderne du tarot en tant qu'outil divinatoire pour le considérer comme un outil d'apprentissage du Monde et de réflexion sur la manière dont on l'envisage. Bien sûr, cet aspect est toujours présent aujourd'hui dans le tarot, qu'il soit de tradition Marseille ou non, mais il est combiné à l'application divinatoire pour la porter à un niveau bien plus profond que la seule « prédiction de l'avenir » à laquelle certains la limitent trop souvent à tort. Ainsi, le tarot demeure un outil d'ouverture au Monde et de compréhension de celui-ci et de ses fonctionnements.

Retour en France après cette escapade italienne puisque c'est à Paris que fut créé en 1650 le tarot dit de Jacques Viéville. Considéré par certains comme le « premier » tarot de Marseille en raison de l'iconographie qu'il présente et écarté par d'autres de la lignée des « ancêtres » du tarot de Marseille à cause des multiples différences qu'il affiche avec ce dernier, ce jeu n'en est pas moins très intéressant et fascinant. Si l'on y reconnaît plusieurs traits qui le lient indubitablement au tarot de Marseille, d'autres l'en éloignent par leur singularité, d'autant qu'on ne les trouve nulle part ailleurs. Parmi les différences notoires par rapport au tarot de Marseille, on remarque par exemple que le Pendu a la tête en haut, mais aussi que les regards de certains personnages ne sont pas tournés du même côté. Les lames ne sont pas non plus nommées et certaines n'observent pas le même ordre que celui des jeux d'aujourd'hui. En termes de symbolique, le Diable y prend la forme d'une étrange créature en marche sur laquelle on peut voir plusieurs visages ; la Maison-Dieu est un arbre foudroyé sous les yeux d'un personnage ; l'Étoile montre un astrologue assis, compas à la main ; la Lune présente une fileuse, et le Soleil dépeint un personnage à cheval.

L'autre jeu emblématique du XVIIème siècle en France est le tarot de Jean Noblet, créé quelques années plus tard (1659) à Paris. Conservé à la BNF, l'unique exemplaire qui nous est parvenu n'est pas complet puisque cinq lames sont manquantes. L'iconographie utilisée ici est très proche de celle du tarot de Marseille que l'on connaît aujourd'hui et les lames sont nommées, y compris la Mort, ce qui est extrêmement rare dans cette tradition. L'ordre des lames est également le même qu'aujourd'hui. Visuellement, c'est pour l'instant le jeu qui se rapproche le plus de la version moderne du tarot de Marseille.

Nous avons ensuite avancé dans le temps pour nous rendre à Lyon où, en 1701-1705, paraissait le tarot de Jean Dodal qui présente lui aussi la trame visuelle et la structure du tarot de Marseille. Nous avons vu que ce jeu ressemble à s'y méprendre à un autre tarot, celui de Jean Payen, créé en Avignon en 1713. La raison en est simple : il s'agit en fait d'une reproduction du jeu de Jean Payen, mais destinée à l'exportation puisque le tarot de Jean Dodal porte la mention « FPE » (i.e. « Fait pour l'Étranger ») et les initiales « I.P. » (Jean Payen) peuvent se lire sur certaines lames. On sait d'ailleurs que Jean Dodal et Jean-Pierre Payen (descendant de Jean Payen) se sont trouvés tous deux au même endroit pendant une période et auraient travaillé ensemble, ce qui expliquerait cette démarche.

Enfin, notre exploration des tarots non divinatoires s'est achevée à Marseille où le premier jeu à avoir l'appellation « tarot de Marseille » fut créé en 1761 par Nicolas Conver, maître cartier de Marseille et imagier du roi. En termes d'iconographie et de symbolique, ce jeu est le plus proche de l'actuel tarot de Marseille dont il présente tous les ingrédients. On sait d'ailleurs qu'il servit de modèle (avec le Viéville) à Paul Marteau lorsque celui-ci fixa en 1930 le modèle que l'on connaît encore aujourd'hui.

Ces quelques jeux nous ont permis de voir de quelle manière le tarot a évolué au fil du temps, à la fois dans la symbolique présente sur les lames et dans les grandes notions qu'il véhicule. Nous nous sommes certes concentrées sur les jeux évoqués ci-dessus, mais cela ne nous a pas empêchées également d'en aborder d'autres brièvement afin de montrer que le tarot était aussi un témoin de son temps et qu'il pouvait avoir une valeur de commentaire historique sur un contexte politique en plus d'être un outil d'instruction. C'est le cas par exemple au XIXème siècle du tarot de Besançon qui, afin de ménager les susceptibilités politiques et religieuses de l'époque dues à la contre-réforme, a remplacé la Papesse et le Pape par Junon et Jupiter.

 

Janvier 2018. Jeux présentés

 

Nous nous sommes ensuite intéressées au tarot en tant qu'outil divinatoire, ce qu'il est devenu à la fin du XVIIIème siècle. Nous avons à nouveau évoqué les travaux d'Etteilla, d'Éliphas Lévi et de Papus afin de comprendre leur importance dans la pratique divinatoire malgré les erreurs parfois grossières qu'on leur reconnaît aujourd'hui. Suite à cela, nous avons pu nous pencher sur le tarot d'Oswald Wirth (paru en 1889) qui popularise les interprétations d'Éliphas Lévi et les grands principes que l'occultiste a appris auprès de son maître Stanislas de Guaïta, ainsi que ceux de la franc-maçonnerie et de la kabbale. Ce jeu intègre des éléments supplémentaires par rapport à ceux que l'on a vus jusqu'à présents sur les lames du tarot, comme par exemple en associant chaque lame majeure – exceptée la Mort – à une lettre hébraïque suivant le principe établi par Éliphas Lévi.

Enfin, le jeu que l'on connaît aujourd'hui en tant que « tarot de Marseille » nous a permis de clôturer l'exploration de la construction de cette tradition. En effet, le support que beaucoup utilisent n'est autre que le tarot de Marseille tel qu'il a été fixé (couleurs, symbolique, iconographie) par Paul Marteau en 1930 et qui est toujours publlié par Grimaud. Comme nous l'avons vu, il est intéressant de noter que ce tarot s'inscrit d'une certaine manière en héritier de plusieurs des jeux qui l'ont précédé puisque Paul Marteau reconnaît avoir pris pour modèles le Viéville et le Conver son élaboration.

 

L'évolution du tarot de Marseille s'arrête-t-elle avec le jeu mis au point par Paul Marteau, largement commercialisé aujourd'hui ? Rien n'est moins sûr ! Comme on l'a vu tout au long de ce thé découverte, le tarot est vivant, il évolue au fil du temps, en fonction des grandes problématiques propres à une époque ou à une région. Difficile, donc, de croire qu'il pourrait tout à coup se figer et rester emprisonné dans un seul et unique modèle ! C'est ce qu'a confirmé la suite – et fin – de notre exploration qui nous menée à examiner deux jeux qui s'inscrivent dans le prolongement des modèles mis en avant précédemment.

