Détectives aux Arcanes

Réunion de février, La Comtesse Sanglante

Les Détectives aux Arcanes sur les traces de la Comtesse Sanglante

Le samedi 10 février s'est tenue la première réunion des Détectives aux Arcanes de 2018. Bravant le froid parisien du cœur de l'hiver, deux détectives étaient présentes pour mener l'enquête à l'aide de tarots de type Rider-Waite Smith. Lors de cette séance de travail, nous avons aidé le Comte Ferenc Nádasdy de Nádasd et Fogarasföld à faire tant bien que mal la lumière sur le mystère qui entoure sa tristement célèbre ancêtre. Cette affaire n'a pas manqué de susciter les interrogations... et d'éveiller les passions !

 

Au cœur de l'un des épisodes les plus sombres de l'Histoire
La lettre envoyée à travers le temps et l'espace par le Comte Ferenc Nádasdy de Nádasd et Fogarasföld nous plongea dès les premiers paragraphes au cœur de l'un des épisodes les plus mystérieux et les plus sombres que l'Europe ait connus jusqu'à présent. Si le Comte se montra d'abord hésitant quant à nous révéler l'identité de sa grand-mère, il lui fallut bien en passer par-là, ce qu'il se résolut à faire tant il avait besoin de notre aide. Sa demande était claire : il sollicitait les compétences des Détectives aux Arcanes afin que nous l'éclairions sur les zones d'ombre qui demeurent en ce qui concerne les agissements prétendument meurtriers et sanglants de sa grand-mère, la Comtesse Erzsébet Báthory. En effet, celle-ci fut accusée d'avoir tué, battu, torturé et mutilé un nombre impressionnant de jeunes filles, ce pour quoi elle fut arrêtée et condamnée à être enfermée dans son château jusqu'à ce que mort s'en suive.

Toutefois, d'après son descendant, la culpabilité d'Erzsébet Báthory ne serait pas aussi évidente qu'il y paraît, car les preuves en seraient bien minces. Comme il nous l'expliquait dans sa lettre, les témoignages qui accablaient la Comtesse étaient soit issus de rumeurs qui se répandaient comme des traînées de poudre, soit obtenus sous la torture, ce qui remet en question leur fiabilité et leur objectivité.

Par ailleurs, Erzsébet était issue d'une très riche famille et avait épousé un homme qui ne l'était pas moins d'une part, et possédait un fort tempérament qui en faisait une femme de caractère et respectée à la Cour comme sur ses terres d'autre part. Cette force de caractère lui avait été nécessaire au quotidien pour diriger son château, en gérer les comptes et défendre ses terres des tentatives d'invasions et des révoltes paysannes lorsque son époux partait à la guerre.

Au décès de celui-ci en 1604, elle se retrouva seule à la tête de ses domaines et dut en assumer l'entière responsabilité. Ne bénéficiant plus de la solde de son héros militaire de mari, elle voyait sa fortune s'amenuiser progressivement et craignait à terme de ne plus pouvoir s'acquitter des tâches qui lui incombaient. Elle entreprit donc de réclamer au roi Mátyás qu'il lui remboursât la dette colossale qu'il avait contractée auprès du couple. En effet, Ferenc Nádasdy (l'époux de la Comtesse) avait en grande partie financé les coûteuses guerres que le royaume de Hongrie avait menées dernièrement car les caisses du roi n'étaient pas suffisamment pourvues. Mátyás n'avait jamais remboursé car sa situation financière ne s'était pas améliorée. Lorsqu'Erzsébet se mit à se rendre régulièrement à la Cour pour réclamer son dû, sa démarche agaça le roi et son premier ministre György Thurzó, et le roi n'était pas plus disposé qu'avant à lui restituer ce qu'il devait.

Dans sa lettre, le petit-fils remarquait que Mátyás et Thurzó avaient tout intérêt à écarter la Comtesse et à la museler, car celle-ci était de toute façon plus riche et plus puissante que le roi, même amputée d'une partie de sa fortune. Aux yeux du roi et de son premier ministre, elle constituait donc une véritable menace pour le pouvoir en place, et il fallait trouver une solution à cette gêne. D'après son petit-fils, il est donc possible qu'ils aient appuyé les rumeurs qui avaient commencé à se répandre pour justifier une arrestation qui mènerait à la confiscation des possessions de la Comtesse. Celles-ci pourraient alors être récupérées par le roi et la dette serait effacée !

En parallèle, des rumeurs se répandaient au sujet de la Comtesse, que l'on associait aux nombreuses disparitions de jeunes filles qui avaient lieu sur ses terres d'après ce qui se disait. On racontait qu'elle frappait, torturait, mutilait et tuait des jeunes filles âgées de 10 à 14 ans dans son château avec l'aide de quelques complices parmi lesquels la mystérieuse Anna Darvolya, une sorcière croate qui se serait arrivée en 1601. Selon les rumeurs, cette dernière pratiquait la magie noire et la sorcellerie et avait initié la Comtesse et ses complices à la torture, qu'elle leur avait enseignée avec le plus grand soin. Des rumeurs affirmant qu'elle torturait et tuait au vu et au su de la Comtesse et de son époux avaient émergé dès 1601, mais l'époux d'Erzsébet était parvenu à les contenir et à les faire taire. À sa mort, la Comtesse se retrouva seule face à cela et ne put rien faire pour empêcher les bruits de se répandre ou les rumeurs d'enfler. Par ailleurs, il était coutume dans la culture populaire de l'époque de faire des veuves des boucs-émissaires en les associant au Diable et en les accusant de pratiquer la sorcellerie et la magie noire. Erzsébet n'échappa donc pas à la tradition et il ne fallut pas longtemps avant que les pires horreurs circulent à son sujet.

En 1610, le roi envoya Thurzó arrêter la Comtesse, qui venait d'afficher son soutien officiel à son cousin qui comptait mener une guerre contre lui. Le motif officiel de l'arrestation fut le massacre particulièrement sanglant des jeunes filles, et l'on sait même d'après une lettre qu'il écrivit à son épouse que Thurzó la prit « en flagrant délit ». On sait aussi qu'avant de partir, il avait l'intention de l'arrêter en flagrant délit, ce qui rend bien sûr la chose curieuse. Enfin, une fois l'arrestation terminée, le premier ministre s'est précipité à la recherche des bijoux de la Comtesse, qu'il trouva et offrit à son épouse !

Tous ces éléments, d'après notre correspondant, rendaient plus que douteuses les accusations qui pèsent encore sur sa grand-mère. Il insista également sur le fait que les témoignages des complices d'Erzsébet ont été recueillis sous la torture, ce qui les rend par définition irrecevables. Il remarqua également des similitudes étonnantes dans le vocabulaire et les structures de phrases employés par l'ensemble des témoins, ce qui est impossible compte tenu de l'éloignement géographique de leur lieu de résidence.

Après avoir pris connaissance des faits et des doutes du petit-fils d'Erzsébet Báthory, nous avons décidé de l'aider en essayant de mettre en évidence des éléments qui pourraient mener à l'innocenter ou au contraire à confirmer sa culpabilité. Nos cartes en main, nous nous sommes donc immergées dans la Hongrie du début du XVIIème siècle et avons examiné plusieurs aspects de cette affaire.

 

Une femme qui dérange ?
Erzsébet Báthory (1560-1614)Bien qu'au centre de l'affaire puisque celle-ci la concernait directement, Erzsébet Báthory en restait toutefois la grande muette puisqu'à aucun moment sa voix n'avait été entendue. Jamais elle n'avait confessé les crimes qui lui étaient reprochés, pas plus qu'elle n'avait été jugée. Aussi, elle fut la première piste explorée par les Détectives aux Arcanes. Il est d'ailleurs très intéressant de noter que lorsque nous avons travaillé à l'établissement de nos démarches d'investigations respectives chacune de notre côté, nous avons toutes eu la même idée : celle de nous interroger sur les faits et gestes et sur l'environnement direct de la Comtesse.

Dans les tirages que nous avons effectués, il est ressorti qu'Erzsébet évoluait dans un contexte qui lui était plutôt hostile et qui ne lui permettait pas d'avoir l'esprit tranquille. Nos cartes l'ont présentée comme une personne tourmentée par ce qui se passait autour d'elle, obligée de rester vigilante en toute circonstance afin de résister aux multiples attaques qui pouvaient surgir à tout moment. En effet, la région dans laquelle se trouvait le château de Csejthe où elle résidait alors était régulièrement troublée par des révoltes paysannes, mais aussi par les tentatives d'invasions quasi-constantes de la part des Turcs, qui étaient pour ainsi dire aux portes de la Hongrie.