Les Triomphes de Paris, créés par Bertrand Saint-Guillain, sont un jeu remarquable en cela que l'artiste rend hommage aux techniques des anciens maîtres cartiers. Ici, Bertrand Saint-Guillain a respecté scrupuleusement les méthodes de création du XVIIème siècle pour produire ses vingt-deux lames majeures (triomphes) inspirées du tarot dit de Jacques Viéville dont il reprend les codes visuels tout en y apportant quelque chose de personnel. Le résultat est saisissant et donne l'impression d'avoir en main un jeu venu d'un autre temps, comme un trésor inestimable que l'on aurait retrouvé. Inutile de dire que ce jeu très original a beaucoup plu aux participantes qui ont su apprécier le travail engagé par l'artiste !

L'autre jeu examiné dans l'optique d'une tradition vivante est Le Tarot Noir, qui est lui aussi une très belle réécriture du tarot de Marseille. Ce jeu reprend dans les grands traits les éléments observés jusqu'à présent dans les tarots anciens (en particulier celui de Jacques Viéville) et les place dans un contexte médiéval sur le plan visuel ainsi qu'au niveau des mentalités et de la conception du Monde qui y transparaît. Ce tarot aux couleurs sombres présente d'intéressants contrastes introduits par des jeux de lumière, ce qui en fait non seulement un bel outil sur le plan esthétique, mais aussi un support propice à une étude poussée. Il a été très apprécié par les participantes !

Bien sûr, ces deux tarots ne sont pas les seuls à reprendre les codes (structure et langage symbolique) du tarot de Marseille tel qu'on le connaît aujourd'hui et à les revisiter. On en trouvera en effet de nombreux autres qui les transposent dans différents univers, contribuant ainsi à garder cette tradition vivante et non figée contrairement à ce que l'on imagine souvent. Toutefois, j'ai choisi de me concentrer sur ces deux jeux car la démarche artistique et intellectuelle de leurs créateurs les inscrit dans le prolongement de ce que l'on a observé tout au long de ce thé découverte.

Le tarot, quelle que soit la tradition à laquelle il se rattache, n'est pas un objet figé, bien au contraire ! Ce point a été largement évoqué au cours de notre exploration historique car force est de constater qu'il est bien difficile – voire impossible – de mettre en avant une évolution linéaire qui aurait pu mener au tarot de Marseille actuel. D'ailleurs, nous avons constaté que le tarot de Marseille d'aujourd'hui est plutôt récent dans sa forme et dans les codes qu'il emploie puisqu'il est une sorte de mosaïque de plusieurs tarots anciens. Bien sûr, tous les jeux examinés partagent d'indéniables ressemblances avec le support que l'on utilise aujourd'hui, mais chacun est unique puisqu'il est le reflet d'une époque, c'est-à-dire d'un contexte historique, avec ses particularités en termes de mentalité, de conception du Monde, de vie politique, qui sont souvent propres à la région dans laquelle il apparaît. En quelque sorte, le tarot de Marseille d'aujourd'hui est lui aussi unique puisqu'il peut être envisagé comme la somme, la synthèse de ceux qui l'ont précédé et qui, peu à peu, en ont défini les grands traits. D'une certaine manière, il les unifie et les harmonise.

 

Les quelques problématiques examinées durant cette séance ne sont bien sûr pas les seules que nous aurions pu aborder, mais elles ont permis de cadrer notre exploration et de se confronter aux difficultés qui se présentent à tout historien afin de relativiser certaines affirmations trop souvent véhiculées lorsqu'il est question du tarot de Marseille. L'objet de l'exploration n'était pas d'alimenter encore davantage les querelles de clochers ou d'entrer dans ce type de débat, mais plutôt d'essayer de dégager un panorama objectif qui s'appuie uniquement sur l'état actuel des connaissances historiques en la matière. De la même manière, il n'était pas question au cours de ce thé découverte de dresser l'historique complet du tarot, car il fallait d'une part se limiter à une trame donnée pour éviter de s'éparpiller, et cela aurait risqué d'autre part de rendre l'ensemble confus. Disposant par ailleurs d'un temps limité, il fallait faire des choix afin de nous concentrer sur les jeux les plus remarquables qui ponctuent cette évolution. Le but était ici de permettre aux participantes de découvrir les grandes lignes de l'histoire du tarot et d'avoir en tête quelques repères qui constitueront des points de départ pour les explorations plus approfondies qu'elles pourraient souhaiter mener par la suite.

Comme promis en fin de séance, j'en profite pour recommander quelques ouvrages incontournables qui aideront ceux et celles qui voudraient aller plus loin dans leurs recherches sur l'histoire fascinante du tarot et qui leur permettront d'approfondir leurs connaissances sur la construction du tarot de Marseille. Ici, point de théories farfelues tirées des fantasmes d'auteurs en mal de sensationnalisme, mais des recherches sérieuses conduites par des spécialistes reconnus. N'hésitez pas à vous y plonger !

 

Janvier. Livres

 

Par les nombreux points qu'il a permis d'aborder, ce thé découverte fut très enrichissant. Les jeux présentés ont beaucoup plu et certains ont même généré des coups de foudre ! Bien qu'elle n'ait pas eu vocation à dresser une histoire complète et détaillée du tarot, cette séance a eu le mérite de donner de solides repères aux participantes qui pourront approfondir leurs explorations si elles le souhaitent.

Je remercie chaleureusement les participantes pour leur présence, leur bonne humeur et leurs interventions pertinentes au cours de ce bel après-midi de janvier. Je suis ravie d'avoir partagé ce thé découverte avec elles et j'espère qu'elles ont eu autant de plaisir à y assister que j'en ai eu à le préparer ! J'ai en tout cas passé un excellent moment en leur compagnie, entre retrouvailles et nouvelles rencontres. J'espère avoir réussi à éveiller (ou à raviver) leur intérêt envers l'histoire du tarot !

 

J'ai déjà hâte d'être à notre prochaine rencontre pour continuer à partager notre passion de la cartomancie. En attendant de vous retrouver, je vous souhaite de belles découvertes !

À bientôt,
Morrigann

 

 

PHOTO 1 : Les jeux présentés
Visconti-Sforza (Atanas Alexander Atanassov). Torino: Lo Scarabeo, 2013 [Milan, c. 1450].

The Golden Tarot: the Visconti-Sforza Tarot Deck (Mary Packard, Rachel Clowes). New York, NY: Race Point Publishing, 2013 [Bonifacio Bembo, Milan, c. 1450].

Tarot de Marseille (Nicolas Conver). Bordeaux : Héron [Marseille, 1761].

Tarot Oswald Wirth (Oswald Wirth). Neuhausen am Rheinfall (CH): AGM-AGMüller, 1976 [1889].

Ancien Tarot de Marseille (Paul Marteau). Paris : Grimaud, 1980 [1930].

Triomphes de Paris (Bertrand Saint-Guillain). Paris : auto-édité, 2011.

Le Tarot Noir : Imagerie médiévale populaire (Justine Ternel, Matthieu Hackière). Paris : Éditions Véga, 2013.

 

JEUX PRÉSENTÉS N'APPARAISSANT PAS SUR LA PHOTO :
Tarot dit de Charles VI, fin du XVème siècle (à voir sur le site de l'exposition « Dessins de la Renaissance », BNF).

Tarot dit de Jacques Viéville, 1650 (à voir sur Gallica).

Tarot de Jean Noblet, 1659 (à voir sur Gallica).