À ces inquiétudes se joignaient celles concernant ses relations avec la Cour, qui n'étaient pas au beau-fixe. Nos tirages ont en effet mis en avant le fait que malgré les soucis quotidiens qui étaient les siens, Erzsébet n'avait rien perdu de sa puissance ou de son pouvoir, et ce en grande partie grâce à sa force de caractère hors du commun. Ce fort tempérament a été son principal appui, en particulier après le décès de son époux lorsqu'elle n'a plus bénéficié de son appui et de sa protection. Cet aspect est lui aussi ressorti dans nos tirages, et il a même été associé aux réclamations régulières qu'elle faisait au roi quant à la dette dont il lui était redevable. Les cartes ont en effet montré le manque de volonté du roi quant à un remboursement. D'après ce que nous avons pu constater, il était parfaitement conscient que cette situation lui serait préjudiciable tôt ou tard : non seulement avoir affaire à quelqu'un de plus riche que lui le plaçait dans une position très inconfortable et fragilisait son autorité politique (il craignait de voir son pouvoir renversé à tout moment), mais son incapacité à rembourser sa dette (à une femme !) était tout de même quelque peu humiliante et pouvait remettre en question sa crédibilité.

Si nos tirages ont insisté sur la position peu confortable d'Erzsébet et sur les oppositions qu'elle rencontrait, l'état des lieux qu'ils ont dressé de son environnement n'a fait en revanche aucune allusion à quelque accès de violence remarquable que ce soit de la part de la Comtesse. Voilà un élément qui aurait pu être présent, mais si maltraitance particulière sur le personnel il y avait, les lames tirées n'y ont pas fait allusion. Elles se sont davantage concentrées sur le fort caractère d'Erzsébet qui l'a certes rendue gênante aux yeux du roi et de son premier ministre, mais qui lui a aussi permis d'affronter un contexte politique propice aux trahisons et aux complots.

 

La possibilité d'un complot
C'est donc tout naturellement que certaines détectives décidèrent de creuser la piste du complot politique afin de tenter de déterminer si les accusations qui avaient été portées à l'encontre de la Comtesse étaient fondées ou s'inscrivaient dans le cadre d'une machination visant à la mettre hors d'état de nuire. Qu'elles aient été obtenues lors de notre premier tour de tirages ou lors de tirages effectués spécifiquement pour explorer cette piste, les lames tirées ont été très cohérentes : nombreuses étaient celles qui évoquaient les complots, les trahisons et les attaques !

Il a été très intéressant de constater que certaines lames étaient présentes dans des tirages effectués par différentes détectives, ce qui a renforcé non seulement l'idée que la cartomancie ne tient pas du hasard, mais également celle selon laquelle la probabilité d'un complot politique ourdi par des personnes de pouvoir avait bien réussi à nuire à Erzsébet. Nos cartes la montraient en proie aux attaques non armées qui la privaient d'une partie de ses moyens (on pensera notamment à la dette non remboursée mais aussi à la rumeur qui peut faire office d'attaque verbale), mais aussi comme quelqu'un d'isolé sur le plan géographique. Or, la Comtesse résidait dans une région plutôt hostile, tant par le climat que par l'environnement naturel (forêt et montagne) et politique (révoltes paysannes régulières, tentatives constantes d'invasions de la part des Turcs). Naturellement isolée, il lui était peu aisé de communiquer avec la Cour en dehors de ses visites régulières. Voilà qui a, d'après nos cartes, joué en sa défaveur et qui a donné du grain à moudre à ceux qui souhaitaient sa chute, car cela leur a permis de confirmer et de véhiculer une image d'Erzsébet peu flatteuse qui a pu les aider à justifier son arrestation par la suite.

Par ailleurs, l'opposition entre l'immense fortune de la Comtesse et caisses (presque) vides du royaume est ressortie dans nos tirages. Nous avons ainsi constaté la convoitise que suscitaient les possessions d'Erzsébet Báthory qui, est-il nécessaire de le rappeler, faisait partie de la haute noblesse et comptait parmi les personnes les plus riches de Hongrie. Il est apparu clairement que l'on cherchait à confisquer les biens de la Comtesse.

Cette dernière est-elle restée inactive et indifférente à cette situation ? Compte tenu de son fort caractère, la réponse est sans surprise. Non seulement Erzsébet a tenté de récupérer son dû en se rendant régulièrement à la Cour pour réclamer le remboursement de la dette que le roi avait envers elle, mais elle a également fait son possible pour se défendre des accusations qui pesaient sur elle après son arrestation. En effet, elle avait entrepris d'écrire des lettres aux (nombreux) nobles avec lesquels elle entretenait de bonnes relations afin de leur demander leur aide et de clamer son innocence, mais Thurzó lui refusa la réception de tout soutien. Bien sûr, la Comtesse s'insurgea en informant de l'attitude injuste de ce dernier, l'accusant de chercher à nuire volontairement à sa réputation !

 

Le poids de la rumeur
La possibilité d'un complot se dégageait donc assez nettement de nos tirages, conjuguée à la présence de rumeurs qui auraient elles aussi pu nuire à Erzsébet Báthory. C'est donc tout naturellement que nous avons également décidé d'examiner cette piste afin de tenter de déterminer quel rôle ces rumeurs ont pu avoir dans cette affaire et dans quelle mesure elles ont pesé sur l'arrestation et la condamnation de la Comtesse.

C'est sans grande surprise que nos tirages ont confirmé ce qui planait déjà dans l'atmosphère des précédents : les histoires qui s'étaient répandues progressivement sur Erzsébet ont tenu un rôle central dans cette affaire. Il est clairement apparu que la solitude et l'isolement géographique de la Comtesse après le décès de son époux a pesé sur la manière dont elle était perçue, que ce soit par les habitants des environs, la petite noblesse ou, plus tard, par la Cour. Moins on avait de certitudes sur ce qui se passait au château, et plus on cherchait des explications, n'hésitant pas à trouver des corrélations avec d'hypothétiques disparitions qui auraient pu avoir lieu aux alentours du domaine de la Comtesse. Cette possibilité n'a pas été écartée par nos cartes qui ont laissé entendre qu'elle pourrait être l'une des explications aux horreurs qui ont été reprochées à Erzsébet.

Par ailleurs, ces rumeurs auraient été alimentées par ceux qui la considéraient comme un danger à cause de son fort caractère. On sait que certains puissants avaient tout intérêt à la voir tomber afin qu'elle cesse notamment de réclamer son dû, mais aussi afin de lui confisquer ses terres et toutes ses possessions, ce qui permettrait de renflouer les caisses du royaume. En effet, pour le roi, avoir une personne plus puissante que lui dans les parages – et, qui plus est, une femme ! – n'était pas sécurisant car il sentait son pouvoir menacé, d'autant que suite aux oppositions politiques qui émergèrent, la Comtesse révéla qu'elle avait le potentiel d'un redoutable adversaire. À travers nos tirages, il est apparu que Mátyás et Thurzó ont très certainement trouvé les rumeurs qui circulaient au sujet d'Erzsébet fort opportunes et qu'ils auraient saisi l'occasion de les utiliser afin de servir leurs desseins. Les histoires qui sont arrivées à leurs oreilles tombaient donc à point nommé et leur auraient fourni le prétexte qu'ils cherchaient.

Il est très intéressant de noter qu'à aucun moment nos tirages n'ont confirmé les rumeurs d'enlèvement, de torture et de meurtre qui enveloppaient Erzsébet. Bien sûr, il est évident compte tenu de l'époque et des coutumes d'alors que la Comtesse pouvait malmener son personnel, mais à aucun moment il n'est ressorti qu'elle était pire que les autres nobles. Si sadisme, torture et meurtres en série il y a eu, nous n'en avons trouvé aucune trace dans nos tirages. Certes, des jeunes filles disparaissaient, mais rien n'a permis de déterminer que cela était imputable à la Comtesse. Voilà qui relativise largement les faits qui lui étaient reprochés !

 

De l'usage de la sorcellerie et de la magie noire
Compte tenu de ces éléments, l'une de nos Détectives a souhaité pousser plus loin les explorations liées aux rumeurs, et notamment à celles qui concernaient la relation d'Erzsébet à la sorcellerie et à la magie noire. En effet, il était coutume à l'époque d'attribuer aux veuves des accointances avec le Diable et de dire qu'elles pratiquaient la sorcellerie et la magie noire. La Comtesse n'a bien sûr pas échappé à cette tradition, et il ne fallut pas longtemps pour qu'elle la subisse. La relation mystérieuse qu'elle entretenait avec Anna Darvolya s'est révélée au cœur de ces interrogations, qui ont trouvé des débuts de réponses dans le tirage de notre Détective.

Tout d'abord, il a révélé que la Comtesse s'adonnait très certainement à des pratiques occultes. Étaient-elles pour autant maléfiques et empreintes d'une indéniable intention de nuire ? Rien n'est moins sûr ! En effet, il est apparu que le recours à de tels usages ait été davantage motivé par le désir de se protéger d'éventuelles attaques que par celui de nuire à autrui. Les cartes tirées par notre Détective à ce propos ont été très claires et n'ont mis en lumière aucune mauvaise intention. En revanche, la notion de protection était quant à elle très présente.

Il est également très intéressant de remarquer que ces pratiques occultes étaient indéniablement marquées par la féminité. Non seulement il s'agissait de manières de femmes – en particulier d'une veuve –, mais la Comtesse n'était apparemment pas seule. En effet, le tirage faisait émerger la présence d'une autre femme à ses côtés et donnait quelques précisions sur la relation qui les liait. Il est certain qu'elles étaient très proches et qu'elles tenaient beaucoup l'une à l'autre. La lame évoquant cette relation laissait même entendre que cette affection mutuelle aurait pu être plus que de l'amitié. On reconnaît ici la mystérieuse Anna Darvolya, qui s'était installée au château du vivant de l'époux d'Erzsébet. Les rumeurs à son sujet étaient légion et certaines lui prêtaient en effet une relation lesbienne avec la Comtesse. Celle-ci a été montrée comme tout à fait possible par les cartes, et l'on peut même dire que les sentiments entre les deux femmes étaient sincères et profonds.

Les pratiques magiques auxquelles toutes deux se seraient adonnées auraient non seulement été employées à protéger le domaine et la Comtesse, mais elles auraient également bénéficié du lien qui les rapprochait. Celui-ci aurait en effet renforcé la portée des rituels, ce qui aurait manifestement aidé Erzsébet à conserver ses terres et ses possessions aussi longtemps après le décès de son époux. En revanche, nulle trace là encore de violences infligées par la torture, pas plus que de meurtres.

Dans l'ensemble, ce tirage a révélé que la Comtesse vivait avec son temps et en appliquait les coutumes, car il n'était pas rare de chercher une protection magique dans ces contrées isolées et hostiles. Par ailleurs, il a permis d'en apprendre davantage au sujet de la forte relation qui rapprochait Erzsébet et Anna Darvolya. Comme on l'imagine sans mal, cette relation a très certainement joué un rôle dans les accusations qui ont été formulées à l'encontre de la Comtesse !

 

Réunion de février, La Comtesse Sanglante

 

Retour en 2018
Après plus de deux heures d'enquête, le temps vint de dresser le bilan de nos explorations afin de voir où nos découvertes nous conduisaient. En rassemblant les différents éléments mis au jour, nous avons dû nous rendre à l'évidence : si Erzsébet était coupable des atrocités qu'on lui reprochait, rien ne permettait d'après nos tirages de confirmer ses funestes agissements. Au contraire, tout menait au renforcement des doutes qui subsistent encore aujourd'hui au sujet de la Comtesse, et les pistes pointant vers les complots et l'utilisation des rumeurs à son encontre n'ont cessé d'émerger à mesure que nous progressions dans nos tirages.

Voilà qui semblait confirmer la fragilité des « preuves » qui ont été retenues contre elle à l'époque et qui sont encore avancées aujourd'hui. En effet, qu'il s'agisse des témoignages recueillis lors des auditions des complices d'Erzsébet et des témoins ou du flagrant délit présumé rapporté par Thurzó lors de son arrestation, aucun élément matériel ne permet d'attester la fiabilité de ces déclarations et des faits auxquels elles font allusion. Or, en l'absence de confirmations provenant de sources autres que celles-ci, impossible de déterminer avec certitude de quoi il en retourne.

Par ailleurs, la plupart des schémas qui ont émergé de nos tirages tendaient à innocenter Erzsébet, ou du moins à limiter grandement sa responsabilité dans les faits qui lui étaient reprochés. Tout d'abord, l'exploration de la piste du complot a confirmé la vraisemblance de celui-ci, ce qui n'est pas insensé si l'on en juge par la position dominante d'Erzsébet dans la société hongroise et par son fort caractère qui en faisaient une personne gênante pour le pouvoir en place. Pour le roi et son premier ministre, elle constituait une réelle menace et il n'est pas impossible qu'en ces temps tourmentés ils aient souhaité l'éliminer dans le but d'asseoir davantage leur position et ainsi la sécuriser. Ensuite, les rumeurs qui se répandaient depuis le décès de Ferenc Nádasdy ne sont rien d'autre que des suppositions, car aucune preuve matérielle n'est venue les corroborer, que ce soit au niveau de la recherche scientifique ou de nos tirages. Il en va de même pour les dépositions des complices, qui ont été obtenues sous la torture, ce qui les fragilise énormément. Quant à la déclaration de Thurzó selon laquelle il aurait surpris la Comtesse en flagrant délit, là encore, rien ne vient la confirmer.

 

Quand la vérité devient une valeur relative
À l'issue de notre enquête, tout portait donc à croire qu'Erzsébet Báthory était innocente des horreurs dont on l'avait accusée. Pour autant, l'absence de preuves tangibles de sa culpabilité suffit-elle à la dédouaner de tout ? Rien n'est moins sûr !

Il faut en effet garder à l'esprit que l'absence de preuves accusatrices ne permet pas d'établir une certitude : rien ne dit que l'on ne retrouvera pas un jour, dans un vieux coffre ou dans une bibliothèque par exemple, un document, un objet ou tout autre élément qui prouverait la culpabilité de la Comtesse, ne serait-ce que pour une partie de ses crimes supposés. Lorsqu'on cherche à se forger une opinion sur cette affaire, il est indispensable de garder à l'esprit que nos réflexions ne peuvent s'appuyer que sur l'état actuel des connaissances et que celui-ci est sujet à évolution en fonction des éventuelles découvertes que feront les historiens.

Pour l'instant, il est donc impossible d'établir la vérité. Erzsébet n'a jamais avoué les crimes qui lui sont attribués, que ce soit par écrit ou par voie orale, et elle n'a jamais été jugée. À ce propos, l'intention du roi était d'ailleurs de recueillir son témoignage en employant la torture, ce qui aurait mené les chercheurs à le traiter avec la plus grande prudence.

La seule personne qui aurait été capable de faire la lumière sur cette affaire est Erzsébet elle-même, car elle seule savait si les accusations qui pesaient contre elle étaient justifiées ou non et si oui, dans quelle mesure elles l'étaient. Or à ce jour, on ne dispose d'aucun élément tangible et seuls l'examen minutieux des événements et une intime conviction permettent de se faire une idée de ce qui s'est passé. Cette intime conviction varie selon les chercheurs et les passionnés, et il est à ce jour impossible de dire avec certitude si la Comtesse était coupable de tout ce qu'on lui reprochait, si elle était coupable d'une partie des faits, ou si elle en était totalement innocente. Cela relève de chacun et à moins de nouvelles découvertes, il paraît bien difficile d'avoir une idée précise de ce qui s'est réellement passé.

 

Les leçons à retenir
Considérer la vérité comme une valeur relative peut être frustrant – et ça le fut pour les Détectives aux Arcanes ! –, mais ce point a fait partie des leçons apprises lors de cette réunion. Si les cartes permettent bien de mettre au jour des événements, des dynamiques, des sentiments et des émotions, il reste indispensable – même au meilleur des interprètes – de les considérer avec prudence. En effet, faire preuve d'une certitude hâtive mène souvent à l'erreur, et c'est précisément ce que l'on souhaite éviter en cartomancie. Qu'il s'agisse d'explorer un événement historique ou la situation d'un consultant qui vient nous voir, le but est de se rapprocher le plus possible de la vérité. Bien qu'elle soit souvent insaisissable dans sa totalité, les cartes aident à mettre en exergue des points qui aideront le consultant à décider des stratégies à adopter pour avancer. Dans le cadre d'une affaire historique comme ici, il s'agit d'envisager les différents scénarios possibles et de voir lesquels sont les plus plausibles. Dans les deux cas, il est important de ne fermer aucune porte et de ne pas se focaliser sur une seule possibilité d'interprétation, car cela reviendrait à voir la situation avec des œillères. Il faut au contraire rester ouvert, non seulement à la logique, mais aussi à d'autres possibilités. C'est ainsi que l'on peut, de tirage en tirage, recouper les informations et parvenir à un panorama cohérent.