Tarot de Jean Dodal, 1701-1715 (à voir sur Gallica).

 

PHOTO 2 : Ouvrages recommandés
DECKER Ronald, DEPAULIS Thierry, DUMMETT Michael. A Wicked Pack of Cards: The Origins of the Occult Tarot. London: Duckworth, 2002 [1996].

DECKER Ronald, DUMMETT Michael. A History of the Occult Tarot: 1870-1970. London: Duckworth, 2008 [2002].

HUSON Paul. Mystical Origins of the Tarot: From Ancient Roots to Modern Usage. Rochester, VT: Destiny Books, 2004.

LÉON Dai. Origins of the Tarot: Cosmic Evolution and the Principles of Immortality. Berkeley, CA: Frog Books, 2009.

FARLEY Helen. A Cultural History of Tarot: From Entertainment to Esotericism. London / New York, NY: I.B. Tauris, 2009.

Sept. 2017, Runes et langages magiques (jeux)

Thé découverte de septembre: l'utilisation des langages magiques en cartomancie

Le samedi 16 s'est tenu le thé découverte de septembre. Durant celui-ci, nous avons étudié ce qu'apporte la présence de langages magiques aux jeux divinatoires dans lesquels ils apparaissent. Pour ce faire, nous nous sommes concentrés sur trois langages, trois alphabets magiques, à savoir l'aphabet hébraïque, les runes et les ogham (prononcer oram en vieil-irlandais ou oh-am en irlandais moderne).

 

Dans un premier temps, nous nous sommes penchés sur l'alphabet hébraïque car c'est celui que l'on trouve dans le tarot, qu'il s'agisse du Rider-Waite Smith, du Thoth ou de celui d'Oswald Wirth. Avant de nous intéresser à ces trois supports et d'expliquer les occurrences hébraïques qui s'y trouvent, nous avons commencé par rappeler en quoi cet alphabet peut être considéré comme magique et quelle est sa portée spirituelle. Pour cela, nous avons exploré quelques-uns des grands principes de la Kabbale d'une part et avons examiné les valeurs symboliques de certaines lettres d'autre part. Notre exploration nous a conduits à évoquer l'Arbre de Vie et ses différents plans d'application, mais aussi des mythes et des légendes mettant en valeur le pouvoir des lettres et des mots, comme par exemple la création d'Adam et les contes relatant des épisodes liés à la figure du golem.

Les jeux présentés pour illustrer ce thème étaient pour la grande majorité des tarots « classiques », chacun représentant une tradition différente. Ainsi, nous avons observé que le tarot d'Oswald Wirth associait de façon visible une lettre hébraïque à chaque arcane majeur, de même que le Livre de Thoth, où Aleister Crowley a repris tout en les adaptant à son système et à sa vision des choses certains des principes mis en relief par ses prédécesseurs. Quant au Rider-Waite Smith Tarot, nous avons constaté que s'il existe bien des correspondances kabbalistiques de cet ordre entre les lames et les lettres hébraïques, celles-ci ne sont pas exprimées de manière aussi évidente sur les cartes. En effet, elles se trouvent davantage sur le plan symbolique, et c'est la compréhension approfondie de chaque lame qui permet de les déceler. En revanche, on trouve bien des caractères hébraïques sur la Roue de Fortune (lame X). Dans le cercle extérieur de la Roue (i.e. le plus grand) se trouvent deux mots entrelacés : l'un est inscrit dans notre alphabet et forme les mots tarot ou rota tandis que l'autre, en hébreu cette fois, n'est autre que le nom de Dieu (YHVH). Cette occurrence, par sa nature et sa position, est d'autant plus intéressante qu'elle met en relief la connexion de cet alphabet avec le plan sacré, c'est-à-dire celui du divin et de la spiritualité, ainsi qu'avec la portée magique qu'on lui attribue.

L'autre jeu examiné dans le cadre de cette exploration, plus récent celui-là, a quant à lui soulevé de nombreuses questions en ce qui concerne l'utilisation qu'il fait de l'alphabet hébraïque. En effet, l'Oracle de la Triade emploie plusieurs systèmes symboliques qui, une fois assemblés de cette façon, présentent des défauts dans la cohérence de l'ensemble. Si l'on essaie de déchiffrer ces multiples et de les rattacher aux notions qu'ils véhiculent, on se trouve rapidement face à des incohérences qui poussent à se demander pourquoi les symboles en question ont été choisis pour être placés à ces endroits précis. Ces nonsens s'appliquent également aux lettres et mots hébraïques qui apparaissent dans le jeu, ce qui les prive de leur portée symbolique et magique, ou du moins les ampute considérablement. Cet oracle reste un jeu tout à fait convenable, à condition toutefois de ne pas trop chercher à approfondir les significations de la multitude de symboles qu'il présente. Mieux vaut donc, ici, se contenter du sens général des cartes !

 

Nous avons ensuite voyagé vers les contrées germano-scandinaves et vers les Îles Britanniques pour nous intéresser aux runes, ce que certaines des participantes attendaient avec impatience. Tout d'abord, nous sommes revenus sur les origines mythiques et historiques de cet alphabet sacré et magique, ce qui nous a permis de tordre le cou à des idées reçues malheureusement bien ancrées chez beaucoup : non, il n'existe rien de tel que des « runes celtiques » puisque les runes sont d'origine germano-scandinave et ont été acquises par Odin lorsqu'il a passé neuf jours et neuf nuits pendu par le pied à l'Arbre Monde Yggdrasil près du puits de Mimir, sacrifiant son œil afin que les runes lui soient révélées. Ces caractères composés uniquement de lignes droites étaient par exemple gravés par les Germano-Scandinaves sur les pierres tombales de leurs chefs et des plus valeureux guerriers afin que leurs noms et leurs hauts faits ne soient pas oubliés. Les mouvements de populations aidant, lorsqu'ils se sont installés dans les Îles Britanniques, les Saxons ont apporté avec eux leurs coutumes et c'est ainsi que l'on a retrouvé des pierres runiques dans les contrées celtes (en Irlande, notamment) puisqu'elles témoignaient de leurs traditions. On comprend donc à la lumière de ces éléments que les runes n'ont rien de celtique et que cette confusion n'a pas lieu d'être.

Une fois ces rappels effectués, nous avons pu nous pencher sur les utilisations magiques des runes. La nature magique et sacrée de cet alphabet ayant été définie par ses origines mythiques, nous nous sommes intéressés aux multiples manières dont il était employé par les skaldes, c'est-à-dire les poètes, aussi musiciens et chanteurs, qui maîtrisaient le pouvoir du langage et savaient influencer le monde qui les entourait à l'aide des mots, de la musique et du chant. Nous avons alors vu qu'au-delà des conseils qu'elles pouvaient prodiguer aux chefs de guerre pour établir leurs stratégies de bataille, les runes, en tant qu'outils magiques, pouvaient guérir, favoriser la bonne santé du bétail et l'abondance des récoltes ou la prospérité d'une famille ou d'une exploitation agricole, mais qu'elles pouvaient également rendre malade voire tuer, maudire le bétail et les récoltes, provoquant les maladies des bêtes et du grain, et maudire les familles en faisant s'abattre sur celles qui le méritaient selon les skaldes la pauvreté et la maladie. Avec les runes, les mots manifestent l'intention et la concrétisent.

Les jeux présentés étaient plutôt variés dans ce qu'ils mettaient en valeur à propos des runes. Tout d'abord, La Magie des Runes a beaucoup plu car il dépeint de façon très claire les notions et symboles auxquels renvoient les runes. En effet, chaque rune est liée à un aspect de l'existence et dans ce très bel oracle, les illustrations les mettent en relief, ce qui facilite la compréhension et la mémorisation des associations entre les runes et leurs significations. Grâce à Madame Endora's Fortune Cards, nous avons observé de quelle manière cet alphabet est lié au plan sacré et à une conception circulaire du temps, exprimant ainsi un cycle sans fin. Enfin, le jeu publié chez Lo Scarabeo est resté une énigme, tant dans l'incohérence de ses illustrations par rapport aux runes qu'au niveau des runes supplémentaires qu'il inclut. En effet, les illustrations n'ont pas grand-chose à voir avec ce que symbolisent les runes, mais elles ne dépeignent pas non plus des scènes relatives à la vie ou à la mythologie des Germano-Scandinaves. Quant aux « runes » non répertoriées dans les différents alphabets runiques connus, rien ne permet de déterminer leur origine, ce qui affaiblit encore davantage le jeu, d'autant que le livret accompagnateur ne donne aucune explication quant aux différents choix des créateurs de cet oracle.

 

Le troisième langage magique dont il a été question lors de cette séance est celui des ogham, qui nous a entraînés en terres celtes. Bien qu'il n'y ait aucune certitude définitive à ce sujet, on pense que le nom de ce langage sacré aussi appelé « alphabet des arbres » serait dérivé de celui du dieu Ogma, qui n'est autre que le dieu de l'éloquence. On comprend alors le caractère sacré et magique que revêt ce langage dont les utilisations sont relatées non seulement dans les traditions et coutumes des Celtes, mais aussi dans les récits mythologiques où il est notamment employé ponctuellement par Cúchulainn dans l'épopée irlandaise Táin Bó Cúailnge.

Les plus anciennes inscriptions oghamiques connues remontent au IVème siècle où elles retranscrivaient l'irlandais primitif (et ce jusqu'au Vème siècle). Du VIème au IXème siècle, elles retranscrivent ensuite le vieil-irlandais. Les Celtes ne possédaient pas de culture écrite et bannissaient la conservation de la connaissance par voie écrite car cela la désacralisait, ce qui explique que les occurrences d'écritures oghamiques connues aujourd'hui soient tardives et coïncident avec la propagation dans les Îles Britanniques d'autres langues, orales et écrites celles-ci, comme le latin. D'après l'état actuel des connaissances à ce sujet, il est raisonnable de penser que l'écriture oghamique a bénéficié de cette influence, ce qui explique les textes gravés sur des pierres gigantesques.

On sait toutefois que les ogham avaient des applications magiques et qu'ils étaient utilisés en ce sens. Ce système d'écriture à encoches, aisé à graver dans le bois ou dans la pierre, était par nature lié au sacré et à la vision spirituelle qu'avaient les Celtes du Monde. À leurs yeux, le divin et le sacré étaient tout autour d'eux et s'incarnaient dans la nature qui constituait alors un sanctuaire qui les accueillait et avec lequel il fallait vivre en harmonie. Ainsi, les animaux et les végétaux occupaient une place très importante à la fois dans le quotidien et dans les mythes. Il n'est donc pas surprenant de constater que chacun des signes de l'alphabet oghamique portait le nom d'un arbre ou d'un végétal, auquel il était associé symboliquement. De cette façon, on attribuait aux lettres les caractéristiques symboliques propres aux arbres auxquels elles faisaient référence, ce qui rentrait bien sûr en compte dans les rituels magiques.

C'est pourquoi les jeux divinatoires dont on dispose aujourd'hui et qui mettent en avant le langage oghamique prennent la forme soit de baguettes sur lesquelles sont gravées les lettres, soit de cartes dépeignant les arbres dont les ogham tirent leurs noms. Dans ce cas, l'avantage d'un jeu de cartes est de faciliter l'association entre le signe et l'arbre dans l'esprit de l'interprète, ce que font admirablement les deux jeux présentés lors de ce thé découverte. Si l'un illustre pour chaque lettre une scène qui inclut les principaux symboles qui lui sont associés (arbre, animal, etc.), l'autre fait preuve d'une grande subtilité en donnant la part belle aux arbres et en faisant ressortir la manière dont les Celtes pouvaient les considérer en leur prêtant des traits anthropomorphiques, ce qui les rend plus vivants que jamais.

 

Sept. 2017, Runes et langages magiques (jeux)

 

Les jeux présentés lors de cette séance étaient variés tant dans les traditions qu'ils mettaient en valeur que dans leurs identités artistiques. Voilà qui a permis de faire ressortir plusieurs des principaux aspects propres à chacun des langages magiques abordés et de couvrir le panorama le plus large possible les concernant. Ces différents tarots et oracles ont beaucoup plu, chacun pour des raisons diverses, tantôt liées à leur structure et à leur symbolique, tantôt en raison du travail méticuleux réalisé par les artistes. Quant aux réserves plus ou moins appuyées émises par rapport à certains d'entre eux, elles n'ont fait qu'enrichir les discussions en permettant de réfléchir sur les supports que l'on utilise et sur la pertinence des références à certaines des traditions qui y figurent.

 

Sept. 2017, Runes et langages magiques (livres 1)

 

Durant ce thé découverte, j'ai régulièrement fait référence à des ouvrages qui aident à approfondir les sujets que nous avons abordée. N'ayant pas pu les faire figurer sur le document qui est distribué aux participants par manque de place, ils sont présentés sur les photographies ci-dessus et ci-dessous, et vous en trouverez les références bibliographiques à la fin de cet article. Sur la première photographie se trouvent les ouvrages concernant la Kabbale et le tarot d'Aleister Crowley. N'hésitez pas à les consulter et à vous les procurer : tous sont abordables en cela qu'ils présentent les différents concepts simplement, sans pour autant être simplistes.

La seconde photographie propose quant à elle quelques bonnes sources sur les mythologies germano-scandinaves et celtiques. Que vous en soyez déjà amateurs ou que vous les découvriez, je ne peux que vous recommander ces lectures qui vous aideront à mieux comprendre la vision du Monde qu'avaient ces populations !

 

Spet. 2017, Runes et langages magiques (livres 2)

 

Comme on peut le voir à travers ce long article, cette séance fut très riche en découvertes. Grâce à l'exploration des différents aspects liés aux langages magiques abordés, elle a permis aux participantes de se familiariser avec des traditions souvent méconnues et d'en apprendre davantage sur les thèmes examinés. Les solides bases acquises au cours de ce thé découverte les aideront sans nul doute à poursuivre leurs explorations en portant un regard critique sur les jeux qu'elles rencontreront.

Encore une fois, ce fut un bel après-midi, et j'ai eu beaucoup de plaisir à préparer cette rencontre et à l'animer. J'espère que les participantes en ont eu tout autant à y assister ! Je les remercie chaleureusement pour leur présence et pour leurs contributions qui n'ont fait qu'enrichir encore davantage cette séance !