L'autre grande leçon à laquelle les Détectives aux Arcanes ont été confrontés concerne la nécessité d'interpréter les lames selon le contexte dans lequel les événements examinés de sont déroulés. Pour se faire, ils ont dû s'imprégner des mentalités et des coutumes de l'époque et comprendre les grands fonctionnements de la société hongroise, de même que les enjeux politiques. C'est ainsi que les tirages ont pu prendre une dimension tout autre que celle qui aurait été la leur si l'on avait exploré des événements plus récents. Il a été parfois difficile de comprendre le message de certaines lames et de le rattacher à l'affaire qui nous intéressait mais en gardant un esprit ouvert et en remettant tout en perspective, nous avons réussi à faire sens et à leur découvrir d'autres applications que celles que nous leur connaissions habituellement. Cet exercice fut passionnant et le défi qu'il présentait fut relevé avec brio !

 

 

Grâce aux tirages que nous avons effectués, nous avons pu nous forger une intime conviction quant aux événements abordés dans cette affaire. Si la vérité stricte n'a pu être établie, une trame s'est dégagée, permettant de renforcer certaines des théories émises par les chercheurs. L'enthousiasme des Détectives présentes fut un formidable moteur pour cette enquête, ce qui a mené à un bel investissement de la part des participantes qui ont eu à cœur de faire la lumière sur les funestes événements dont il était question. L'entraide fut le maître-mot de cette réunion, et je suis ravie de la belle alchimie qui a opéré entre les Détectives.

Pour ma part, j'ai enquêté avec le Happy Tarot (voir photo) car ce jeu étant en décalage avec la situation explorée, il a permis de mettre de côté l'horreur des crimes dont était accusée la Comtesse pour faire ressortir les événements, sentiments et dynamiques propres à cet épisode. Le résultat a même dépassé mes espérances car mes interprétations en ont été grandement facilitées !

 

Je remercie vivement les Détectives présentes à cette fascinante réunion. Leur bonne humeur, leur curiosité et leur participation active ont largement contribué à en faire un moment riche en partage et en échanges, dans le plaisir de pratiquer une passion commune. Je suis heureuse d'avoir passé ce bel après-midi avec elles et n'ai qu'une hâte : les retrouver pour une prochaine réunion !

Certes, nous n'avons pas pu répondre à toutes les questions que posait notre affaire et le manque de preuves historiques fut quelque peu frustrant. Toutefois, la trame commune qui a émergé de nos différents tirages a montré une certaine cohérence qui n'est pas passée inaperçue et qui a beaucoup intrigué. Cela m'a même donné envie d'aller plus loin dans mes investigations sur cette affaire !

En attendant d'en apprendre davantage sur la Comtesse, j'ai déjà hâte d'être à la prochaine réunion des Détectives aux Arcanes. J'ai déjà quelques idées d'affaires sur lesquelles nous pourrions nous pencher !

À bientôt,
Morrigann Moonshadow

 

 

SUR LA PHOTO :
Les livres :

Infamous Lady: The True Story of Countess Erzsébet Báthory (Kimberly L. Craft). CreateSpace, 2014 [2nd ed., 2009].

The Private Letters of Countess Erzsébet Báthory (intr., ed., comm. Kimberly L. Craft). CreateSpace, 2011.

Elizabeth Báthory: A Memoire (Kimberly L. Craft). CreateSpace, 2011. (novel/roman)

 

Les jeux :
Happy Tarot (Serena Ficca). Torino : Lo Scarabeo, 2015.

The Smith-Waite Centennial Tarot Deck (Arthur Edward Waite, Pamela Colman Smith). Stamford, CT: U.S. Games Systems, Inc., 2013 [2009].

 

Le CD :
1614 (Opera Diabolicus). Cologne : Metalville, 2011.

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Activités de 2018: demandez le programme!

Après plusieurs semaines d'attente, ça y est, le programme des activités de 2018 est enfin en ligne ! Vous trouverez donc ci-dessous tous les détails concernant les thés découverte, les réunions des Détectives aux Arcanes, mais aussi les ateliers, qui sont la grande nouveauté de cette année.

J'espère que tout ceci vous plaira et vous donnera envie de découvrir la cartomancie et d'approfondir vos connaissances par rapport à cette discipline passionnante !

 

 

Thés découverte
Cette année, il y aura six thés découverte. Les séances se dérouleront au rythme d'une par trimestre, avec deux séances additionnelles en été (juillet et août). Voici donc les dates et les thèmes des rencontres de 2018 :

Samedi 27 janvier : « Du tarot Visconti-Sforza à nos jours : la construction du tarot de Marseille »

Samedi 07 avril : « Dans le Cercle des Fées »

Samedi 07 juillet : « L'omniprésence du règne végétal dans les jeux divinatoires »

Samedi 21 juillet : « Le Petit Lenormand et ses variantes » (+ visite au Père Lachaise)

Samedi 25 août : « Autour du Rider-Waite Smith Tarot »

Samedi 20 octobre : « Monstres, ténèbres et expressions de la peur dans les jeux divinatoires »

 

Vous ne connaissez pas encore les thés découverte ? Consultez toutes les informations les concernant !

Des questions ? Envie de participer à ces rencontres ? Contactez-moi !

 

 

Les Détectives aux Arcanes
Envie de mener l'enquête à l'aide de vos cartes divinatoires ? Rejoignez les Détectives aux Arcanes ! Lors de nos réunions trimestrielles, nous nous appliquons à résoudre des mystères historiques ou littéraires à l'aide de nos supports favoris, apportant ainsi des éléments de réponses aux énigmes qui nous sont posées. Si ce n'est déjà fait, devenez vous aussi un(e) Détective aux Arcanes en participant à l'une des réunions de 2018 !

Samedi 10 février : Réunion 1 – tarots de tradition Rider-Waite Smith

Samedi 26 mai : Réunion 2 – Oracle Belline

Samedi 04 août : Réunion 3 – tarots de tradition Rider-Waite Smith

Samedi 17 novembre : Réunion 4 – Oracle Belline

 

Curieux de découvrir comment fonctionnent les réunions des Détectives aux Arcanes ? Consultez toutes les informations les concernant !

Des questions ? Envie de participer à une ou plusieurs séances ? Contactez-moi !

 

 

Ateliers
Les ateliers sont la grande nouveauté de 2018. Ils vous aideront à approfondir vos connaissances en matière de cartomancie et à perfectionner votre technique à travers des thèmes variés. Que vous soyez débutant ou non, vous êtes les bienvenus ! Ces séances d'apprentissage se déroulent au rythme d'une par trimestre. Voici les dates et les thèmes de 2018 :

Samedi 24 mars : « Reconnaître les différents types de supports employés en cartomancie »

Samedi 09 juin : « Tisser des liens avec son jeu »

Samedi 22 septembre : « Tarots et oracles : outils d'introspection et de connaissance de soi »

Samedi 08 décembre : « Le tirage en trois lames : formes, fonctions et applications »

 

Pour découvrir le fonctionnement des ateliers, je vous invite à consulter toutes les informations les concernant !

Des questions ? Envie de participer à une ou plusieurs de ces séances ? Contactez-moi !

 

 

Toutes les activités présentées ci-dessus sont ouvertes aux inscriptions. Si vous souhaitez participer à l'une (ou à plusieurs) d'entre elles, n'hésitez pas à me contacter ! Je serais ravie de vous accueillir et de passer ces moments avec vous afin de partager notre passion commune !

J'espère en tout cas que ce programme vous plaît. Je suis impatiente de vous retrouver très prochainement lors de ces rencontres !

À très bientôt,
Morrigann Moonshadow

Détectives aux Arcanes, août 2017

Escale en Cornouailles pour les Détectives aux Arcanes

Détectives aux Arcanes, août 2017

 

Le samedi 05 août, les Détectives aux Arcanes se sont réunis pour la troisième fois et ont enquêté sur un nouveau mystère. Cette fois-ci, une seule Détective avait répondu présente à l'appel à l'aide de mon ami le Dr Watson, mais cela a eu l'avantage de permettre de pousser les investigations à leur maximum et d'examiner tous les détails – ou presque – de l'affaire qui nous préoccupait.

 

L'inquiétude du Dr Watson
Dans sa lettre, le Dr Watson nous faisait part de ses inquiétudes quant à l'état de santé de son ami Sherlock Holmes qui, bien que mis au repos par son médecin en raison d'un surmenage beaucoup trop important, n'avait pu s'empêcher de mener l'enquête sur son lieu de retraite lorsqu'un mystère avait fait irruption dans le voisinnage. Les risques pour la santé malmenée de Holmes étant conséquents, Watson a fait appel aux Détectives aux Arcanes afin que nous résolvions l'affaire en question avant son ami pour lui éviter des dommages irréversibles.

Face à son désarroi, nous avons accepté de l'aider, d'autant que le mystère à traiter était des plus passionnants. Nous avons donc remonté le temps pour nous rendre dans les Cornouailles de 1897, où une bien étrange situation nous attendait.