 

À très bientôt autour d'un thé,
Morrigann Moonshadow

 

 

SUR LES PHOTOS :
Photo 1 (jeux) :

Tarot Oswald Wirth (Oswald Wirth). Neuhausen am Rheinfall, CH : AGM-AGMüller, 1976 [Le Livre de Thot(h), 1889].

The Smith-Waite Centennial Tarot Deck (Arthur Edward Waite, Pamela Colman Smith). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2009.

Thoth Tarot Deck (Aleister Crowley, Lady Frieda Harris). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc. 1978 [1943].

Oracle de la Triade (Dominike Duplaa). Montpellier : Gange Éditions, 1998.

La Magie des Runes (Voenix). Neuhausen am Rheinfall, CH : AGM-AGMüller, 1996.

Jeu de runes (bois).

Rune Oracle. Torino : Lo Scarabeo, 2004.

Madame Endora's Fortune Cards (Christine Filipak & Joseph Vargo). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2003.

The Green Man Tree Oracle: Ancient wisdom from the spirit of nature (John Matthews, Will Worthington). London: Connexions Book Publishing, 2008 [2003].

Ogham: the Celtic Oracle (Andy Baggott, Peter Pracownik). Neuhausen am Rheinfall, CH : AGMüller Urania, 2004.

 

Photo 2 (livres) :
La kabbale (Gershom Scholem). Paris : Éditions Gallimard [Folio Essais], 1998 [Les Éditions du Cerf ; Keter Publishing House Ltd, 1974].

L'Arbre de Vie selon la Cabale (Z'ev ben Shimon Halevi). Gordes : Les Éditions du Relié, 2009 [Warren Kenton, 1972 ; Éditions Albin Michel, 1985].

La kabbale : Les grands mystères des textes révélés (Samuel Gabirol). Paris : De Vecchi, 2007 [1988].

La Kabbale vivante (Daniel Beresniak). Paris : Éditions Véga, 2009 [Guy Trédaniel Éditeur, 1988].

La Kabbale (Daniel Souffir). Paris : Éditions Grancher [coll. ABC], 2008.

The Chicken Qabalah of Rabbi Lamed Ben Clifford (Lon Milo Duquette). York Beach, ME: Weiser Books, 2001.

The Book of Thoth (Aleister Crowley). San Francisco, CA: Red Wheel/Weiser, 2010 [New York, NY: Ordo Templi Orientis, 1944].

The Thoth Companion: The Key to the True Symbolic Meaning of the Thoth Tarot (Michael Osiris Snuffin). Woodbury, MN: Llewellyn Worldwide, 2009.

Understanding Aleister Crowley's Thoth Tarot: an authoritative examination of the world's most fascinating and magical tarot cards (Lon Milo Duquette). San Francisco, CA - Newburyport, MA: Weiser Books, 2003 [Red Wheel/Weiser].

 

Photo 3 (livres, suite) :
L'Edda Poétique (trad., éd. & ann. Régis Boyer). Paris : Fayard [coll. L'espace intérieur], 1992.

L'Edda : Récits de mythologie nordique par Snorri Sturluson (Snorri Sturluson, trad., éd. & ann. François-Xavier Dillmann). Paris : Éditions Gallimard [coll. L'aube des peuples], 1991.

Les Druides (Christian-J. Guyonvarc'h, Françoise Leroux). Rennes : Éditions Ouest-France, 1986.

Les Celtes : histoire et dictionnaire (Venceslas Kruta). Paris : Robert Laffont [coll. Bouquins], 2000.

L'Alphabet des arbres (Myriam Philibert). Monaco : Éditions du Rocher, 2006.

Mai 2017,  La Roue de l'Année

Un thé découverte au rythme de la Roue de l'Année

Le samedi 13 mai s'est tenu le thé découverte sur le thème de la Roue de l'Année. Ce fut l'occasion de revenir sur ce concept cher à la Wicca en particulier et au Néo-Paganisme en général bien qu'on l'y retrouve également sous d'autres noms ou adoptant d'autres formes.

Dans un premier temps, nous avons détaillé chacune des huit fêtes – aussi appelées sabbats – en les positionnant sur la Roue, les situant ainsi à la fois dans l'espace et dans le temps. Ceci a permis de mettre en évidence les différentes étapes du cycle des saisons et de constater que chaque sabbat est le reflet d'un autre, comme une sorte de contrepoids complémentaire. Par exemple, Samhain et Beltane qui se font face véhiculent des notions similaires, mais de manière différente. En effet, s'il est bien connu que Samhain est associé à la peur, cet aspect, qui semble secondaire à Beltane, est pourtant bien plus présent qu'il n'y paraît au premier abord. En réalité, ces deux fêtes sont deux portes ouvertes sur l'Autre Monde : à Samhain, le Voile séparant les deux mondes s'affine au maximum pour permettre aux défunts et aux Êtres Surnaturels d'interagir directement avec les humains ; à Beltane, qui se situe à l'apogée du printemps, les divinités de la nature viennent fertiliser le monde. Or, les Chrétiens assimilaient ces divinités à l'activité sexuelle abondante à des démons et des diables, d'où la peur qu'inspirait aux non-païens cette fête. De plus, les rituels effectués par les Païens durant la nuit qui précédait Beltane (appelée Nuit de Walpurgis) pour canaliser les énergies de fertilité et aider ainsi ces Êtres Surnaturels à faire leur œuvre étaient largement condamnés par les Chrétiens qui les accusaient de s'adonner à des orgies avec les créatures du Mal. C'est ainsi que s'est construite dans l'imaginaire populaire l'idée de danger et de peur qui est souvent associée à Beltane. Pourtant, qu'il s'agisse de Samhain ou de Beltane, il est seulement question d'interactions avec l'Autre Monde, et donc avec des êtres qui ne veulent ni bien ni mal aux humains.

Le même type d'observations peut être développé avec les autres fêtes. Pour donner un autre exemple, Yule et Litha sont aussi des exemples de complémentarité parfaite. En effet, Yule est le jour le plus court de l'année tandis que Litha est le plus long, ce qui implique que le premier va de pair avec la nuit la plus longue et le second avec la nuit la plus courte. Sur le plan mythique, ces deux sabbats sont complémentaires aussi dans les aspects du Dieu qu'ils mettent en avant : à Yule, au moment où le soleil est le plus faible, le Dieu est incarné par le Roi Houx vieillissant et prêt à se retirer une fois qu'il aura perdu son combat contre le Roi Chêne qui représente le jeune Dieu qui lui succède en gagnant en force et en puissance jusqu'à Litha, son apogée. À Litha, qui marque le solstice d'été, l'énergie du Dieu est à son plus haut point, ce qui implique qu'à partir de ce moment elle ne peut que décliner. C'est pourquoi le Roi Chêne cède la place au Roi Houx, qui accompagnera le déclin du soleil jusqu'au solstice d'hiver qui aura lieu à Yule.

Bien sûr, la mise en relief de ces correspondances fascinantes – sur lesquelles il y a beaucoup à dire – fut aussi l'opportunité de revenir sur les principaux aspects et caractéristiques de chaque sabbat. Nous avons ainsi pu aborder les coutumes et les traditions qui sont observées lors de chaque fête en parallèle à ce qu'elles représentent sur le plan mythique et au niveau des différentes étapes qui composent le cycle de l'année.

Mai 2017,  La Roue de l'Année

Une fois tous ces points examinés, nous avons pu passer à la présentation de divers jeux divinatoires, qui s'est déroulée en deux temps. Tout d'abord, nous avons découvert des tarots et des oracles incluant une ou plusieurs illustrations directement liées à la Roue de l'Année. Ainsi, nous avons pu observer différentes représentations de la Roue de l'Année selon le contexte et l'angle offerts par les jeux. Certaines, plutôt classiques même si chaque artiste a fait un superbe travail pour y apporter sa vision, montrent les huit sabbats disposés sur une roue. Chacun est identifié par un symbole qui lui est propre et se trouve face à celui qui le complète. D'autres représentations sont plus originales en dépeignant le cycle des saisons et ses différentes étapes à travers l'illustration du cycle mythique de la vie du Dieu et de la Déesse comme c'est le cas dans le très beau Tarot of the Old Path. Ainsi, l'intérieur d'un cercle est divisé en deux parties égales dont la partie supérieure est baignée de la lumière du soleil tandis que la partie inférieure se trouve dans l'obscurité et n'est éclairée que par la lune et les étoiles. Chaque partie met en avant les événements et traditions correspondant aux sabbats qu'elle contient, allant de l'éveil de la nature aux premières récoltes pour la première en passant par le sommeil de la Déesse, le repos de la nature et l'introspection pour la seconde.

D'autres jeux, très souvent des oracles, consacrent une carte à chaque sabbat, ce qui permet non seulement de détailler la Roue de l'Année, mais aussi dans la plupart des cas de dater les événements qui ressortent dans les tirages. En outre, il est aussi possible grâce à ces cartes d'avoir un aperçu des énergies qui animent chaque situation ou événement afin de mieux en comprendre les fonctionnements et, pourquoi pas, d'y apporter l'énergie complémentaire qui permettra aux projets d'aboutir ou au contraire de se détacher plus sereinement de ce qui nous empêche d'avancer ou de trouver des solutions pour résoudre les problèmes qui peuvent se poser.

Dans un second temps, nous avons examiné des jeux qui, dans leur composition, mettent les saisons à l'honneur. Les oracles concernés sont très souvent structurés en quatre parties dont chacune est placée sous le signe de l'une des quatre saisons. C'est le cas par exemple du très joli Faerie Wisdom, dans lequel on trouve treize fées différentes par section, toutes associées par leur nature et leur type à la saison qu'elles illustrent dans les multiples cultures dont elles sont issues. Lorsque des tarots font référence aux saisons, ils le font à travers les lames mineures, dont ils associent chaque suite à une saison. Ainsi, les correspondances sont habituellement : Bâtons/Printemps, Coupes/Été, Épées/Automne, et Pentacles/Hiver. Bien sûr, certains jeux présentent d'autres associations en fonction de l'angle d'approche qui leur est propre. En rapprochant les suites de lames mineures des saisons, ces jeux continuent la tradition qui existe déjà dans le tarot, qu'il soit de type Marseille ou Rider-Waite Smith. Ils la développent et l'adaptent aux thèmes qu'ils adoptent avec beaucoup de subtilité, ce qui permet d'avoir des visions différentes et d'affiner la manière dont on envisage les événements et la façon dont ils se présentent.

 

Ce thé découverte fut encore une fois un après-midi riche en belles découvertes, entre jeux rares et jeux originaux dans leur forme et leur structure. Je remercie chaleureusement l'unique participante, une amie avec qui j'ai eu grand plaisir à partager cette séance passionnante. La pertinence de ses contributions, sa bonne humeur et son humour ont largement aidé à mettre en valeur les multiples aspects de la Roue de l'Année !

J'ai déjà hâte d'être à la prochaine séance, qui aura lieu le samedi 10 juin 2017 ! Pour vous y inscrire, n'hésitez pas à me contacter avant le mercredi 07 juin au soir !

Au plaisir de vous retrouver autour d'un thé,
Morrigann

 

 

SUR LA PHOTO :
The Well Worn Path (Raven Grimassi, Stephanie Taylor, Mickie Mueller). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2005.

The Hidden Path (Raven Grimassi, Stephanie Taylor, Mickie Mueller). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2007.

Tarot of the Old Path: the Magic Tarot of Female Energies and Wisdom (Sylvia Gainsford, Howard Rodway). Neuhausen am Rheinfall: AGMüller Urania, 1990.

The Green Witch Tarot (Ann Moura, Kiri Østergaard Leonard). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2015.

Wiccan Cards (Nada Mesar, Chatriya Hemharnvibul). Torino: Lo Scarabeo, 2005.

Faerie Wisdom (Gillian Kemp). London - New York: Cico Nooks, 2008 [2003].

Faerie Tarot (Nathalie Hertz). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2008.

The Victorian Fairy Tarot (Lunaea Weatherstone, Gary Lippincott). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2013.

Avril 2017, Nuit de Walpurgis

Thé découverte d'avril - La Nuit de Walpurgis: entre mythes, superstitions et réalité

Ce samedi 22 avril, j'ai eu le plaisir d'animer le thé découverte sur la Nuit de Walpurgis, abordant ainsi un thème qui m'est cher et que je trouve fascinant bien qu'il soit largement méconnu du grand public. En effet, le moins que l'on puisse dire, c'est que s'il est un moment de l'année qui a mauvaise réputation, c'est bien la nuit du 30 avril au 1er mai ! La Nuit de Walpurgis inquiète, fait peur, terrifie, et est le théâtre des superstitions et des fantasmes les plus fous, si bien que les histoires que l'on raconte à son sujet dépassent de loin la réalité. C'est pourquoi j'ai souhaité à travers ce thé découverte revenir sur les origines de cette fête à travers ses racines païennes et sur la manière dont elle a été perçue au fil des siècles par le monde christianisé.

Dans un premier temps, nous nous sommes donc penchés sur le nom de cette fête, que l'on doit à Sainte Walpurgis (ou Walburge, Walpurge, etc. selon les graphies), une missionnaire anglaise qui vécut au VIIIème siècle et qui fut envoyée dans une région de l'Allemagne afin de la christianiser. À sa mort, on la commémora en décidant de la fêter le 1er mai, qui était aussi le jour de Beltane pour les Païens. La Nuit de Walpurgis fut dès lors celle qui menait au jour des célébrations de Sainte Walpurgis.

Mais alors, si cette fête apparaît comme chrétienne, comment se fait-il qu'elle ait la réputation d'être la nuit des diables et des démons ? La réponse est très simple : parce qu'à peu de choses près, a Nuit de Walpurgis n'a de chrétien... que son nom ! Comme je l'ai dit plus haut, elle coïncide avec l'arrivée du sabbat de Beltane, qui marque le point culminant du printemps, c'est-à-dire celui où les énergies de la saison sont au plus haut. Aussi, Beltane célèbre la fertilité, que ce soit celle de la nature ou celle des hommes. Les arbres sont en fleurs et les premiers fruits sont sur le point d'apparaître, et sur le plan mythique les deux forces motrices de la nature – incarnées par le Dieu et la Déesse – s'unissent et la fertilisent. Aussi, la nuit qui précédait Beltane était importante pour les Païens qui, à travers leurs rituels, œuvraient à aider les divinités de la nature à fertiliser le monde en concentrant les énergies ambiantes et en les dirigeant vers cet objectif. Pour les Chrétiens, ces divinités n'étaient autres que des diables et des démons, car tout ce qui était directement lié à la fertilité – et, par extension, à la sexualité – était tabou et relevait du Mal. Aussi, on raconta que ces traditions ancestrales visaient en réalité à appeler les diables et les démons et à leur permettre d'œuvrer sur la terre comme bon leur semblait, d'où le danger et la terreur désormais associés à la nuit du 30 avril au 1er mai.