 

L'œuvre du Diable ?
Par un matin de mars 1897, deux des frères Tregennis (Owen et George) avaient été retrouvés dans un état de démence dans le salon de leur belle demeure appelée Tredannick Wartha, leur sœur Brenda morte à leurs côtés. Sur chacun des trois visages, on peut lire une expression de terreur intense qui témoigne de l'horreur qui a précédé – et provoqué – la folie pour les premiers et la mort pour Brenda. Sur les lieux du drame, rien n'indiquait ce qui avait pu causer cette troublante situation.

Le témoignage du troisième frère (Mortimer) avait appris à Holmes et Watson qu'un dîner réunissant les trois frères et la sœur avait eu lieu la veille de la macabre découverte. Lorsque Mortimer avait quitté Owen, George et Brenda pour retourner chez le vicaire où il résidait, tous trois allaient bien et continuaient de jouer aux cartes comme ils l'avaient fait depuis la fin du repas. En partant, Mortimer avait pris soin de bien fermer la porte de la demeure, ce qui éliminait la possibilité de la présence d'un intrus, d'autant que la fenêtre du salon était, elle aussi, close. Rien n'avait donc changé dans la situation des victimes entre le moment où Mortimer les avait laissées et celui où elles avait été retrouvées au petit matin par Mrs Porter, la gouvernante. Les bougies et le feu de cheminée avaient quant à eux brûlé jusqu'à épuisement et s'étaient éteints d'eux-mêmes. Tout indiquait donc que le drame avait eu lieu juste après le départ de Mortimer.

Par ailleurs, toutes les personnes – y compris le médecin – ayant vu la scène macabre en l'état avaient été profondément choquées, au point de s'évanouir ou de manquer de perdre connaissance tant l'horreur qui s'en dégageait était tangible. Pour certains, ce ne pouvait être que l'œuvre du Diable, car rien d'humain ne pouvait provoquer une telle épouvante sur des visages au point de tuer ou de déclencher une telle démence. L'horreur : voilà ce qui semblait avoir tué Brenda et plongé les deux frères dans la folie.

 

L'enquête
Les Détectives aux Arcanes se sont donc penchés sur les étranges faits exposés par Watson, et notre enquête a révélé des éléments fascinants. Comme le voulait la logique, nous sommes partis du principe que ce qui s'était passé était bien le fruit d'une intervention humaine et non surnaturelle. Nous étions prêts à nous résoudre à l'explication surnaturelle uniquement à condition d'avoir éliminé toutes les autres possibilités en démontrant leur non recevabilité.

Nous avons donc établi nos premières stratégies d'investigation, qui nous ont menés à nous interroger sur ce qui s'était passé d'une part, et sur le mobile du criminel d'autre part. La reconstitution des faits à travers nos tirages fut concluante puisque nous avons réussi à comprendre dans les grandes lignes comment les choses s'étaient déroulées. Le mobile du criminel a quant à lui occupé une grande partie de notre enquête et à juste titre d'ailleurs, puisqu'en le mettant au jour, nous savions que nous trouverions la solution à cet épais mystère.

Et comme nous nous y attendions, il s'est avéré de tirage en tirage que la folie des deux frères et la mort de leur sœur étaient bien l'œuvre d'une intervention humaine et non surnaturelle. Nos tirages successifs ont permis de mettre en relief les incohérences de certains témoignages, ce qui a remis en question la crédibilité des témoins concernés. La préméditation et la notion d'argent ressortaient dans presque tous nos tirages et semblaient être les principaux fils conducteurs de cette affaire. Ainsi, nous avons pu approfondir ces pistes qui nous ont peu à peu révélé la trame des événements, nous aidant à comprendre ce qui s'était passé et qui se cachait derrière le plan machiavélique qui avait été mis en œuvre.

 

Retour en 2017
Une fois le malfaiteur identifié, nous avons pu revenir en 2017 après avoir confié nos conclusions à Watson, qui s'est empressé de les transmettre à Holmes avec toute la délicatesse qui le caractérise. Le célèbre détective a donc pu confirmer nos soupçons, d'autant que la suite des événements nous donna raison. Après des péripéties et un mort supplémentaires, Holmes parvint à prouver de façon indubitable la culpabilité du criminel, ce dont Watson nous informa dans une missive qu'il nous envoya une fois l'affaire bouclée. Dans sa lettre, il nous faisait part de tous les détails, ce qui nous aida à comprendre ce qui s'était passé et en quoi nos tirages en étaient représentatifs. Bien sûr, je ne révélerai pas ici l'identité du coupable afin de laisser à ceux et celles qui le souhaitent le plaisir de lire la nouvelle et de découvrir la solution par eux-mêmes (voir références plus bas), ce que je vous encourage vivement à faire.

En prenant connaissance de l'intégralité des faits, nous nous sommes rendu compte de la grande précisions de nos tirages qui évoquaient des éléments très spécifiques de l'affaire. Chaque tirage faisait en effet allusion à un point précis qui, malgré le contexte qui entourait les faits qui nous intéressaient, se révélait directement pertinent par rapport aux problématiques abordées. Encore une fois, cette enquête fut un franc succès pour les Détectives aux Arcanes !

 

Les leçons à retenir
Avec le lot de surprises qu'elle nous a réservées, notre enquête nous a aussi rappelé quelques leçons essentielles. Par exemple, nous avons vu qu'un mystère complexe pouvait parfaitement être démêlé uniquement à l'aide de tirages simples comme le tirage en trois lames ou le tirage en croix, voire à l'aide d'une seule lame et d'une coupe. En effet, pour les besoins de nos investigations, nous n'avons eu recours qu'à ces types de tirages, laissant les autres de côté. Ici, les questions que nous posions concernaient des aspects très précis de la situation et ces tirages suffisaient amplement puisqu'ils fournissaient les éléments dont nous avions besoin. En outre, la précision des informations correspondait exactement à ce dont nous avions besoin, ce qui nous a permis d'avancer efficacement dans notre enquête. Bien souvent, efficacité rime avec simplicité, et cet adage s'est, une fois de plus, vérifié.

L'autre grande leçon qui a émergé au cours de l'enquête concerne la précision avec laquelle les questions sont formulées. Lors de mon premier tirage, je souhaitais identifier l'arme du crime ou le moyen employé pour tuer Brenda et provoquer la folie des deux frères. De cette façon, je pensais couper court aux rumeurs d'une intervention diabolique en établissant la responsabilité humaine dans cette affaire. Pour ce faire, j'ai opté pour un tirage en croix et ai posé la question : « Qu'est-ce qui a causé la mort de Brenda et la folie des deux frères ? ». J'ai donc effectué mon tirage mais en retournant les cartes, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant qu'elles évoquaient non le moyen... mais le mobile ! Sur le coup, j'ai eu du mal à identifier à quoi correspondait le tirage puisque les cartes ne semblaient pas aborder la problématique que j'avais formulée. Toutefois, en réfléchissant, j'ai compris qu'il y avait un décalage entre ce que j'avais en tête au moment d'énoncer la question et ce que révélait le tirage. En analysant les cartes, je me suis rendu compte qu'elles répondaient bien à la question mais que celle-ci pouvait signifier deux choses : elle pouvait bien sûr interroger sur le moyen, certes, mais aussi sur les raisons qui avaient motivé le crime. Les lames évoquaient en effet bel et bien les raisons et les circonstances qui avaient poussé le malfaiteur à agir et cet aspect était, semblait-il, plus important à ce stade de l'enquête que le moyen qu'il avait employé pour parvenir à ses fins. J'ai donc noté les précieuses informations puis ai reformulé ma question afin d'avoir cette fois-ci un éclairage sur l'arme utilisée.

 

Un détective emblématique
Encore une fois, notre enquête nous a transportés dans un univers emblématique de la fiction policière puisque nous avons aidé le Docteur Watson et, par son intermédiaire, l'inénarrable Sherlock Holmes. Ce détective de légende créé par Sir Arthur Conan Doyle continue de marque les esprits encore aujourd'hui puisqu'il est sans cesse au cœur de nouvelles adaptations – plus ou moins réussies – de ses aventures, voire de nouvelles créations dans lesquelles il apparaît.

Créé peu avant les terribles crimes commis par Jack l'Éventreur, ce personnage haut en couleurs est rapidement devenu l'emblème d'un esprit brillant auquel rien n'échappe. Durant la période qui a vu l'Éventreur perpétrer ses meurtres, Holmes symbolisait d'autant plus la finesse d'esprit et l'intelligence que par contraste, il mettait en relief l'incompétence de la police – Scotland Yard – à confondre le coupable, ce qui contribuait à attiser l'inquiétude de la population et la colère envers les policiers qui étaient alors considérés comme des incapables.

Aujourd'hui, Sherlock Holmes est bien ancré dans l'inconscient collectif, à tel point que pour la plupart des gens, il représente l'archétype même du détective. Doté d'une intelligence supérieure et d'un sens de l'observation surdéveloppé, il est capable grâce à sa logique implacable de raisonner et de résoudre n'importe quel mystère. Enquêter dans cet univers fut un véritable plaisir pour les Détectives aux Arcanes, et nous confronter à un personnage d'une telle envergure fut un défi de taille que nous avons relevé avec brio !

 

Cette troisème réunion des Détectives aux Arcanes fut fascinante à bien des niveaux et l'enquête qui nous a occupés fut passionnante car elle nous a aidés à affiner nos techniques et nos méthodes de travail. Je remercie chaleureusement la Détective qui est venue me prêter main forte pour résoudre ce mystère, à la fois pour sa présence et pour son implication dans l'enquête, mais aussi pour sa bonne humeur et la pertinence de ses raisonnements qui ont permis de faire avancer les investigations.

J'ai déjà hâte d'être à la prochaine réunion, qui sera aussi la dernière de 2017. Durant celle-ci, nous enquêterons à l'aide de l'Oracle Belline. Si vous souhaitez être des nôtres, n'hésitez pas à me contacter !

À bientôt,
Morrigann Moonshadow

 

 

SUR LA PHOTO :
Le dossier d'investigation intitulé « Mystère en Cornouailles », d'après la nouvelle «
 The Adventure of the Devil's Foot Root », in His Last Bow.

Sir Arthur Conan Doyle. His Last Bow: Some Reminiscences of Sherlock Holmes. Harmondsworth: Penguin Books [Penguin Popular Classics], 1997 [1917].

The Smith-Waite Centennial Tarot Deck (Arthur Edward Waite, Pamela Colman Smith). Stamford: U.S. Games Systems, 2013.

N.B. : Le tirage présenté au centre est l'un de ceux que j'ai effectués durant cette enquête.

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Que faire cet été chez Les Arcanes de Morrigann?

L'été est là ! Et si vous en profitiez pour consacrer du temps à vos passions et à vos loisirs ? Pour accompagner votre été, Les Arcanes de Morrigann vous proposent des activités qui vous aideront de découvrir la cartomancie et ses richesses, mais aussi de la pratiquer de façon originale à travers des ateliers ludiques. Les consultations et les cours continuent eux aussi, avec quelques particularités selon les périodes.

 

 

Les activités
Thés découverte
Trois thés découverte sont prévus cet été. Si vous souhaitez être des nôtres lors de l'une ou de plusieurs de ces séances, n'hésitez pas à vous inscrire dès maintenant !

Le samedi 1er juillet, nous nous retrouverons pour explorer le Rider-Waite Smith Tarot en tant que tradition divinatoire. Durant cette séance, nous ferons le point sur ce qu'est le Rider-Waite Smith Tarot et sur quelques-unes de ses nombreuses réécritures les plus remarquables. Attention, les inscriptions à ce thé découverte intitulé « Autour du Rider-Waite Smith Tarot » se terminent le mercredi 28 juin à 23h !

Le samedi 26 août, je vous propose de nous concentrer sur les jeux Lenormand et en particulier sur le Petit Lenormand, dont nous observerons l'évolution de ses origines à nos jours. Les inscriptions à cette séance intitulée « Le Petit Lenormand et ses variantes » sont ouvertes jusqu'au mercredi 23 août à 23h.

Le samedi 16 septembre (nous serons toujours en été !), nous nous intéresserons à la place que tiennent les runes et les langages magiques dans les jeux de cartes divinatoires. Nous reviendrons notamment sur ce que sont les runes (origines, utilisations) et les autres langages magiques dont il sera question puis nous observerons de quelles manières ils sont repris dans les jeux divinatoires. Ce thé découverte intitulé « Runes et langages magiques en cartomancie » est ouvert aux inscriptions jusqu'au mercredi 13 septembre à 23h. Attention, il ne reste plus qu'une place !

 

Rejoignez les Détectives aux Arcanes !
Envie de participer à des ateliers originaux pour y pratiquer la cartomancie de façon ludique ? Rejoignez les Détectives aux Arcanes ! Vous pourrez mener l'enquête avec vos supports divinatoires sur des mystères historiques et littéraires qui de manqueront pas de vous surprendre !

Cet été, les Détectives se réuniront le samedi 05 août à 16h et enquêteront avec le Rider-Waite Smith Tarot. Le salon d'entraînement sera accessible du vendredi 07 juillet au vendredi 04 août au soir, vous permettant ainsi de réviser les bases de l'utilisation de votre support. Quant aux inscriptions, elles se terminent le mercredi 28 juin au soir, alors si vous souhaitez être des nôtres pour cette troisième réunion, contactez-moi sans tarder !

Pour avoir un aperçu des séances précédentes, je vous invite à lire les articles revenant sur les réunions de février et de mai. Vous y découvrirez les thèmes de nos précédentes enquêtes, ce qui vous donnera une idée de ce qui vous attend si vous vous joignez à nous !

 

 

Consulter et apprendre
Cet été, les consultations et les cours continuent. Si vous êtes à Paris, n'hésitez pas à prendre rendez-vous dès que vous connaissez vos disponibilités !

Au niveau des consultations, vous pouvez bien sûr opter pour les « classiques », mais aussi, si vous recherchez quelque chose d'original, pour les Consultations des Sabbats, qui permettront d'explorer ce que vous apportent les sabbats de l'été. Les consultations de Litha sont disponibles jusqu'au 05 juillet inclus, tandis que celles de Lammas/Lughnasadh se dérouleront du 18 juillet au 15 août. Toutes les consultations sont disponibles en face à face à Paris (sur rendez-vous) ou à distance.

Au niveau des cours, là encore, deux options s'offrent à vous. Si vous habitez Paris ou la région parisienne, je vous retrouve en cours particuliers (à Paris, sur rendez-vous), ce qui vous permet de bénéficier d'un accompagnement sur mesure dans votre apprentissage. Si vous n'êtes ni à Paris ni en région parisienne, les formations à distance vous offrent la possibilité d'apprendre tout en étant encadré grâce à un système privilégiant l'échange.

Bien sûr, si vous êtes de passage à Paris cet été et souhaitez mettre en place une consultation ou des cours particuliers, c'est tout à fait possible et c'est avec grand plaisir que je vous rencontrerai ou vous retrouverai. N'hésitez pas à me contacter dès maintenant pour fixer vos rendez-vous aux créneaux qui vous conviennent !

 

 

Pause estivale
En août, les cours et les consultations s'interrompront du 10 au 22 inclus. Les derniers cours et consultations auront lieu le 09 août et l'ensemble des activités reprendra le 23. Durant cette période, je ne serai pas joignable par téléphone. Vous pouvez bien sûr me laisser des messages sur le répondeur, mais je ne vous rappellerai qu'à mon retour (à partir du 23). En revanche, je resterai joignable par voie électronique, que ce soit pour répondre à vos questions sur les activités et services proposés, pour finaliser vos inscriptions aux formations à distance, aux thés découverte et aux réunions des Détectives aux Arcanes, ou pour fixer vos rendez-vous. Il sera également possible de construire vos consultations à distance, mais les tirages seront effectués à mon retour.

Vacances obligent, il se peut que le délai de mes réponses soit un peu moins rapide que d'habitude. Rassurez-vous toutefois, je ferai mon possible pour vous répondre sous 48h maximum !

 

 

Voilà : vous savez tout sur le programme de l'été chez Les Arcanes de Morrigann ! Pour prendre rendez-vous ou pour toute question concernant les services et activités proposés, n'hésitez pas à me contacter, je vous répondrai avec grand plaisir !

En attendant d'avoir le plaisir de vous retrouver ou de vous rencontrer au cours de ces prochains mois, je vous souhaite un bel été !

À bientôt,
Morrigann

Détectives aux Arcanes, mai 2017

Meurtres extraordinaires à Paris pour les Détectives aux Arcanes

Détectives aux Arcanes, mai 2017

 

Ce samedi 20 mai s'est tenue la deuxième réunion des Détectives aux Arcanes. Durant cette séance, nous avons travaillé avec l'Oracle Belline sur une enquête qui nous a transportés dans le Paris du XIXème siècle. Cette fois-ci, mon ami Auguste Dupin sollicitait notre aide pour résoudre une bien étrange énigme. La lettre qu'il m'avait envoyée pour m'expliquer ce qu'il attendait de nous et les éléments qu'il y révélait étaient pour le moins troublants.