Comme si les superstitions ne suffisaient pas, un phénomène naturel est venu appuyer au yeux de ceux qui en furent témoins l'idée selon laquelle les célébrations de la Nuit de Walpurgis libérait diables et démons. L'anecdote se déroule dans le massif montagneux de Harz en Allemagne sur le mont Brocken, où l'on raconte que des femmes s'étaient réunies pour de bien étranges pratiques. Des témoins affirmèrent qu'ils avaient vu des ombres inquiétantes, celles de diables et de démons, danser avec ces femmes au cours de leur célébration. Bien sûr, on raconta sans tarder que ces femmes étaient des sorcières en plein sabbat et qu'elles avaient convoqué ces créatures infernales pour les assister dans leurs sombres desseins. Il n'y avait pourtant ni démons ni diables ce soir-là sur le mont Brocken puisque les témoins ont simplement été victimes d'une illusion d'optique due à un jeu d'ombres et de lumière propre à l'endroit, que l'on appelle communément « spectre du Brocken ». Lorsque cela se produit, les objets et les personnes sont agrandis grâce aux ombres qui sont projetées, et à l'époque où l'épisode du sabbat s'est produit, la science n'avait pas encore expliqué ce phénomène.

Voilà qui a donc largement contribué à amplifier encore davantage la terreur que suscitait la Nuit de Walpurgis, mais aussi à construire encore plus solidement la figure de la sorcière. C'est pourquoi nous nous sommes interrogés sur les raisons qui ont fait que certaines femmes ont été perçues comme des sorcières, que ce soit au Moyen Âge ou au-delà. À travers nos explorations, nous nous sommes rendu compte que l'image de la sorcière malfaisante, celle de la fiancée du Diable que l'on redoutait dans le monde christianisé, a été fabriquée de toutes pièces pour des raisons à la fois religieuses certes, mais aussi en raison des convictions et des frustrations personnelles de certaines des principales figures de l'Inquisition. C'est ainsi que nous avons examiné l'histoire et parcouru brièvement le contenu du Malleus Maleficarum, rédigé par Heinrich Kramer, aussi connu en tant que Henri Institoris. Également appelé Marteau des Sorcières, ce traité publié en 1486-1487 explique de manière très détaillée les différentes accusations dont peuvent avoir à répondre les sorcières, mais aussi les multiples manières de leur faire avouer leurs accointances avec le Diable, d'où son titre : cet ouvrage constitue l'arme permettant de combattre la sorcellerie sous toutes ses formes, et il est le meilleur allié de celui qui veut débarrasser le monde de ce fléau. Il n'est bien sûr pas le seul manuel publié pour faciliter le travail des inquisiteurs, mais son contenu particulièrement choquant et son histoire invraisemblable en font l'ouvrage le plus remarquable sur la question, et sans doute le meilleur témoin de la légitimation de la folie d'un homme (Heinrich Kramer).

Thé découverte d'avril 2017 - Nuit de Walpurgis

Une fois ces points de répère posés, nous avons examiné plusieurs jeux divinatoires qui reprennent des thèmes qui coïncident avec ceux mis en avant par la Nuit de Walpurgis. Les sorcières y ont été largement à l'honneur, et ce sous différents aspects : bienveillantes ou maléfiques, belles ou effrayantes, mais dans tous les cas fascinantes. La figure de la sorcière a été largement exploitée dans les tarots et les oracles, aussi bien celle des contes de fées que celle de la mystérieuse femme qui vit seule à l'écart du village ou de la ville, ou encore celle de la sorcière « moderne », qui n'est autre qu'une femme... tout simplement ! Car en réalité, c'est ce qu'elle a toujours été : une femme, qui doit ses « pouvoirs » à son instruction et à la connaissance de son environnement, ce qui lui permet de dépasser la condition d'objet à laquelle elle a été trop souvent reléguée au cours de l'histoire.

Les démons furent également à l'honneur grâce à un très beau jeu (au centre de la photo) inspiré du Dictionnaire Infernal. En observant les représentations de ces figures, les liens entre certains de ces démons et les divinités de la fertilité dont il est question pendant la Nuit de Walpurgis et qui agissent à Beltane sont venus nourrir nos réflexions.

Enfin, la Nuit de Walpurgis faisant partie intégrante de certains pans de la culture populaire notamment en ce qui concerne la littérature avec l'image du vampire sur laquelle Bram Stoker a laissé une empreinte indélébile, cette rencontre a également permis de découvrir des jeux dédiés à ces « enfants de la nuit ». En effet, dans sa nouvelle Dracula's Guest (L'Invité de Dracula), il est question de cette nuit démoniaque au cours de laquelle on peut rencontrer les pires créatures qui soient... y compris des vampires ! On remarque d'ailleurs que dans l'adaptation cinématographique « Dracula » de Tod Browning avec Bela Lugosi, c'est au cours de cette nuit que Jonathan Harker arrive dans les Carpathes pour se rendre chez le Comte. Les villageois qu'il rencontre sont terrorisés et l'intiment de ne pas se rendre à ce rendez-vous qui à leur sens sera nécessairement funeste. Les jeux présentés qui mettaient en avant les vampires ont là aussi montré différentes facettes de ces créatures à la fois fascinantes, profondes et ambiguës.

 

Je remercie très chaleureusement l'unique participante à ce thé découverte, car j'ai été ravie de partager ce bel après-midi avec elle, qui fut un moment privilégié. Ainsi, nous avons pu échanger autour du thème du jour en abordant de nombreux aspects des problématiques qu'il soulevait, ce qui s'est révélé très enrichissant. Nous avons pu approfondir les multiples sujets abordés, ce qui nous a même menées à nous interroger sur certains préjugés et enjeux qui perdurent encore aujourd'hui dans nos sociétés.

J'ai déjà hâte de renouveler ces échanges passionnants lors des prochaines séances, car c'est toujours pour moi un immense plaisir que de partager ma passion de la cartomancie avec d'autres passionnés, mais aussi avec des curieux qui souhaitent en apprendre davantage sur cette discipline souvent méconnue. La prochaine séance approche à grands pas et je me réjouis déjà à l'idée de vous y retrouver !

Au plaisir d'échanger avec vous autour d'un thé,
Morrigann

 

 

SUR LA PHOTO :
Good Witch, Bad Witch: Sweet Spells and Dark Charms (Gillian Kemp, Emma Garner). Boston – New York – London: Bulfinch Press (Little, Brown and Company, Inc.), 2002.

Witchlings (Paulina Cassidy). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2014.