 

De bien étranges meurtres...
Les faits relatés dans la lettre établissaient que vers 3h du matin, les habitants de la rue Morgue avaient entendu des cris à glacer le sang qui provenaient du quatrième étage de la maison où vivaient Mme L'Espanaye et sa fille Camille. Lorsqu'une petite troupe d'une dizaine de voisins accompagnée de deux gendarmes força la porte de la maison et y pénétra pour voir ce qui s'y passait, les membres se dirigèrent vers les escaliers pour gravir les étages. Lorsqu'ils atteignirent le palier du premier, les cris avaient cessé et ils entendirent deux voix distinctes, dont celle d'un Français. L'autre voix n'a pu être identifiée car aucun des témoins ne put déterminer de quelle langue il s'agissait. Chacun avait bien sûr son idée sur la question mais les témoignages ne se recoupant pas sur cet aspect, il fut impossible d'être catégorique à ce sujet.

Lorsque la compagnie arriva au quatrième étage, elle trouva porte close et les voix s'étaient tues. La porte dut donc être elle aussi forcée afin qu'ils puissent pénétrer dans les appartements des deux femmes, où l'horreur et le chaos les attendaient. Un incroyable désordre régnait dans la grande pièce : les meubles, qui avaient été jetés à travers elle, étaient brisés ; les objets de valeur étaient toujours là et jonchaient le sol, tandis qu'une grande quantité de suie se trouvait dans la cheminée sur laquelle étaient posées trois épaisses tresses de cheveux humains, qui avaient été arrachées avec les racines.

Attirés par la quantité inhabituelle de suie qu'ils observèrent dans la cheminée, les témoins regardèrent dans le conduit et y découvrirent avec effroi le corps de Mlle L'Espanaye, qui avait été encastré là, tête en bas. Lorsqu'on parvint à le désencastrer, on s'aperçut que Camille avait été étranglée à mort et qu'elle était écorchée, sans doute en raison de la force qu'il avait fallu à l'assassin pour la faire entrer dans le conduit qui était très étroit. Le corps de Mme L'Espanaye fut quant à lui retrouvé dans la cour donnant sur l'arrière de la maison. La vieille femme avait été égorgée avec une telle vigueur que lorsqu'on voulut déplacer le corps, la tête s'en détacha. Comme le corps de la fille, celui de la mère était contusionné de telle manière qu'il n'y avait aucun doute quant à la violence des coups qu'elle avait reçus.

Enfin, bien qu'aucune charge solide ne puisse être retenue contre lui, un homme fut même accusé et emprisonné, à tort selon Dupin.

 

... et de maigres indices !
Non seulement les corps avaient subi un traitement inédit qui glaçait le sang, mais l'absence d'indices sur la scène de crime dérouta elle aussi les témoins et la police. En effet, comme la porte, les deux fenêtres étaient fermées de l'intérieur et ne pouvaient être ouvertes. La cheminée, quant à elle, ne permettait pas même le passage d'un gros chat.

Malgré le chaos ambiant, rien ne semblait avoir été dérobé : les 4 000 francs retirés à la banque quelques jours plus tôt étaient toujours là, de même que les bijoux, l'argenterie et des toilettes de bonne facture. Le vol n'était donc manifestement pas le mobile ayant motivé les assassins à commettre leur méfait.

Un rasoir ensanglanté fut également retrouvé sur une chaise dans la pièce principale. Il avait certainement servi à égorger Mme L'Espanaye.

Pour couronner le tout, si les témoignages recueillis s'accordaient à dire que la première voix était celle d'un Français, nul n'était parvenu à identifier la langue parlée par la seconde : un témoin affirma que c'était celle d'un Italien, mais un autre, italien cette-fois, infirma ces propos, et il en fut de même pour la plupart des langues européennes, ce qui laissa les enquêteurs perplexes.
 

L'enquête
Auguste Dupin, qui s'intéressa à l'affaire en raison du caractère extraordinaire qu'elle présentait, put se rendre sur les lieux grâce au Préfet de Paris qui l'y autorisa. Il observa les appartements de Mme et Mlle L'Espanaye en détail, examina les corps, les fenêtres et le conduit de cheminée, ce qui lui permit de nourrir ses réflexions et d'établir une théorie. Souhaitant en avoir confirmation avant de tout révéler au grand jour, il sollicitait les Détectives aux Arcanes afin que nous l'aidions à résoudre cet épais mystère.

Qui avait tué Mme et Mlle L'Espanaye ? Comment les personnes entendues sur les lieux du crime étaient-elles sorties de la pièce ? Qui était l'assassin ? Quel était son profil ? Quel était le mobile ayant mené à ces meurtres atroces ? Telles étaient les questions auxquelles nous allions tenter de répondre à l'aide de notre Oracle Belline.

Une fois les faits exposés et quelques pistes énoncées, nous avons choisi celles que nous voulions suivre et avons réfléchi aux tirages adéquats. Une fois ceux-ci configurés, nous avons pu les effectuer, les interpréter et comparer les éléments qu'ils ont mis en relief.

Chaque détective ayant effectué un premier tirage selon la piste qu'il avait choisie, nous avons pris soin d'examiner les avancées de chacun, puis avons recommencé ce processus jusqu'à ce que chaque détective ait un total de trois tirages. Durant cette phase d'investigation, nous avons pu déterminer le profil de l'assassin, la relation entre les deux voix, le mobile du crime, mais aussi comment les deux individus étaient sortis de la pièce apparemment close.

Au fil des tirages, des concordances nettes sont apparues parmi les informations recueillies par les Détectives. Par exemple, certaines cartes sont apparues chez différents enquêteurs, de même que certaines notions. Ainsi, nous sommes arrivés à la conclusion que l'assassin obéissait davantage à ses instincts qu'à un quelconque raisonnement et qu'il était dominé par une autre personne, et aussi que l'environnement dans lequel il se trouvait conditionnait son comportement. Nous avons aussi pu remettre en question l'idée de la chambre close puisque nous avons établi que malgré les apparences, toutes les issues n'étaient pas verrouillées. La notion d'élévation présente dans ces tirages nous a aidés à comprendre que les deux individus avaient dû grimper pour entrer et sortir, ce qui nous a mis sur la piste des fenêtres. En ce qui concerne le mobile, nous avons pu éliminer l'idée du vol et établir qu'il s'agissait de meurtres de circonstance.

Peu à peu, les éléments se sont emboîtés pour confirmer certaines hypothèses de départ, comme notamment celle selon laquelle le meurtrier n'était pas humain mais plutôt animal, et qu'il était passé par l'une des fenêtres. Nous avons aussi compris qu'il s'était échappé de sa captivité et avait surpris Mme et Mlle L'Espanaye et que, lorsqu'elles le découvrirent avec stupeur, il était devenu féroce et, se sentant menacé, avait commis les horribles meurtres dont Dupin nous avait informés.

Bien sûr, certaines pistes suivies par les Détectives se sont avérées être des leurres et les ont induits en erreur. Toutefois, avec les nombreux éléments recueillis au cours de notre enquête, nous avons été en mesure de reconstituer les faits dans les grandes lignes et d'envoyer à Dupin nos conclusions.

 

Retour en 2017
Lorsque vint le moment de lever le voile sur cette étrange affaire, nos conclusions ont été confirmées et précisées. En effet, nous avons découvert grâce au retour de Dupin que la pièce dans laquelle les meurtres avaient eu lieu n'était pas aussi close qu'elle en avait l'air puisque par un effet de trompe l'œil, l'une des fenêtres était en réalité ouverte, mais se coinçait toute seule lorsqu'on la fermait.

La première voix était effectivement celle d'un Français, tandis que la seconde appartenait bien à un animal, un orang-outang ramené de voyage par un marin auquel il avait échappé. Attiré par la lumière des appartements de Mme et Mlle L'Espanaye, le primate s'était introduit chez elles à leur insu en grimpant sur le paratonnerre et en entrant par la fenêtre non verrouillée. Lorsqu'elles le virent, Mlle L'Espanaye s'évanouit et sa mère se mit à crier, ce qui réveilla les instincts de défense du singe. Peu après lui, le marin français était arrivé dans la pièce par le même chemin et avait trouvé l'animal, rasoir à la main (celui avec lequel il s'était enfui), en train de faire mine de raser Mme L'Espanaye qu'il immobilisait. Sous les yeux horrifiés de l'homme, il lui trancha ensuite la gorge.

Devant ce spectacle alarmant, le marin avait réprimandé l'orang-outang qui, conscient d'avoir fait quelque chose qu'il n'aurait pas dû, s'était empressé de cacher ses méfaits. Il avait donc dissimulé le corps de Mlle L'Espanaye dans la cheminée et jeté celui de Mme L'Espanaye par la fenêtre. Elle avait atterri dans la cour et les contusions observées sur sa dépouille avaient été causées par les pavés sur lesquels elle s'était écrasée avec force.

Voilà qui confirmait bien ce à quoi nous étions arrivés grâce à nos tirages : l'identité et la nature de l'assassin, le meurtre de circonstance en raison des instincts du primate, l'issue par laquelle l'orang-outang et le marin étaient entrés et sortis, le mobile des meurtres, tout y était ! L'épilogue nous rassura également, car nous apprîmes que grâce à notre aide et aux déductions de Dupin, la vérité fut établie, l'orang-outang capturé, et l'innocent libéré de prison. Du beau boulot pour les Détectives aux Arcanes !

 

Les leçons à retenir
Même si les événements ont pu être reconstitués dans les grandes lignes à travers nos tirages, cette enquête a révélé son lot de difficultés, et les Détectives ont beaucoup appris. Si travailler sur des événements qui lui sont inconnus est habituel pour le cartomancien, les Détectives en revanche ont parfois eu du mal à comprendre leurs tirages, car il faut bien avouer qu'il existe toujours un décalage entre ce que l'on extrait des cartes et les événements qui surviennent. Ceci est tout à fait normal, car les cartes donnent des directions et mettent en relief des grands types d'événements, sans toutefois en révéler tous les détails. C'est l'une des leçons apprises – et expérimentées – par les Détectives au cours de cette séance.

L'autre grande leçon est qu'en cartomancie, la méthode est importante, et ce quel que soit le support. C'est ce sur quoi insistent les différentes fiches de travail présentes dans le salon d'entraînement, en détaillant point par point la démarche à effectuer pour obtenir des tirages pertinents et compréhensibles. Pourtant, l'être humain ayant toujours tendance à vouloir aller trop vite, certains Détectives n'ont pas pris le temps de suivre cette méthode de travail point par point... et se sont retrouvés face à des tirages qu'ils ne comprenaient pas ! C'est ainsi qu'ils ont compris que la démarche exposée dans le salon d'entraînement est bel et bien indispensable car elle permet de cadrer les tirages et les interprétations que l'on en fait.

Ainsi, lorsqu'on effectue des tirages visant à obtenir des informations au moyen de questions précises comme c'était le cas ici, il est indispensable de respecter les points suivants. Tout d'abord, on formule la question en évitant les questions fermées. Ensuite, on choisit le mode de tirage approprié selon le type d'informations qu'il sera pertinent d'obtenir. Cela fait, on définit à quoi correspondront les différentes positions des cartes dans le tirage, sans quoi on ne pourra pas interpréter les cartes ! Il est hors de question de tirer des cartes « en l'air », au petit bonheur la chance et de se dire qu'après tout, il ressortira bien quelque chose du tirage ! L'analyse ne peut se faire sans que l'interprète ait posé des cadres au préalable.

De la même manière, il est indispensable de tenir compte du contexte. Les Détectives qui en ont fait abstraction ont été bien ennuyés pour rattacher les éléments obtenus dans leurs tirages aux événements dont Dupin nous avait fait part.

Pour résumer : interpréter un tirage, c'est trouver les points de convergence entre le contexte, la question, et les positions attribuées aux cartes lorsqu'on fixe les conventions du tirage. C'est ce qui permet de ne pas faire dire tout et n'importe quoi aux cartes et d'obtenir des informations intéressantes et pertinentes par rapport à la situation que l'on examine. En cartomancie, il est donc indispensable de procéder avec ordre et méthode... comme le détective qui mène son enquête ! D'après leurs expériences, m'est avis que les Détectives aux Arcanes présents samedi ont désormais bien assimilé ce point !

 

Un hommage à l'inventeur de la littérature policière...
Si comme moi vous êtes amateurs de littérature policière et/ou américaine, il ne vous aura pas échappé que l'énigme sur laquelle nous avons enquêté samedi est celle relatée par Edgar Allan Poe dans sa célèbre nouvelle The Murders in the Rue Morgue (Double assassinat dans la rue Morgue) publiée en 1841, et qu'Auguste Dupin est le détective créé par cet écrivain à l'imagination pour le moins fertile. Si vous souhaitez connaître tous les détails de cette fascinante histoire, je ne peux que vous encourager à la lire, que ce soit en anglais ou en français. Vous ne serez pas déçus de votre voyage dans le Paris du XIXème siècle !

Bien sûr, je n'ai pas choisi cette enquête au hasard. Non seulement Edgar Allan Poe est l'un de mes auteurs préférés, mais j'ai voulu pour cette deuxième réunion rendre hommage à l'inventeur de la littérature policière. En effet, saviez-vous que The Murders in the Rue Morgue est la première fiction policière ? Edgar Poe est le premier auteur à avoir publié une œuvre policière avec cette nouvelle, et tous les ingrédients désormais incontournables du genre s'y trouvent : le détective au caractère affirmé pour qui ordre, logique, méthode et analyse sont des guides infaillibles, les mystères en apparence insolubles, les témoins confus et incohérents, les policiers dépassés par les événements exceptionnels auxquels ils doivent faire face, les indices quasi inexistants, tout y est ! Ceux d'entre vous qui souhaiteraient aller plus loin dans la découverte de la littérature policière selon Edgar Poe peuvent se plonger dans les différents recueils de nouvelles disponibles en librairie et lire The Mystery of Marie Rogêt (Le Mystère de Marie Rogêt) et The Purloined Letter (La Lettre Volée), qui sont ses deux autres nouvelles policières.

 

... et au Mage Edmond !
Un autre hommage, non prémédité cette fois, s'est glissé en filigrane dans cette enquête. En effet, lorsque j'ai programmé les réunions des Détectives aux Arcanes, je n'ai pas fixé les dates avec une intention spécifique en tête. Pourtant, cette deuxième réunion s'est déroulée le 20 mai, qui est un jour particulier dans l'histoire de l'Oracle Belline puisque son créateur Jules Charles Ernest Billaudot (dit le Mage Edmond) est décédé... le 20 mai 1881 ! Si j'avais voulu le faire exprès, je n'aurais pas trouvé mieux ! C'est donc après coup, en préparant cet article, que je me suis rendu compte de cette coïncidence.

 

Cette deuxième réunion fut des plus passionnantes. Je remercie très chaleureusement les Détectives qui ont mené l'enquête, pour leur présence bien sûr, mais aussi pour leur participation active, leur implication dans l'enquête et leur bonne humeur, qui ont largement contribué à faire de cet après-midi un moment agréable, ludique et studieux. C'est avec une grande application qu'elles ont tout fait pour percer cet épais mystère, et leurs efforts ont porté leurs fruits puisqu'elles ont réussi à mettre en évidence les éléments qui ont permis de reconstituer les faits. J'espère qu'elles se sont autant amusées que moi et que les explorations que nous avons menées les ont aidées à mieux appréhender l'Oracle Belline et qu'elles leur permettront de progresser encore et toujours dans le maniement de ce très beau support.

Cette réunion à peine achevée, j'ai déjà hâte d'être à la prochaine, qui se tiendra le 05 août. Nous enquêterons à l'aide du Rider-Waite Smith Tarot. La première séance nous a permis de rendre hommage à la reine du crime tandis que la deuxième a mis à l'honneur l'inventeur de la littérature policière. La troisième s'inscrira dans cette continuité en abordant une affaire tout aussi surprenante, mais pour en savoir davantage, il faudra attendre août !

Envie de participer à la prochaine réunion et de rejoindre les Détectives aux Arcanes ? Pour vous inscrire, contactez-moi dès maintenant ! Si vous ne connaissez pas encore les Détectives aux Arcanes, je vous invite à découvrir toutes les informations les concernant sans tarder ! Je me réjouis d'avance de mener l'enquête en votre compagnie et de résoudre ainsi d'autres mystères !

À bientôt,
Morrigann Moonshadow

 

 

SUR LA PHOTO :
Au centre :

Le dossier d'investigation de la réunion du 20 mai 2017, intitulé «
 Meurtres extraordinaires à Paris », composé par mes soins à partir de la nouvelle d'Edgar Allan Poe The Murders in the Rue Morgue.

Le tirage que j'ai effectué au cours de l'enquête pour avoir une idée du portrait du meurtrier.

Le livre :
The Fall of the House of Usher and Other Writings (Edgar Allan Poe, ed. David Galloway). London: Penguin Classics (Penguin Books), 1986 [Selected Writings of Edgar Allan Poe,1967].

Le jeu :
Oracle Belline (Jules Charles Ernest Billaudot dit Mage Edmond, Marcel Belline). Paris : Grimaud, 1961.