The Tarot of the Vampyres (Ian Daniels). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 2010.

The Daemon Tarot: the Forbidden Wisdom of the Infernal Dictionary (Ariana Osborne, Louis Breton). New York, NY: Sterling Ethos, 2013.

Les Vampires: Ancient Wisdom & Healing Messages from the Children of the Night (Lucy Cavendish, Jasmine Becket-Griffith). Victoria, AUS: Blue Angel Publishing, 2014.

The Gothic Tarot (Joseph Vargo). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2002.

The Vampires: Tarot of the Eternal Night (Patrizia Nati, Davide Corsi). Torino: Lo Scarabeo, 2009.

Mars 2017, Les Mythologies Celtiques

Les mythologies celtiques à l'honneur pour le thé découverte de mars!

Au lendemain de la Saint Patrick, nos explorations mensuelles nous ont transportés en terres celtes. De l'Irlande à la Bretagne en passant par le Pays de Galles, nous avons ainsi abordé le vaste thème des mythologies celtiques tout en examinant de quelles manières celles-ci sont illustrées dans les supports divinatoires.

Dans un premier temps, j'ai présenté les différentes traditions mythologiques à travers les grands récits qui nous sont parvenus. Parmi ces sources, le Lebor Gabála Érenn raconte la pseudo-préhistoire de l'Irlande à travers les cinq conquêtes mythiques que l'Île Verte a connues. Acallam na Sénorach est un récit qui confronte l'ancien monde (païen) et le nouveau monde (chrétien) en faisant état de dialogues entre des figures appartenant à chacun. Ainsi, Oisín et Caílte mac Rónáin, incarnent les anciennes traditions et viennent par conséquent de l'Autre Monde tel que l'envisageaient les Irlandais. Ils racontent à Saint Patrick nouvellement arrivé en Irlande les exploits des Fianna (dont ils font partie), que ce dernier n'a pu connaître de son vivant puisqu'ils ont eu lieu à une époque révolue, celle du héros Finn mac Cumaill et de ses guerriers légendaires.

Côté gallois, les Mabinogion ont retenu notre attention. Cet ensemble de textes présente en quatre branches – auxquelles viennent s'ajouter des fragments complémentaires issus du légendaire gallois – une série de contes héroïques dont certains mettent en scène le roi Arthur et ses compagnons de quête. On y trouve notamment l'une des premières mentions d'Excalibur, alors appelée Caledfwlch.

La Bretagne, qui comprend à la fois l'Armorique et le territoire s'étendant outre-Manche, nous a permis de nous intéresser au mythe arthurien et à ses multiples formes. Nous sommes alors interrogés sur les raisons qui ont poussé certains auteurs à écrire sur celui que l'on appelle communément the once and future king (i.e. « le roi qui fut et qui sera à nouveau ») et avons observé en quoi les nombreuses versions de la légende montrent le monde arthurien sous des angles différents, tantôt païens, tantôt chrétiens, et le plus souvent mêlant ces deux visions du Monde, témoignant ainsi de la cohabitation entre les deux et du glissement progressif de l'une vers l'autre.

Cette brève introduction aux mondes celtes nous a également permis de poser des repères quant à la façon dont les Celtes voyaient le Monde. Nous avons évoqué en quoi la culture orale rend la tâche du chercheur complexe en raison du peu de sources qui ont été écrites par les clercs (et souvent réarrangées par leurs soins). En effet, nombreux sont les épisodes mythiques qui n'ont pu traverser les siècles et ont disparu avec ceux qui les portaient en eux sans pouvoir les écrire. C'est pourquoi certains aspects liés à différentes étapes des mythes manquent et demeureront mystérieux... à moins bien sûr que l'on ne retrouve des manuscrits qui nous sont encore inconnus !

 

Mars 2017, Les Mythologies Celtiques

 

Une fois les principales caractéristiques des mythologies celtiques établies et les principaux repères posés, nous avons pu explorer de quelle façon ils sont exploités dans les jeux divinatoires. Nous nous sommes d'abord interrogés sur la présence de symboles renvoyant à ces cultures dans les supports classiques, puis nous avons examiné des tarots et des oracles ayant pour thème principal les mythologies celtiques. Voilà qui a mis en avant de très beaux jeux qui nous ont transportés dans ces mondes légendaires à la manière de fenêtres ouvertes sur des dimensions oniriques. De la Gaule à l'Irlande en passant par le Pays de Galles et le mythe arthurien, un large éventail de thématiques a été abordé grâce à des supports dont certains ont provoqué de véritables coups de foudre parmi les participants.

Enfin, nous avons terminé avec des jeux qui, s'ils ne mettent pas les mythologies celtiques en leur centre, les mentionnent à travers certaines des figures choisies par leurs créateurs pour incarner les archétypes du tarot ou les notions véhiculées par l'oracle. Là encore, de belles surprises attendaient les participants !

 

Ce thé découverte fut un très beau moment et j'ai été ravie d'avoir accueilli à la fois des habitués et des nouveaux venus. Je suis très heureuse d'avoir pu partager ma passion pour les cultures, mythologies et littératures celtiques avec des participants curieux et intéressés dont les questions et les remarques sont venues enrichir les discussions passionnantes qui se sont tenues durant ces quelques heures. Je remercie vivement les personnes présentes, à la fois pour leur enthousiasme et leur bonne humeur, mais aussi pour leurs interventions pertinentes qui n'ont rendu cette rencontre que plus vivante. J'espère que vous avez eu autant de plaisir à participer à cette séance que j'en ai eu à la préparer !

J'espère avoir très prochainement l'occasion de prolonger nos explorations en votre compagnie ! Le thé découverte d'avril sur la Nuit de Walpurgis promet lui aussi de belles surprises que j'ai hâte de partager avec vous !

À très bientôt autour d'un thé,
Morrigann

 

 

SUR LA PHOTO :
Les Tarots Celtiques (Laura Tuan, M. Ameli). Paris : Éditions De Vecchi, 1998.

Le Tarot des Druides (Giordano Berti, Bepi Vigna ; Antonio Lupatelli, Severino Baraldi). Torino : Lo Scarabeo, 2004.

Chrysalis Tarot (Toney Brooks, Holly Sierra). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2014.

Fantastical Creatures Tarot (D.J. Conway, Lisa Hunt). Stamford, CT: U.S. Games Systems, 2007.

Madame Endora's Fortune Cards (Christine Filipak, Joseph Vargo). Cleveland, OH: Monolith Graphics, 2003.

The Rider Tarot Deck (Arthur Edward Waite, Pamela Colman Smith). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2007 [Rider: 1911 ; U.S. Games Systems, Inc., 1971, 2005].

The Llewellyn Tarot (Anna-Marie Ferguson). Woodbury, MN: Llewellyn Worldwide, 2006.

Legend: the Arthurian Tarot (Anna-Marie Ferguson). Woodbury, MN: Llewellyn Publications, 1995.

The Camelot Oracle: A quest for wisdom through the Arthurian world (John Matthews, Will Worthington). London: Connections Book Publishing, 2012.

The Complete Arthurian Tarot (Caitlín and John Matthews, Miranda Gray). London: Connections Book Publishing, 2014 [Miranda Gray, The Arthurian Tarot, Aquarian, 1990].